30.8.07

bandes annonces diverses et promo de Ajab Si et Dard e disco (Om Shanti Om)

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youtube a récemment inauguré un nouvel outil que je teste ici.

J'en profite pour présenter les bandes -annonces de trois films qui ont l'air prometteur : Saawariya (de Sanjay Leela Bhansali), Om Shanti Om (de Farah Khan, avec Shahrukh Khan), et No Smoking (avec John Abraham).

Om Shanti Om d'abord :





Saawariya : assez logiquement la BA ne met pas en avant les deux acteurs, peu connus (Ranbir Kapoor et Sonam Kapoor), mais plutôt le style Bhansali : photo super travaillée, jeu sur les couleurs et omniprésence de la musique (signée Ismail Darbar, qui avait déjà composé celle de Devdas).
ça en jette, mais la BA n'annonce rien de bien original côté scénario.

Om Shanti Om : là aussi ça en jette, et même encore plus. Les deux BA sont très complémentaires, la première plus axée sur le côté fun et grand spectacle, la deuxième sur l'aspect dramatique (ah la petite musique au début ). La façon dont SRK déclame son texte ne m'emballe pas trop dans la première, mais il se rattrape avec son "king of thee world". J'attends beaucoup de Deepika Padukone, qui est presque autant mis en avant que SRK bien que ce soit son premier film. Et niveau musique et danse, ça a l'air au top. Et il y a Shreyas Talpade, de Dor
Et puis un film Bollywood sur Bollywood, que demander de plus ?


et tant que j'y suis, je viens de découvrir la première promo chanson, Ajab Si :





promo chanson de Dard-e-Disco, apparemment parodique (ceux qui ont vu Dhoom 2 comprendront) et pas franchement dans le style de Shahrukh Khan. La musique est moins bien, la choré pas terrible et franchement vulgaire (une tenue de mineur, vraiment ?! ), mais vu que SRK est censé joué un acteur dansant dans un film d'aujourd'hui, c'est peut-être volontaire ;-), d'autant que Farah a affirmé vouloir présenter une version masculine des scènes en sari mouillé. Et puis je n'arrive pas à en vouloir à Farah Khan ;-D .




No smoking : Là par contre c'est surtout John Abraham qui est mis en avant ;-). Le réalisateur Anurag Kashyap (Black Friday, Paanch) est pour moi un parfait inconnu. Le film était présenté comme "une étude des effets psychologiques provoqués par le sevrage du tabac", mais la deuxième partie de cette BA surprenante s'oriente plutôt vers un thriller, et peut-être un film à charge sur le commerce du tabac.

20.8.07

Aa Gale Lag Jaa (1973)

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réalisateur: Manmohan Desai
Avec : Sharmila Tagore, Shashi Kapoor

Prem, jeune homme au chomage, et Preeti, étudiante en médecine, ont un enfant hors mariage. A sa naissance, le père de Preeti, qui ne considère pas Prem comme un parti convenable, fait croire à la mère qu'il est mort-né et le confie à Prem, lui ordonnant de ne jamais plus s'approcher de sa fille. Celle-ci doit se marier, mais fort heureusement son fiancé passe son temps à reculer la date de la cérémonie (pourquoi ? parce que CEDLS* ). Prem élève seul son enfant handicapé, et finit par rencontrer de nouveau Preeti.


Aa Gale Lag Jaa suit à la lettre la recette de tout film commercial indien des années 70, dosant habilement les ingrédients : des amours contrariées, de l'humour, de l'action, de l'émotion, des chemises seventies qui font sourire aujourd'hui, et une méthode pour lutter contre l'hypothermie qui fait un peu grincer des dents ... j'ai un doute sur le consentement de Preeti, à moitié morte de froid. Le résultat, sans être un chef d'oeuvre, (il manque quand même une pointe d'originalité) est très réussi.




Le scénario présente bien quelques invraisemblances (voir ci-dessus), mais les plus graves sont toute concentrées au même moment, juste avant l'entracte (spoiler : une incroyable série de coïncidences réunit Prem, sa mère, Preeti et son père dans la clinique où la jeune femme va accoucher, tandis que pour des raisons scénaristiques un peu longues à expliquer la grand mère meurt donc d'une crise cardiaque qu'on voit venir à trois kilomètres et qui constitue un grand moment de pathos raté.), et ne mettent pas en question la crédibilité de l'ensemble du film. L'humour n'est jamais lourd, il provient surtout des tentatives insistantes de Prem pour attirer l'attention de Preeti (le filon a souvent été exploité, et pourtant ça passe). Et honnêtement, il est difficile de ne pas verser une petite larme ou deux, tant on sent l'amour de Prem pour son fils (lors de Ae Mere Bete entre autres, lorsque père et fils se consolent mutuellement).



La musique est d'ailleurs assez bonne, là encore assez typique de la production de cette époque par le mélange des genres et des influences. Il y a bien sûr une intrigue secondaire parfaitement inutile (l'amour de la soeur de Preeti pour Prem, qui est son professeur de patins à roulettes), mais elle sonne juste et ne parasite pas trop l'histoire principale, qui avance par ailleurs à un rythme soutenu.




Mais ce qui fait surtout le charme de Aa Gale Lag Jaa, ce sont les deux acteurs, Shashi Kapoor et Sharmila Tagore (la mère de Saif Ali Khan), qui portent avec entrain le film sur leurs épaules. Les yeux rieurs de celle-ci et le sourire malicieux de son partenaire font merveille dans la première partie. Sharmila Tagore s'efface malheureusement un peu par la suite, mais Shashi Kapoor est par chance aussi fort dans le registre de l'émotion que dans celui de l'humour.



En un mot, un excellent divertissement, et une jolie histoire d'amour paternel.


Note : beaucoup de gens veulent savoir le nom du jeune acteur qui joue le fils de Prem. Il s'agit de Master Tito.





Découvrez Various Artists!


* CEDLS : C'Est Dans Le Script, la justification ultime pour toute les aberrations présentes dans un film. Au delà d'un certain nombre de CEDLS, un film n'est plus regardable au premier degré.

8.8.07

Swades (2004)

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Swades est bien souvent l'objet d'un malentendu : parce qu'il s'écarte des conventions de la plupart des films grand public, parce qu'il revendique jusque dans son titre une visée sociale et patriotique (je n'attache à ce mot aucune connotation négative), on a voulu y voir un film réaliste. Et l'on se récrie sur la mauvaise foi d'Ashutosh Gowariker qui ne montre d'une Inde édulcorée que des villages bien proprets où les problèmes les plus graves n'attendent que l'arrivée de ShahRukh Khan pour se régler en trois heures et demie. Or Swades n'est pas plus un film réaliste que Lagaan, auquel on le compare souvent, n'était un film historique.

Mais revenons au sujet : Mohan, ingénieur à la NASA, revient en Inde dans le dessein de ramener aux Etat-unis sa vieille nourrice, dont il est sans nouvelles. Kaveriamma vit dans un petit village en compagnie de sa fille adoptive Geeta (Gayatri Joshi). Celle-ci, institutrice, apprécie peu l'intrusion de Mohan, qui arrive avec ses gros sabots et ses préjugés d'occidental et prétend changer le monde pendant ses deux semaines de vacances. Pour vaincre ses réticences et convaincre la vieille Kaveriamma de l'accompagner, Mohan entreprend à la fois d'assurer au village une source d'électricité permanente et de convaincre les villageois d'envoyer leur enfants à l'école. Ces deux tâches, on s'en doute, ne manqueront pas de transformer profondément notre ingénieur.


Alors que Mohan s'attendait à faire venir dans le monde moderne une vieille dame fatiguée, il tombe amoureux d'une jeune femme active et déterminée. L'allégorie est claire : l'Inde que Mohan découvre n'est pas tout à fait celle qu'il avait imaginée en Amérique. Elle est jeune et pleine de ressources. Première révélation. Les problèmes (pauvreté, immobilisme, discrimination) ne sont cependant pas inexistants. Cela, Mohan le savais bien, et se plaisait à le rappeler autour d'un bon repas, critiquant à l'envi l'inefficacité du gouvernement. Mais il y a loin de la connaissance théorique à l'expérience vécue, et il faut la rencontre bouleversante d'un paysan réduit à la plus extrême pauvreté pour convaincre Mohan qu'il ne peut pas rester indifférent aux malheurs de son pays. Et c'est à peu près la thèse du film : l'Inde a des problèmes, mais si les Indiens en prennent conscience ils ont les moyens de les résoudre. Avec l'aide des NRIs (expatriés) mais sans renoncer à leur identité. Le film dit en substance : "Notre pays n'est pas le meilleur pays du monde, mais si nous le voulons, il le deviendra".

Sur ce point Swades se montre plus subtil que bien d'autres films (je pense par exemple à l'insupportable xénophobie de Pardes). Plutôt que des discours, il met en scène des débats, entre Mohan et Kavieramma, Geeta, les villageois. Mohan doit convaincre pour accomplir ses projets, mais il est bien souvent à cours d'arguments. Il venait en Inde persuader que l'avenir est en Amérique, ou à défaut dans une Inde occidentalisée (comme le montre ses réticences à revêtir le costume approprié lors de la fête religieuse : "un jeans ferait l'affaire, non ?" - s'ensuit une scène mémorable et très drôle -). Conduit par ses sentiments à aider Geeta, il adopte finalement, lors de son unique longue tirade, la position de celle-ci, aussi intransigeante sur le respect dû à la culture et à la tradition que sur la nécessité de la modernisation et du progrès vers l'égalité (des castes, de l'homme et de la femme). Et c'est une fête "traditionnelle" qui offre au film son plus beau morceau musical.

Voilà pour le film à message. Je me suis un peu trop étendue sur ce point, mais cela m'a semblé nécessaire, car Swades n'est pas une histoire d'amour qui aurait des connotations sociales. C'est vraiment ce message qui est au coeur du film, qui en subordonne la narration et la mise en scène, et qui donne son sens et sa profondeur à l'histoire de Mohan et de Geeta.


Et c'est lui qui permet de comprendre ce prétendu réalisme. Ashutosh Gowariker n'a jamais voulu nous montrer la "vraie" Inde. Que voit-on lorsque le camping-car de Mohan, intrusion de la modernité matérielle de toute évidence incongrue en ce lieu, s'engage pour la première fois dans les ruelles du village : une galerie de caricatures, de personnage pitoresques plus surprenants les uns que les autres, vaguement inquiétants, tel ce lutteur en caleçon rouge qui s'agite sans raison apparente. Et que dire de la première apparition de Mela Ram, le cuisinier qui guidera Mohan tout au long du film, qui surprend celui-ci à son réveil, le visage collé contre la vitre du camping-car ? Ce qui apparaît devant nos yeux, c'est le village tel que le voit Mohan à son arrivée, avec son regard de NRI. Et ce sont ces mêmes personnages, devenus familiers et attachants, (et bien différents de ce qu'on aurait pu penser d'eux : le lutteur est ainsi en réalité un postier féru de modernité) que l'on regrettera autant que lui de quitter. Car, ce n'est pas une surprise, Mohan s'attache de plus en plus à l'Inde. Le spectateur aussi : comment en serait-il autrement, vu la beauté des paysages et des couleurs, vives sans être jamais kitches. J'en profite pour souligner la beauté plastique du film : chaque image semble avoir été composée avec soin.

De même, le film ne montre pas la vie de tous les jours du village, mais présente une succession de petites scènes significatives, souvent drôles, qui évitent la monotonie et mettent en jeu un grand nombre de personnages représentatifs (le père qui se croit progressiste mais n'envoie pas ses filles à l'école, l'Intouchable, le notable traditionaliste...). Mais cette diversité ne nuit jamais au déroulement dramatique de l'action, à laquelle tous ces tableaux sont étroitement rattachés.


Pour qu'un film aussi riche, et si strictement orienté par sa thèse puisse être humain et intéressant - et Swades l'est - , il fallait une interprétation exceptionnelle. Celle de Shahrukh Khan ne déçoit pas. C'est le seul film où je ne l'ai - presque - pas vu sur-jouer. Il est extrêmement sobre (on ne rigole pas) et subtil, et abandonne tous ses tics. J'aime particulièrement la scène, lors de la chanson Dekho Na, où, la cigarette à la main et un sourire sûr de lui aux lèvres il lance à Geeta assise à côté de lui dans le camping-car son habituel regard de dragueur ("The Look"comme dirait les Goodness Gracious me). Parfaitement indiférente, celle-ci lui ordonne d'un mouvement de la tête de jeter sa cigarette. Et Raj/Rahul, penaud, disparaît pour le restant du film.

Enfin, il est impossible de ne pas parler de la musique de Rahman, qui est, à mon humble avis, la plus belle BOF qu'il m'ai été donné d'entendre. Yun Hi Chala Chal est peut-être le morceau le moins remarquable, mais il vaut néanmoins par l'inteprétation d'Udit Narayan. Il présente la re-découverte de l'Inde par Mohan en route vers le village. La mise en images alterne paysages indiens et plans un peu inutiles sur le camping-car. La chorégraphie de Yeh Tara woh Tarah met à l'honneur un élément important de la culture indienne contemporaine : le cinéma. C'est cette chanson qui révèle le plus ce qui unit Swades à Lagaan et ce qui sépare les deux films. Le thème est le même : seuls nous sommes impuissants, ensemble nous vaincrons. Mais l'ennemi extérieur a été remplacé par l'intolérance et l'immobilisme, et Rahman renonce presque totalement aux accents guerriers de Chale Chalo, et compose une chanson à la fois douce et déterminée, où des voix d'enfants succèdent à celle d'Udit Narayan.

Saanwariya est un solo amoureux de Yalka Yagnik, fidèle à la tradition du genre et de toute beauté. Il permet à Gayatri Joshi d'apporter de l'émotion dans sa composition et révèle un autre visage de Geeta. Pal Pal Hai Bhari met en scène une pièce de théâtre représentant les lamentations de Sita et sa libération par le dieu Ram. C'est le morceau le plus indien du film, le plus exigeant aussi, et le plus beau. La mise en scène dépouillée de la chorégraphie en souligne l'élégance.



Dekho na est le morceau le plus romantique. Geeta cligne des yeux dans la lumière des phares que Mohan utilise comme des projecteurs de cinéma. Mohan et Geeta se tiennent par la main, de dos, dans l'obscurité. Il suffit de peu de choses pour dire l'intimité et la paix de ce couple. Yeh Jo Des Hai Tera, du pur Rahman, qui préfigure un peu Tere Bina de Guru, est le morceau le plus émouvant, un appel de leur terre natale à tous les exilés. Enfin le DVD Bodega offre en bonus une chanson coupée, qui s'insérait en effet mal dans la narration, mais n'en est pas moins magnifique. Il s'agit d'une berceuse, Aahista Aahista.

En un mot, Swades est un film assez extraordinaire par la façon dont il mélange dureté et douceur, tendresse (pour tous les personnages ) et sévérité (envers l'injustice). C'est un film paisible qui incite à l'action.