17.4.09

Deewaar, 1975

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(reprise d'un texte que j'avais écrit sur dvdclassik)

avec Amitabh Bachchan, Shashi Kapoor, Neetu Singh, Parveen Babi, Nirupa Roy
174 min, dvd Eros original, sous-titres anglais uniquement.



Lors d'une grève un syndicaliste victime d'un chantage est obligé de trahir sa cause pour protéger sa femme et ses enfants. Accusé d'être un voleur par ses camarades, il fuit en abandonnant sa famille. Celle-ci survit péniblement. L'un des fils, Vijay, se sacrifie pour que Ravi, son frère plus brillant, puisse faire des études. Les deux frères suivent des chemins différents, jusqu'à devoir s'affronter lorsque Ravi, devenu officier de police, doit poursuivre Vijay qui a choisi la voie du crime.


Deewaar est un des films qui ont le plus contribué à faire d'Amitabh une star. Sa popularité est bien sûr due à l'interprétation de Big B dans un de ces rôles d'Angry young man qui allait devenir sa spécialité, mais aussi à l'exceptionnelle qualité du film. Le seul reproche que je puisse faire, c'est tout dire, est qu'il n'y a que trois chansons, c'est un peu juste.

Le scénario est extrêmement bien construit : il n'y a aucun élément inutile (ce qui contribue au classicisme du film, à son aspect presque dépouillé par rapport à beaucoup de films qui accumulent intrigues secondaires et coups de théâtre), et les personnages sont très cohérents. Les deux fils tentent à leur façon de surmonter le traumatisme de la "trahison" de leur père et d'aider leur mère de leur mieux. Vijay, marqué dans sa chair ( on lui a tatoué sur le bras "mon père est un voleur"), choisit (mais est-ce vraiment un choix ?) la voie qu'il croit lui être destinée, et qui lui permettra d'offrir enfin à sa mère tout ce qu'elle n'a jamais eu. Ravi s'insère dans la société, cherche un emploi, essuie moult refus, persévère. C'est le cadet, il est plus insouciant, mais on voit bien que son objectif est le même.Tout deux semblent vouloir compenser l'absence de leur père en faisant le bonheur de leur mère. Celle-ci joue un rôle central : elle est le seul lien entre les deux frères quand ils se retrouvent dans deux camps opposés, en même temps que l'enjeu plus ou moins inconscient de leur affrontement. A Ajay qui énumère tout ce que son activité de contrebandier lui a permis d'acquérir (voiture, bungalow...) et demande à son frère ce qu'il a, lui, Ravi répond "mere paas Maa hain", "Moi j'ai Maman". Réplique à peu près aussi connue en Inde que '"Luke, je suis ton père". Et après avoir entendu sa mère lui dire qu'elle a toujours préféré son frère, Ravi part seul accomplir une mission quasiment suicidaire.



Les relations entre les personnages sont donc complexes et intéressantes, et cela vaut aussi pour les histoires d'amour. Si celle de Ravi sert surtout à apporter un peu de légèreté et deux belles chansons, celle de Vijay est plus originale et plus creusée, Parveen Bibi interprétant un personnage qui devient de plus en plus subtil, et offre à Vijay une alternative à l'amour exclusif qu'il porte à sa mère. spoiler

D'ailleurs lorsqu'il accepte de l'épouser, il renonce à son activité clandestine, c'est à dire qu'il renonce à se consacrer uniquement au bonheur de sa mère comme l'aurait fait son père s'il n'était pas parti, pour fonder à son tour une famille.

De même la lutte fratricide est l'objet de réflexions intéressantes et pas trop manichéennes, faisant référence au Mahabharata. spoiler

au fond Ravi accepte de mener l'enquête sur son frère quand il comprend qu'en tenant compte de leur liens familiaux il se rend en quelque sorte coupable du même népotisme que celui dont il a été victime quand il cherchait un emploi, et que si Vijay avait été un petit voleur de pain anonyme il n'aurait pas hésité à l'arrêter.

Les questions sociales sont omniprésentes sans être envahissantes (la réalisation du film correspond à une période de fortes tensions sociales en Inde).
La mise en scène élégante renforce l'impression de regarder une tragédie classique, où tout est bien ordonné pour amener la catastrophe, sans que les personnages soient pour autant des pions, ils ont tous une consistance et une humanité rare.

Au niveau des interprétations, le contraste entre les jeux de Shashi Kapoor et d'Amitabh Bachchan, si souvent exploité, fonctionne à merveille. Amitabh, en particulier, arrive à infuser à son personnage une intensité remarquable. Shashi est plus dans la nuance, les changements rapides d'expressions. C'est plus mon type de jeu, mais tous les deux sont ici très bons.
Trois chansons donc, dont une chorégraphiée. Que du bon de ce côté là aussi, dommage qu'il n'y en ai pas plus.



13.3.09

Sita Sings the Blues, 2008

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Site internet du film, contenant des liens vers les différents sites où vous pouvez regarder ou télécharger gratuitement Sita. Le film (américain) est en anglais, non sous-titré, mais vraiment pas très compliqué à comprendre. Il dure 1h20, c'est court, alors n'hésitez pas !

C'est l'histoire de Nina, réalisatrice de dessins animés, qui apprend par un e-mail que son mari, parti travailler en Inde, a décidé de la quitter. C'est aussi celle de Sita, qui, enlevée par Ravana, reconquise par son époux Ram, doit lui prouver sa chasteté - ce qu'elle fait, mais elle n'en est pas moins finalement abandonnée par lui, histoire racontée par trois marionnettes qui ont une façon bien à elles de présenter le Râmâyana.



Partant de l'idée que l'histoire du Ramayana est universelle*, Nina Paley nous livre l'interprétation que peut en faire une femme, américaine, et vivant à notre époque, et présente sa lecture comme une parmi tant d'autres (les narrateurs insistent sur l'existence de nombreuses variantes du mythe).

Autant le dire tout de suite, cette relecture pleine d'imagination et d'humour de la célèbre épopée est un régal. Les narrateurs se contredisent, se trompent, rectifient leurs erreurs, donnant l'impression d'improviser pendant que les images se modifient en conséquence (voir l'hilarante présentation de Ravana, ou celle de la famille de Rama). Et Nina Paley met en image leur récit en recourant à de nombreux styles graphiques différents, allant de l'imitation de peintures indiennes à des images qu'on croirait sorties d'un jeu vidéo d'autrefois, par exemple lors de la chanson pendant laquelle Rama dégomme des dizaines de démons, en passant par des collages, des dessins crayonnés style BD...



Elle le met aussi en musique, comme le titre le laisse entendre, mettant dans la bouche de Sita de superbes chansons, d'Annette Hanshaw essentiellement, qui collent étrangement bien à l'histoire - ce sont d'ailleurs ces chansons qui sont à l'origine du film*. Et elle les accompagne de chorégraphies, peut-être le principal point faible du film, car le choix d'une animation assez rudimentaire les condamne à devenir vite un peu répétitives.

Les commentaires des trois marionnettes, secondées par la mise en parallèle avec l'histoire de la réalisatrice, mettent l'accent sur l'injustice subie par Sita, victime obligée de se justifier, puis épouse répudiée alors que son innocence est établie. Rama n'a pas le beau rôle dans cette relecture féministe du mythe, qui réussit à faire de la fin pourtant connue du mythe un retournement surprenant, en donnant un sens nouveau au départ de Sita qui retourne dans le sein de la Terre sa mère.



la bande-annonce :




* je traduis ce que Nina Paley dit sur son site à propos de l'importance de ces chansons dans le film : "Ce sont les chansons qui ont inspiré le film. Il n'y aurait pas eu de film s'il n'y avait eu ces chansons. Avant que je les entendent, le Ramayana n'était pour moi rien d'autre qu'une ancienne épopée indienne. Je voyais peu de rapport entre cette ancienne épopée et ma propre expérience de 2002. Mais les chansons d'Annette Hanshaw ont été une révélation : l'histoire de Sita a été racontée un million de fois, pas seulement en Inde, pas seulement par le Ramayana, mais aussi par le blues américain.[...]Elles sont la preuve historique qui vient soutenir l'idée centrale du film : l'histoire du Ramayana transcende le temps, l'espace et les cultures."