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2.5.08

Guna (1992) - Tamoul

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Kamal Hassan est Guna, un jeune homme mentalement dérangé et obsédé par la déesse Abirami. Sa mère, tenancière d'une maison close, voudrait qu'il épouse Rosa, une des prostituées, mais Guna attend la venue de la déesse.Un jour il rencontre une jeune femme qu'il prend pour Abirami, et l'enlève.


. . J'ai été un peu déçue. Globalement j'ai vraiment aimé la première moitié mais la seconde m'a semblé cousue de fil blanc (le méchant tuteur d'Abirami, son syndrome de Stockholm qu'on essaie de nous faire prendre pour le grand amour...).
La réalisation est brillante, notamment au tout début du film et lors de la deuxième chanson où la caméra en un premier plan séquence quitte la fiancée délaissée de Guna occupée à lui chanter une berceuse pour parcourir la maison close où il habite et arrive enfin à un spectacle de danse sur lequel elle s'attarde, puis dans un mouvement parallèle elle suit la sortie des danseuses, enchaîne sur la mère de Guna qui prend la relève de la fiancée pour veiller sur son fils, puis s'arrête quelques instants sur le seuil de la chambre, à une distance respectueuse de sa souffrance. Les jeux de clair-obscur et les cadrages soulignent encore plus l'isolement de Guna et le contraste ente son sommeil et le fourmillement de la maison close, bercés par la même chanson. J'ai vraiment été bluffée. Il y a beaucoup d'images marquantes dans cette première partie : Guna qui prie la lune debout sur une jambe sur le toit, Guna fasciné par Abirami au milieu de la foule des pèlerins vêtus de orange...




Bon ensuite ça se gâte un peu, et les choix d'interprétation de Kamal Hassan n'arrangent pas les choses. Malgré des moments de génie où l'on retrouve le Kamal Hassan que j'aime, au jeu sensible et subtil, il a tendance a en faire trop (ah la mort du petit oiseau...). Ce qui est amusant, c'est que par moment, vers la fin, son interprétation annonce presque le personnage de Nandu dans Aaalavandhan. Sauf que dans Aaalavandhan un certain cabotinage et un jeu très "cartoon" étaient bienvenus, et en phase avec l'esprit général du film, et que ce n'est pas vraiment le cas ici. En tout cas ça m'a gênée. Et puis tant au niveau technique (l'accident de voiture n'est pas très crédible) qu'au niveau du scénario ça se gâte vraiment. Tout ce qui concerne le tuteur d'Abirami est prévisible à des kilomètres, l'histoire d'amour est difficile à prendre au sérieux (en tout cas je n'ai pas réussi, c'est ce qui m'a vraiment gâché cette partie du film), et la toute fin m'a paru un peu bâclée. Restent les paysages et la musique.



C'est quand même un film à voir, exceptionnel par certains aspects, un peu raté par d'autres, intéressant par les évolutions qu'il montre dans le jeu de Kamal Hassan (que je préfère décidément dans ses films les plus anciens)

6.4.08

Sadma (1983)

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de Balu Mahendra. Version Hindi de Moondram Pirai


Après un accident de voiture, une jeune femme (Sridevi) est victime d'amnésie et se retrouve avec le psychisme d'une enfant de six ans. Elle atterrit dans une maison close où on la rebaptise Reshmi. Elle y fait la connaissance de Somu (Kamal Hassan), un client qui s'aperçoit vite qu'elle n'est pas à sa place dans endroit. Le jeune homme, instituteur solitaire et mal dans sa peau, prend l'initiative de l'enlever et l'emmène dans son village, où il s'occupe d'elle comme si elle était sa fille.

Sadma est un film très simple, dont le scénario tient en quelques lignes. L'essentiel du film réside dans la description de la vie de Reshmi et de Somu, et dans l'analyse de leurs relations, forcément peu communes. Il n'est pas forcément facile de captiver le public pendant deux heures trente avec une histoire de ce genre, et pourtant je n'ai pas vu le temps filer. Les rapports entre les deux personnages sont décrits avec une justesse incroyable, des premiers temps, où Somu peine encore à réaliser que Reshmi raisonne comme une enfant (il faut voir le passage où il commence à répondre à ses questions horripilantes de petite fille, du genre "Pourquoi il fait froid ? -Parce qu'on est en montagne. - Et pourquoi il fait froid en montagne ? - Parce que on est en altitude ? -Et pourquoi on est en altitude ?" avant de s'arrêter et de sourire lorsqu'il comprend que les questions vont se succéder sans fin, comme toujours avec les gamins de cet âge), jusqu'à leur apprivoisement mutuel, et la naissance d'une profonde affection entre les deux.
Affection évidemment pas toujours dépourvue d'ambiguïté, malgré toute la bonne volonté et la gentillesse de Somu : ainsi, lorsqu'il lui achète un sari de mariée, on peut se demander si c'est juste dans une volonté paternelle de voir sa fille se marier et avoir une existence normale, ou si son désir est moins clair. Le film semble suggérer que la première option est celle qui guide ouvertement Somu, mais lorsqu'il s'endort, ses rêves laissent libre cours à ses désirs. Le retour à la réalité - la vision de Reshmi mal fagotée dans son sari mais ravie de pouvoir s'habiller "comme une grande" - est dans tous les cas poignante.

C'est d'ailleurs le film dans son ensemble qui est bouleversant. Quasiment exclusivement centré sur Reshmi et Somu, isolés dans un décors de montagne bucolique, il laisse aux acteurs tout loisir de réaliser d'excellente performance. Sridevi, que j'ai découverte il y a quelques mois dans 16 Vayathinile achève de me convaincre de son talent. Je ne s rien sur l'extraordinaire performance de Kamal, puisque de toutes façons, connaissant la vénération que je voue à cet acteur, personne ne croira que je suis objective. Ce type apporte à la plupart de ses rôles une profondeur et une émotion proprement incroyables. C'est quand il s'écarte de son sujet principal que Sadma est le plus faible, c'est à dire surtout dans l'intrigue secondaire impliquant la femme totalement nympho du patron de Somu, intéprétée par Silk Smitha, dont le jeu outré fait un peu tache au milieu de tant de délicatesse. Mais bon, elle permet quand même l'introduction d'une chanson d'anthologie. Les autres chansons sont là encore mémorables, surtout "Ae Zindagi Gale Laga Le" et "Surmayee Akhiyon Mein", centrées sur les sentiments de Somu.



"Ae Zindagi Gale Laga Le" - L'intro est splendide



"Surmayee Akhiyon Mein" - dadidadum - o dadidum - je vais pleurer :-(



Et le film résumé en 15 minute par Shemaroo. Pas de sous-titres hélas :


26.2.08

Pithamagan (2003) - tamoul

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Chiththan (Vikram), orphelin élevé par le gardien d'un cimetière, grandit en incinérant les cadavres à ses côtés. Il se retrouve livré à lui-même à la mort de son père adoptif. Incapable de communiquer, violent, souffrant de plus de discriminations du fait de sa profession, il doit pourtant s'aventurer dans le village pour acheter à manger. Il y est pris en charge par Gomathi (Sangitha), petite dealeuse de cannabis. Sur sa recommandation, Chiththan trouve un travail dans son gang. En parallèle, on suit les aventures sentimentales de Sakthi (Surya), un petit arnaqueur, et de l'étudiante Manju (Laila). Lorsque Chiththan et Sakthi se retrouvent tous deux en prison, ce dernier se prend d'affection pour cet homme sauvage et rejeté, et décide de l'aider. Les deux hommes se lient peu à peu d'amitié.

ll faut tout d'abord souligner le louable soucis de réalisme dont fait preuve le réalisateur Bala. Naissance et mort sont dépeintes sans fard : le bébé Chiththan nous est montré tout sanguinolent, avec son cordon ombilical, les plans sur les cendres et les ossements humains sont légions. C'est assez dérangeant, on n'est pas habitué à voir cela en Europe. De même la culture du cannabis, et la société parallèle qui se développe autour d'elle sont décrites avec précision et nuances, d'une façon quasi documentaire.


Là où ça cloche, c'est que cette approche exigeante est combinée avec tous les ingrédients du masala classique, essentiellement scènes comiques et grosses bastons, et que ça passe mal. Le problème est surtout sensible en ce qui concerne le personnage de Chiththan. D'un côté Vikram construit sans concession un personnage dépourvu de tout sens des rapports humains, ignorant la morale la plus élémentaire ; visiblement il n'a pas cherché à faire naître chez le spectateur une piété facile pour Chiththan, en exploitant son handicap. Regard dans le vague, indifférent à ce qui l'entoure, son personnage est inabordable, impénétrable. Rien à redire sur le travail d'acteur (si ce n'est que j'ai été déconcentrée au début par la ressemblance frappante de Vikram avec Jean Reno). Ce qui m'a gênée c'est que Chiththan hérite du héos masala une force surhumaine, qu'il a l'occasion de prouver lors de longues bagarres filmées avec complaisance, et qui décrédibilise tout. D'habitude les combats over the top de certains films tamouls ne me dérange pas du tout, mais ici le problème vient de l'association des "super-pouvoirs" et du handicap : on a la désagréable impression de regarder une bête de foire, le mec qui sait pas parler mais éclate trois mafieux et autant de flics ripoux d'une seule main. Ces scènes, qui sont en plus extrêmement violentes, m'ont vraiment mise mal à l'aise.
Même problème de scénario en ce qui concerne Sakthi (en moins grave). Surya et ses beaux yeux livrent une performance intéressante, comique au début, puis plus sérieuse. Malheureusement les gags (les différentes arnaques qu'il invente) sont trop longs et un peu répétitifs (mais j'ai bien aimé les enchères d'objets ayant prétendument appartenus à des stars). Les rôles féminins sont nettement moins convaincants, Laila est falote et agaçante, Sangitha surjoue.

Du côté de la musique (Ilayaraja) et de la danse, c'est le grand vide, je n'ai retenu que le Medley avec Simran en guest star.




(d'ailleurs est-ce que quelqu'un connaît le titre de la première chanson reprise après la prière ? )


Le réalisateur a du talent, apparemment il a l'ambition de faire des films différents de ce qu'on voit habituellement, et pourtant, pendant les trois quarts du film (je mets la fin à part), on ne ressent aucune émotion, juste une vague gêne et du regret devant un si beau gâchis.


* * *

Je m'aperçois que je n'ai parlé que de deux films dont la musique est signée Ilayaraja, et que ,manque de chance, à chaque fois la BO était moyenne. Pour compenser un peu, et parce que ce sont de magnifiques compositions, quelques autres morceaux de ce grand compositeur.



25.2.08

16 Vayathinile (1977) - Tamoul

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Parce qu'il n'y a pas que Mani Ratnam au sud de l'Inde, quelques mots sur l'intéressant 16 Vayathinile de Bharathi Rajaa, qui réunit Sridevi, Kamal Hassan (acteur que j'aime énormément) et Rajnikanth (que j'ai un peu plus de mal à apprécier).

Mayil (Sridevi), 16 ans, vient de finir ses études et revient dans son petit village. Elle y retrouve sa mère, ainsi que Chappani (Kamal Hassan), un simple d'esprit qui sert d'homme à tout faire à celle-ci. Chappani n'a d'yeux que pour la jeune fille qu'il vénère et s'imagine être sa future épouse. Mais Mayil, qui a atteint un niveau d'instruction sans équivalent chez les femmes de son village, rêve d'un beau mariage avec un citadin éduqué, espèce cruellement sous-représentée dans son village. Tandis que les villageois, et en particulier Parattayan (Rajnikanth), raillent sa prétention, Mayil attend le prince charmant, qui finit par surgir en la personne d'un vétérinaire anglophone, dont les costumes élégants et les lunettes d'intellectuel séduisent immédiatement notre villageoise. Mais les intentions du vétérinaires sont loin d'être pures...

Le film vaut surtout pour l'extraordinaire performance de Kamal Hassan, toujours crédible dans un rôle difficile. Il ne surjoue jamais, et on sent que ça performance et le résultat d'un vrai travail, visible dans la démarche de son personnage, son élocution, son expression. Il faut dire que le scénario lui offre un rôle très bien construit et réaliste, à la différence par exemple de celui de Vikram dans Pithamagan. Le personnage évolue au cours du film, mais de façon mesurée et progressive, sans miracle. Kamal n'en fait jamais un bouffon, mais un homme extrêmement émouvant. Cet acteur de génie rend touchant le moindre geste, le moindre regard de Chappani.


Rajnikanth, qui n'apparaît que peu de temps à l'écran, livre également une bonne performance, dans un de ces rôles de méchant qui ont jalonné le début de sa carrière. Il glace vraiment le sang dans la peau d'un homme lubrique et violent. Sridevi avait alors 14 ans et déjà plusieurs dizaines de films à son actif. Elle livre une bonne composition, malheureusement un peu éclipsée par celle de Kamal. Elle a néanmoins un peu tendance à surjouer (les battements de paupières...). Elle arrive cependant à marier à l'espièglerie d'une toute jeune fille la gravité que nécessite le scénario, faisant là encore évoluer son personnage en douceur.


Vous l'aurez compris, 16 Vayathinile bénéficie d'un bon scénario. Le film s'ouvre sur l'image de Mayil debout, les yeux baignés de larmes, au bord de la voie ferrée, puis débute un long flash-back qui ne s'achèvera qu'avec le générique de fin. En donnant quelques indices du dénouement sans le révéler entièrement le procédé renforce la noirceur de l'ensemble du film tout en préservant le suspens (je n'avais aucune idée de comment tout cela allait se finir jusqu'à la dernière minute). Cette fin, d'ailleurs, est peut-être un peu brusque, mais cette rapidité permet néanmoins d'éviter tout pathos superflu et s'accorde bien avec la dignité du personnage de Mayil telle qu'elle apparaît au début et à la fin du film.
Tout le film est marqué par un certain réalisme : l'atmosphère d'un petit village est bien rendue, avec ses querelles de voisinages, les hommes qui jouent aux cartes au pied de l'arbre et regardent passer les filles, ou encore à travers les menus travaux que pratique Chappani. Dans ce milieu rural le vétérinaire arrive comme un intrus, ce que souligne autant son langage que le contraste entre ses costumes et ceux des villageois. Il représente la ville, le lointain, et c'est ce qui séduit Mayil. Le réalisateur s'éloigne cependant par moments de ce réalisme pour oser quelques métaphores naïves (des oiseaux en liberté, une plante qui pousse ou qu'on écrase...) qui font un peu datées aujourd'hui.
Les chorégraphies sont fort simples et s'intègrent ainsi assez bien au récit. Je n'ai pas trouvé la musique d'Ilayaraja inoubliable, à l'exception d'une chanson qui scande le film et qui est pour le coup très belle :