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24.4.20

Pyaasa (L'Assoiffé) - 1957

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 chasm-e-nam jaan-e-shorida kaafi nahin
tohmat-e-ishq poshida kafi nahin
Faiz
Il ne suffit pas d'avoir l’œil humide et l'âme troublée
Il ne suffit pas d'être accusé de nourrir un amour secret

Si je me permets de commencer ce billet par deux vers de Faiz, ce n'est pas pour le plaisir (enfin, un peu quand même), c'est surtout parce que le héros cite ce poète comme source d'inspiration, qu'ils correspondent bien au ton du film, et que la poésie joue un rôle central dans Pyaasa.


Le héros Vijay (Guru Dutt) est en effet un poète sans le sou qui ne parvient pas à faire publier son œuvre. Tous lui conseillent de laisser tomber les sujets sociaux et déprimants pour se consacrer à des histoires d'amour plus légères. Vijay refuse, se retrouve à la rue où il survit grâce aux deux seules personnes capables d'apprécier son art, Abdul Sattar (Johnny Walker), un masseur de rue, et Gulab (Waheeda Rehman), une prostituée, qui va jusqu'à lui payer à manger. Vijay finit par trouver un emploi chez un éditeur, mais comme domestique, et comble de la malchance, il s'agit du mari de son amour de jeunesse, Meena (Mala Sinha), qui a préféré la sécurité d'un mariage bourgeois à un mariage d'amour. Suite à un malentendu, on croit Vijay mort, suicidé. Son œuvre est enfin publiée grâce à Gulab, et connaît un très grand succès, en partie grâce à la prétendue mort dramatique de son auteur, qui reste de son côté estomaqué par tant d'hypocrisie.


La toute première scène donne le ton : le poète admire la nature, les oiseaux, une abeille qui butine, quand arrive dans le champ un pied qui écrase cette dernière. Le regard porté sur la société est sombre, très sombre. Guru Dutt, pourtant lui-même producteur du film, a d'ailleurs dû adoucir un peu la scène finale, de crainte que le public n'aime pas un film aussi noir. La façon dont les prostituées vivent et travaillent, notamment, est présentée de façon assez crue. Les éditeurs n'acceptent de publier que des poètes reconnus, et les diplômés, au chomage, se trouvent contraints de jouer les porteurs à l'entrée des hôtels pour une pièce. Seuls les marginaux comprennent la poésie et se montrent honnêtes et généreux.

le "méchant", joué par Rehman

Les chansons, dont beaucoup sont des poèmes de Sahir Ludhianvi, éminent poète de tendance communiste (il a notamment écrit un célèbre poème sur les travailleurs pauvres qui ont souffert pour construire le Taj Mahal), sont particulièrement nombreuses, et donnent son rythme au film. Sahir Ludhianvi a ici adopté un style plus simple que dans ses recueils afin d'être compris par tous : ce n'en sont pas moins de très beaux poèmes en ourdou, qui transmettent l'essentiel du message social du film.

Plusieurs chansons permettent de montrer un Vijay toujours décalé, à contre-temps de la société : il chante une chanson déprimante à une réunion festive d'anciens étudiants ; prend la parole quand on attend de lui qu'il fasse simplement le service. Quand à la chanson romantique, "Hum Aap ki Aankhon mein", Vijay la rêve au moment même où Meena lui donne une lettre de rupture.


Le traitement des chansons est une des singularités du style de Guru Dutt. Traditionnellement, elles servent souvent d'intermèdes musicaux et chorégraphiés qui interrompent le récit. Ici au contraire, elles sont totalement intégrées dans l'histoire et la font avancer. Elles commencent généralement doucement, parfois sans musique pour se fondre dans le film (certaines, plus scandées que chantées, sont totalement a cappella, beaucoup commencent tout doucement avant d'aller crescendo) et, bien que Guru Dutt ait une formation de danseur, la danse est quasiment absente du film. Ces chansons intégrées au récit sont au diapason de celui-ci : elles ne respirent pas franchement la joie de vivre et la fierté d'être indien. La chanson la plus connue, qui marque la "résurrection" de Vijay, le montre dans une posture christique (qui reprend la couverture d'un magazine que Meena feuilletait au début du film), murmurant, puis déclamant, son dégoût de cette société hypocrite qui ne valorise que la richesse et n'aime les poètes qu'une fois morts, et se termine dans une sorte de puissant cri de rage cathartique.


Trois chansons se détachent cependant du fil de l'histoire : ce sont les trois seules chansons joyeuses, aux mélodies plus entrainantes. Deux d'entre elles sont placées dans des flash-backs (et le duo romantique parfaitement classique "Hum Aap ki Aankhon mein", avec ses nuées inspirées de "Ghar aaya mera" de Awaara de Raj Kapoor, est même une séquence rêvée au sein d'un souvenir en flash-back). La dernière des trois se détache par sa tonalité comique, résultant du contraste entre la voix de Mohammed Rafi et celle de Johnny Walker : Guru Dutt choisit de casser l'illusion du film pour faire entendre le procédé du play-back. Bref, les moments joyeux ne sont pas vraiment dans le film.



C'est S.D. Burman qui a été chargé de composer la musique des chansons, mais aussi la musique de fond, contribuant ainsi à l'unité du film. A la demande de Guru Dutt, il leur apporte une tonalité bengalie. En effet, d'après Nasreen Munni Kabir (auteure d'une biographie de G. Dutt), et bien que le seul repère géographique donné dans le film soit le Gange, Pyaasa se déroule à Calcutta*. C'est tout à fait possible, Guru Dutt étant bengali de coeur sinon de naissance. Par ailleurs, certains personnages, surtout Gulab la prostituée, rappellent des personnages de Devdas, roman qui se déroule au Bengale. C'est d'ailleurs à cause de cette ressemblance avec Devdas que Dilip Kumar, qui venait de jouer dans une adaptation du roman, refusa le rôle, que finalement Guru Dutt endossa lui-même.

Il était particulièrement exigant au sujet du jeu des acteurs, et pouvait faire rejouer de très nombreuses fois la même scène s'il n'était pas satisfait. Il s'appliquait la même exigence, et demandait après chacune de ses scènes à son comparse Abrar Alvi, qui signe le scénario, de critiquer son interprétation. Waheeda Rehman, dont c'est le premier rôle principal, est en particulier magnifique : il faut la voir changer brutalement de visage lors de leur première rencontre quand elle comprend que Vijay n'est pas un client potentiel .

Avoir de bons acteurs était crucial. En effet Guru Dutt raffole des gros plans (suivant généralement un "establishing shot", c'est à dire un plan large présentant le contexte), et l'on peut scruter le moindre détail de leur expression. Cette façon de faire était d'ailleurs nouvelle dans le cinéma indien qui préférait les plans larges. Elle permet une mise en scène moins théatrale et facilite l'indentification du spectateur, atténuant ainsi le côté difficile d'accès d'un film très noir et tournant autour de poésies que les spectateurs français ne peuvent ressentir qu'à travers les sous-titres.



Pyaasa bénéficie d'une bonne édition DVD sous-titrée français sortie par Carlotta. Elle comprend en outre une séquence d'introduction par Charles Tesson, et un film sur Guru Dutt.



* grâce aux nombreux tweets qui m'ont fait remarquer différents détails je peux confirmer que l'action se passe effectivement à Kolkota.

Pour plus d'informations vous pouvez vous référer à la préface filmée de Charles Tesson du DVD Carlotta ; ainsi qu'à Guru Dutt, A Life in Cinema, de Nasreen Munni Kabir, Oxford University Press, nouvelle édition de 2005, qui m'ont servi de sources.

29.3.20

Mangala Fille des Indes (Aan) - 1952

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Une fois de plus le titre français du film diffère franchement de l'original : "Aan", c'est à dire fierté.


Celle de la princesse, mais aussi celle des villageois, incarnés par Nimmi (morte cette semaine, RIP), et Dilip Kumar, dont on nous dit en prologue du film : "voici le villageois qui laboure la terre en temps de paix et défend le pays en temps de guerre." Mais attention, pas ou très peu de pauvres paysans dans ce film où tout est dorure et décors majestueux (de studio).

 
La modeste demeure du "paysan"


De quoi ça parle ?  Et bien Jai le villageois est aimé de Mangala (Nimmi), convoitée elle-même par l'horrible prince Shamsher (Prem Nath) qui a pris le pouvoir lors d'un coup d'Etat, tandis que Jai,  pour sa part, est fou de Rajshree (Nadira), la sœur du prince, qui n'aime qu'elle-même. Et comme personne ne comprend que non c'est non, les deux hommes harcèlent les deux femmes, et c'est mal vu quand c'est le méchant qui le fait mais OK quand c'est le gentil héros. Il s'agit aussi, pour respecter les vœux de l'ancien maharajah, de faire tomber Shamsher et rendre le pouvoir au peuple (on est en 1952, les Maharajahs n'ont plus trop le vent en poupe).

l'entrée des cachots
Tout ce beau monde habite des palais fastueux, à mi chemin entre château de Disney et palais des Milles et une nuit (avec un peu de Sissi aussi). On sent à chaque instant, dans ce premier film indien en technicolor, une volonté d'en mettre plein la vue et d'apporter ce qu'il faut d'exotisme au public.


Un des palais, d'influence égyptienne celui-ci

Les femmes ont toutes un fort caractère, mais autant celui de Nimmi est valorisé, autant celui de la princesse est présentée comme de l'orgueil dû à sa classe, et Dilip Kumar s'attache à la dompter (elle est élégamment comparée à une jument mal débourrée), car, dit-il, "celui qui vole haut doit tomber".
C'est la trame générale, car le scénario part de plus en plus en cacahouètes au fil du temps pour aboutir à une longue séquence onirique de grand n'importe quoi.


A minuit, ça redevient une citrouille ?


Dilip Kumar est très bien en héros du peuple dans un film plus léger que d'ordinaire. Nimmi est phénoménale. Quand à Nadira, dans son tout premier rôle, son jeux très expressif a un peu moins bien vieilli.



En plus des décors, le gros point fort du film sont les très nombreuses chansons, entraînantes et variées. Voici, naturellement pour le premier film indien en couleur, la chanson de Holi



Bref, on recommande, même si le message a vieilli. Trop de fantaisie et de chansons pour passer à côté.


23.9.12

Jour 30 - Mon film préféré

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Le Monde d'Apu (Apur Sansar).
La Complainte du sentier nous avait dépeint la vie du petit Apu, fils d'un brahmane pauvre dans un petit village, guettant, avec sa sœur, le passage du train, fascinant symbole de la modernité qui arrivait tout juste dans la campagne bengalie.
L'Invaincu nous le montre jeune adolescent, surmontant la mort de son père. Écolier, puis étudiant brillant, il migre progressivement vers la grande ville.
On le retrouve ici jeune homme, arrêtant ses études faute d'argent, marié presque par accident, amoureux de sa femme, prêt à s'établir enfin comme père de famille, quand un nouveau deuil le frappe.
 Sharmila Tagore, la jeune mariée

Apu avait fait face, invaincu, à la mort de sa sœur, de son père, de sa mère. Toujours, la vie avait repris ses droits. Jamais Satyajit Ray n'avait semblé porter un regard pessimiste sur le monde. Mais lorsque la femme adorée d'Apu meurt en couche, notre héros vacille. Tout à sa douleur et à sa colère contre ce fils qui a causé la mort de son épouse, il fuit ses responsabilités de père de famille, ère dans la forêt tel Yvain dans sa folie. Ou, pour faire une comparaison plus locale, il refuse d'endosser la tâche de maître de maison, deuxième étape de la vie d'un hindou, pour adopter avant l'heure les habits du renonçant, vivant dans la forêt, coupé du monde. 
Mais ce fils qu'il ne veut pas voir grandit malgré tout, petit chenapan délaissé et incontrôlable, mais plein de vie. Sa rencontrer avec son père, revenu de son exil forestier va mener à l'une des plus belles fins qu'il m'ait été donné de voir.

Le Monde d'Apu est un film sur le passage à l'âge adulte, sur la fondation d'une famille. Mais c'est aussi un film sur le deuil. Il est parcouru par les forces opposées de la famille qui ancre Apu dans le monde et de la souffrance du deuil qui l'en coupe. On perd le compte du nombre d'êtres chers qu'Apu perd dans la trilogie. Pourtant, même dans ce volet, qui nous montre un héros particulièrement affecté par ces pertes, il n'y a aucun pathos. C'est le lyrisme qui domine, mais un lyrisme simple, sans affectation. Celui du bonheur simple de la vie en couple, dans le pauvre petit appartement de Calcutta transformé en cocon chaleureux. Celui qui naît de la campagne du Bengale, filmée de façon très sobre, en plans larges dans lesquels se détache la figure solitaire et sombre d'Apu. Celui de cette fin inoubliable, pleine de promesses.
Apu renonce à l'oeuvre de sa vie, le roman autobiographique qu'il rédigeait. 

24.7.12

Jour 10 - Mon classique préféré

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Awaara.
Ce film est plus que classique, il est mythique.


Awaara ("Le Vagabond"), sorti en 1951 et réalisé par Raj Kapoor qui interprète également le rôle principal,  s'ouvre sur une scène de procès. Un jeune homme est accusé d'avoir voulu tuer le juge Raghunath. Peu à peu, au cour d'un long flashback, on comprend que l'accusé n'est autre que le fils du plaignant.

Très populaire en Inde mais aussi bien au-delà, Awaara réunit de nouveau le couple mythique (j'ai cherché un autre adjectif, mais c'est le seul qui convienne) de Shri  420, Nargis et Raj Kapoor. Face à eux, l'imposant Prithviraj Kapoor, père de Raj.

Une scène presque aussi mythique que Raj et Nargis sous leur parapluie dans Shri 420.

Ce très beau film est la parfaite combinaison d'influences cinématographiques occidentales (le film noir) et d'éléments culturels indiens : Le juge Raghunath a répudié sa femme après qu'elle eut été enlevée par un bandit, soupçonnant ce dernier d'être le père de l'enfant qu'elle porte. Ça vous rappelle quelque chose ? Mais oui, Awaara reprend l'histoire du Ramayana.

 Je le sens pas, ce bébé, moi...

La thématique du déterminisme, génétique et social, qui le traverse de bout en bout n'est pas étrangère au genre du film noir à l'américaine mais a une raisonnante particulière dans le pays des castes.


 Des cadrages très expressifs.

Raj Kapoor réussit très bien à exprimer par l'image les sentiments de ses personnages, par la mise en scène et les cadrages. Cette volonté de nous faire partager l'intériorité de Raj culmine dans un surprenant passage chanté de plus de sept minutes exprimant le dilemme du héros déchiré entre son activité criminelle et son amour pour Rita :

Le Paradis, auprès de Rita.


L'enfer du crime.


Ajoutons à cela que l'interprétation est grandiose, la musique également très belle, et la réalisation des passages chantés particulièrement soignée.



Des acteurs tout aussi expressifs.


Une seule scène me déplaît : Raj gifle Rita, et c'est elle qui s'excuse de l'avoir vexé ! Le passage est choquant, et rappelle soudain que ce film si moderne date de 1951. On peut légitimement trouver la scène déplaisante, mais il est difficile de le reprocher à Raj Kapoor qui ne faisait qu'exprimer la façon de penser de son temps.

29.12.11

Yahudi (1958 - Bimal Roy)

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L'intrigue de Yahudi est inspirée de celle de l'opéra de Jacques Fromental Halévy La Juive, transposée de la Renaissance à


Par "il y a très longtemps", il faut comprendre à une époque où il y avait un empereur et des légionnaires. Difficile d'être plus précis, tant Bimal Roy et son scénariste se soucient peu d'exactitude historique.
Il est donc question d'un joailler juif, Ezra, dont le fils est condamné à mort pour une peccadille par le très cruel et très antisémite gouverneur Brutus. Pour se venger, le serviteur d'Ezra enlève la fille adorée de Brutus, qu'Ezra refuse de tuer et élève comme sa propre enfant, sous le nom d'Hanna, avant de devoir quitter la ville sur une chanson très dramatique interprétée par Mohammed Rafi et superbement mise en images,"Yeh duniya haaye hamari yeh duniya".


Quinze ans plus tard, Ezra, de retour à Rome, est de nouveau un prospère joailler, la ville, toujours gouvernée par Brutus, s'apprête à célébrer avec faste le mariage du prince Marcus (qui a les traits de Dilip Kumar) et de la princesse Octavia, et Hanna est devenue Meena Kumari.
Un jour Hanna secourt un Romain tombé de son char. Le prince, car c'était lui, n'a alors plus qu'un désir : revoir cette jeune femme dont il ignore le nom. Il se fait alors passer pour juif, retrouve la trace d'Hanna, et se fait engager comme apprenti par Ezra. Quelques jolis dialogues romantiques plus tard, voici nos deux tourtereaux prêts à se marier.


Mais Hanna ne va-t-elle pas finir par découvrir la véritable identité de Marcus ? Parviendront-ils à surmonter l'hostilité de leurs deux communautés ? L'ignoble Brutus, que l'on a un peu perdu de vue, ne tentera-t-il pas de faire son boulot de méchant et de briser leur bonheur ?

* * * * *

Il se trouve que j'ai passé une bonne partie de ma vie d'étudiante à étudier l'Antiquité gréco-romaine. Un péplum indien qui se passe à Rome, c'est une curiosité qui ne peut que m'intéresser. Comment donc un cinéaste indien - et pas n'importe lequel, Bimal Roy, connu pour son goût du naturalisme - allait-il s'approprier tout ce folklore du péplum ? Cependant, cet intérêt curieux est vite passé au second plan, tant les aventures d'Ezra, d'Hanna, de Marcus et d'Octavia se sont vite révélées plaisantes à suivre.

Yahudi est l'adaptation d'une pièce écrite en ourdou par Aga Hashr Kashmiri, Yahudi ki Ladki ("la fille du juif"), pièce très influencée, comme on l'a vu, par l'opéra de Halévy. Une adaptation cinématographique de cette pièce avait été déjà été réalisée en 1933 : l'histoire n'était donc sans doute pas aussi étrangère au public indien qu'on aurait pu le croire. Mais Yahudi puise aussi à d'autres sources : l'accident qui mène à la condamnation à mort du fils d'Ezra rappelle très fortement Ben-Hur. Le film de William Wyler étant postérieur, Bimal Roy a du s'inspirer soit du roman, soit du film de 1925. Certaines répliques et situations évoquent également Le Marchant de Venise. Bref, un mélange de nombreuses influences, qui se fondent finalement dans une dénonciation universelle des communautarismes.

L'origine théâtrale du film se révèle dans la mise en scène, dans les dialogues très écrits, mais aussi dans le jeu des acteurs (et ce n'est pas ici un reproche). L'excellent Sohrab Modi, qui interprète Ezra, jouait dans des pièces de théâtre parsies avant de devenir acteur de cinéma. Quant à Dilip Kumar, il n'a jamais l'air aussi à l'aise que quand il déclame de grandes tirades tragiques. Meena Kumari, en revanche, a pendant la plus grande partie du film un rôle plus léger qu'à l'ordinaire, et ce style de jeu lui va bien. Sa rivale, la princesse Octavia, est interprétée par par Nigar Sultana, qui retrouvera un personnage assez proche deux ans plus tard dans Mughal-e-Azam.


Et Bimal Roy dans tout ça ? Il se perd un peu dans un sujet assez éloigné de sa sensibilité. La fin du film, très mélodramatique, est loin de la délicatesse et de l'émotion toujours contenue de, par exemple, Sujata. Disparu aussi (mais comment aurait-il pu en être autrement ?) son souci d'ancrer ses personnages dans un cadre réaliste. Et pourtant, sa patte est bien visible, dans le soin apporté à la composition de l'image, dans les jeux d'ombres et de lumières. Je regrette d'autant plus de n'avoir pas d'images de meilleure qualité pour illustrer cet article. Vous vous ferez une meilleure idées du style visuel du film en regardant les illustrations de cette critique.





24.11.09

R.I.P. Abrar Alvi

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Décédé le 18 novembre dernier à l'âge de 82 ans, Abrar Alvi était un réalisateur et surtout scénariste et dialoguiste indien, actif depuis les années 1950, et à l'origine de quelques uns des plus beaux films de cette époque.
Son nom est inséparable de celui de Guru Dutt : il a écrit les dialogues, et parfois le scénario, de la plupart de ses films. Inséparable au point que lorsque Guru Dutt, qui a renoncé à la réalisation, décide de produire Sahib Bibi aur Ghulam (1962), c'est à son ami qu'il confie cette touchante évocation du déclin d'une famille d'aristocrates, ne se réservant que les séquences chantées. Abrar Alvi remportera le Filmfare Award du meilleur réalisateur.
Abrar Alvi, c'est l'élégie parfois teintée d'amertume de Pyaasa et Kaagaz ke Phool mais aussi l'humour caustique de Mr &Mrs 55, ce sont des dialogues qui sonnent juste et des scénarii sans faille, toujours ancrés dans la réalité de son époque, dont on aimerait sentir davantage l'influence aujourd'hui.

Outres ses mémorables collaborations avec Guru Dutt, Abrar Alvi avait aussi écrit, entre autres, Professor, avec Shammi Kapoor.

3.11.08

Top 10 des clips antérieurs à 1970

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Suite de ma série commencée en août.


Cette sélection a vocation à être divisée en un "Top des années 1960" et un "top des années 1950" dès que j'aurai vu assez de films de ces deux décennies extrêmement inventives et brillantes. Il n'y a que des films en langue hindi, du fait de ma totale méconnaissance des films tournés à cette époque dans les autres langues.

Récapitulatif de cette série consacrée au meilleures séquences musicales du cinéma indien :

années 1970
années1980
années 1990
années 2000

10. Mr & Mrs 55 - Thandi hawa


Tirée d'une comédie de Guru Dutt (si si, ça existe!) cette séquence met en scène une jeunesse dorée, dont l'univers tourne autour du sport. Amoureuse d'un joueur de tennis (qu'on ne voit pas ici), la jeune femme interprétée par Madhubala défile autour de la piscine avec ses amies, protégées par des ombrelles, au rythme des plongeons. Un clip rafraichissant.





9. Chalti Ka Naam Gaadi - Main Sitaron ka Taraana

en quelque sorte l'ancêtre de "Dhoom Tana" de Om Shanti Om. Le garagiste Manu s'endort dans la voiture en attendant la fin du spectacle de Renu (Madhubala encore), qui a oublié de le payer, et monte sur scène en rêve. Effet burlesque garanti. Une bonne occasion également de voir à l'écran Kishore Kumar, un des chanteurs les plus célèbres de cette époque.







8. Pyaasa - Jaane Woh Kaise Log


Vijay, poète sans succès et sans le sou, fait le service lors d'une réunion de lettrés chez le riche époux de son ancien amour. Dans une position quasi christique, magnifié par la lumière, il chante "ces gens heureux dont l'amour rencontre l'amour" tandis que Meena fond en larmes sous le regard furieux de son époux.






7. Naya Daur - Saath Haath Badhana

Des villageois s'unissent pour construire une route, prouvant ainsi leur valeur à un industriel qui souhaitent mécaniser son usine à leurs dépends. Mettant en scène une union des travailleurs qui aboutit à une société idyllique où le travail se fait en chantant et en flirtant, cette chorégraphie, menée par Dilip Kumar et Vijayantimala, très ancrée dans les années Nehru, trouve pourtant des échos dans de très nombreux films plus récents (on pense entre autres à Lagaan). L'occasion d'apprécier une bande-son admirablement restaurée, et une colorisation (récente) pour une fois inspirée.





6. Shree 420 - Pyaar Hua Iqrar Hua

Le duo le plus célèbre du cinéma hindi. Les rafales qui font tourbillonner la pluie, le parapluie qui unit le couple, des acteurs qui respirent le bonheur de sentiments enfin exprimés, et tout autour d'eux, ce décors de ville moderne aux rues éclairées, reflété dans les flaques d'eau, cadre aujourd'hui encore original pour un duo romantique, quand beaucoup de cinéastes préfèrent un décor plus bucolique.



5. Sahib Bibi Aur Ghulam - Saqiya Aaj Mujhe

Boothnath l'innocent, serviteur tout juste arrivé de son village, observe en cachette un spectacle de mujra auquel assiste son employeur. J'aime bien le choix de n'éclairer que la danseuse principale, donnant parfois l'impression que les autres ne sont que l'ombre démultipliée de celle-ci. Bienvenue au royaume des illusions !



4. Madhumati - Suhaana Safar

Le décor de ce clip-ci est pour le coup on ne peut plus buccolique. On y voit Dilip Kumar se promener dans un paysage vallonné et chanter la beauté de ce qu'il découvre. Mais en même temps la brume envahissante, l'isolement du personnage, la focalisation soudaine sur des détails donne à la séquence une tonalité presque fantastique. N'ayant pas (encore) vu le film je ne saurais en dire plus.



3. Teesri Manzil - O Haseena Zulfon wale

Un numéro typique de ce que le cinéma hindi des années 60 pouvait offrir de plus délirant : jeu ultra expressif de Shammi Kapoor, cadrages franchement étranges et décors qui condensent la culture branchée de l'époque : musique occidentale et art moderne. Et Helen, danseuse emblématique de cette époque.
Image de bien meilleure qualité ici ici



2. Guide - Piya Tose Naina Lage Re

Grâce à l'aide de Raju Rosie la danseuse peut enfin pratiquer son art. On assiste, en un clip d'environ 9 minutes, à son évolution : d'abord inconnue et se produisant devant un public réduit, elle accède bientôt à des scènes aux décors sophistiqués. Plusieurs ambiances se succèdent, unies par la mélodie de S. D. Burman et la grâce de Waheeda Rehman, excellente danseuse.






1. Kaagaz ke Phool - Waqt Ne Kiya
Guru Dutt est célèbre pour le soin qu'il portait à la mise en scène des passages musicaux, avec très souvent d'intéressants jeux de lumière. Suresh le réalisateur retrouve Shanti qui l'attendait. Le couple est d'abord filmé dans l'intimité de la pénombre, puis un plan large découvre le décors, une vaste salle, un studio de cinéma éclairé de manière à faire ressortir aussi bien le couple que l'écran à l'arrière plan. Puis tombe du ciel ce rayon, à la netteté quasi miraculeuse, qui sépare les personnages autant qu'il les unit.

erratum : j'avais pas copié le bon code... j'ai remis la bonne vidéo.