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16.3.20

Tumbbad (2018)

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L'avarice perd tout en voulant tout gagner. 
Je ne veux, pour le témoigner,
Que celui dont la Poule, à ce que dit la Fable, 
Pondait tous les jours un œuf d'or.
 Il crut que dans son corps elle avait un trésor. 
Il la tua, l'ouvrit, et la trouva semblable 
A celles dont les œufs ne lui rapportaient rien,
 S'étant lui-même ôté le plus beau de son bien. 
[...]
Jean de la Fontaine 

L'intrigue ne colle pas tout à fait à la fable, mais elle en a l'esprit. Plus qu'une poule, elle implique un dieu déchu et oublié, enfermé dans l'utérus de la Déesse Mère après lui avoir dérobé son or. Une famille brahmane atypique (la maîtresse d'un baron local qui semble être une veuve aux cheveux rasés mais est toujours vêtue de rouge contrairement à l'usage, et leur deux enfants) a la garde d'une créature qui a peut-être été un jour humaine et qui sait comment lui soutirer des pièces d'or.
 
séance de pédicure 

C'est un film humide (il y pleut tout le temps) et féminin. La nature, sur cette terre-mère, est envahissante (on y voit un arbre pousser à travers quelqu'un - une des images les plus originales que j'aie vues depuis longtemps). On y voit littéralement, au fond d'un puits creusé au fond d'un autre puits, l'intérieur de la matrice de la Déesse originelle, mère des dieux et, comme dans les grottes sacrées qui lui sont dédiées en Inde, assimilable à la Terre.

Cette vue d'un intérieur féminin, organique, rouge sang, est le gros point fort du film, et rappelle Faux-Semblants de Cronenberg (une histoire de gynéco tordu, si vous ne l'avez pas vu, foncez !)
Mais les femmes ne sont pas réduites à leur utérus. Le récit se situe dans la première moitié du XXe siècle, et l'épouse du héros est bien plus active que lui dans la lutte pour l'indépendance, et n'hésite pas à mettre une claque à son fils quand il lui dit de s'occuper des tâches ménagères.

L'histoire de l'indépendance se lit en filigrane. On envisage de remplacer l'argent anglais d'une fumerie d'opium par celui de ce trésor bien indien, dans l'esprit de l'autosuffisance économique prônée par Gandhi. A l'indépendance, le village (et donc le trésor en-dessous) devient propriété de l’État.  

Si le film compte plusieurs monstres (très crédibles), ce n'est pas vraiment un film d'horreur au sens classique. Pas de jump scare ici. C'est l'atmosphère qui est étouffante, et le pressentiment que tout cela ne peut pas bien tourner. Les trois hommes du film sont en effet présentés comme excessivement cupides, et le scénario tient du conte moral.
Un monstre qui fait très Guillermo Del Toro 

Plus que l'écriture du film, dont la fin laisse un sentiment d'inachevé et qui aurait pu donner plus d'épaisseur aux personnages, c'est la mise en scène et les superbes images en clair-obscur, qui font l'originalité de ce film, et frappent durablement l'imagination. La musique, en outre, est envoutante.



Tumbbad devait initialement sortir en 2012, mais n'étant pas satisfaits du résultat, ses réalisateurs l'ont retravaillé pour finalement le sortir en 2018. On sent ce soin du travail bien fait à chaque instant du film.




Film hindi, 1h40, réalisé par Rahi Anil Barve et Anand Gandhi. Disponible sur Prime video avec sous-titres anglais.

13.8.12

Jours 22 & 23 - Mon film de réincarnation préféré (et quelques mots sur d'autres films de ce genre)

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Les jours 22 et 23 auraient dû être consacrés à mon film documentaire préféré et à mon dessin animé préféré. Problème, je n'ai jamais vu de film d'animation indien, ni de documentaire. Ce n'est pas que l'Inde n'en produise pas, mais je n'ai jamais eu l'occasion d'en regarder.
Me voici donc contrainte de transformer ces deux catégories en quelque chose de plus adapté. Je vais donc vous parler de mon film de réincarnation préféré. "Film de réincarnation" ? C'est un genre, ça ? Je soutiens que oui, bien que je ne sois pas sûre qu'il soit très représenté en dehors de l'Asie. 
Le principe : un ou plusieurs personnage importants meur(en)t, souvent assassiné(s), ou bien en laissant une mission à sa / leur future incarnation. Quelque temps après naît un beau bébé qui grandit et mène une vie heureuse, jusqu'au jour où il a la révélation de qui il était dans une vie antérieure, et entreprend d'accomplir la mission qui lui a été confiée ou de venger le crime qui lui a coûté la vie. Le récit se fait soit chronologiquement, soit au moyen d'un flashback. C'est en général le même acteur qui joue les différentes incarnation du personnage.

J'ai vu six films de réincarnation. Je ne m'attarderai pas sur Karan Arjun (1995), dans lequel les nouvelles incarnations de deux frères s'affrontent avant de se reconnaître et de s'unir contre leur ennemi commun. Je passe également rapidement sur Magadheera (2009), dans lequel on voit la réincarnation d'un guerrier finalement obtenir la main de la nouvelle incarnation de la princesse dont il était amoureux dans une vie antérieure, et affronter la réincarnation de son fourbe rival. Arundhati (2009), dans lequel l'âme d'une reine se réincarne dans sa petite-fille, chargée de combattre à son tour le sorcier sadique qu'elle avait temporairement mis hors d'état de nuire ne manque pas d'intérêt, mais ne figure pas parmi mes préférés (un peu trop gore à mon goût).

Karz (1980) fait en revanche parmi des films que je suis toujours contente de revoir. C'est un masala très divertissant, qui présente une légère originalité : Rishi Kapoor, la star du film, ne joue que la réincarnation du héros, c'est un acteur moins connu qui l'interprète dans sa première (et courte) vie. Autre originalité, c'est à travers un morceau de musique que le héros a la révélation de sa vie antérieure. Et le spectacle par lequel il tente de confondre l'assassin, copié mais pas égalé dans Om Shanti Om, est fantastique.

Madhumati (1958), réalisé par Bimal Roy sur un scénario de Ritwik Ghatak est également un film magnifique, qui rentre cependant mal dans le cadre que j'ai tenté d'établir. Les personnes réincarnées ne sont présents que dans le récit cadre, au tout début et à la toute fin du film. Dilip Kumar, obligé de s'abriter dans un palais déserté par une nuit d'orage, a très vite la révélation de sa vie antérieure en contemplant un tableau. Le flashback, mettant en scène le Dilip Kumar antérieur et Vyjayanthimala, occupe 90% du film. On y trouve bien un meurtre, mais Dilip Kumar 1 n'a plus rien à venger. Il sert essentiellement de médium par lequel est raconté l'histoire principale. Outre deux Dilip et trois (!) Vyjayanthimala, Madhumati présente aussi de splendides paysages de montagne, une très belle musique, une atmosphère gothico-bucolico-onirique (oui, tout ça) assez originale. L'histoire est prenante et poignante, et peut se lire comme une métaphore des rapports entre hindous et adivasis (Madhumati est la fille d'un "roi de la forêt" qui a perdu son pouvoir à l'arrivée des hindous qui exploitent désormais le bois), un sujet sur lequel Ritwik Ghatak avait réalisé un documentaire en 1955, The Life of the Adivasis. Bref, c'est un film que je recommande chaudement.
 


Et enfin, mon préféré, Om Shanti Om, qui emprunte très largement à Karz et à Madhumati. De Karz vient son côté masala (et son titre qui est celui d'une chanson de Karz), de Madhumati la mélancolie qui se dégage des dernières scènes. Le petit plus, c'est l'humour, très présent, et la bonne idée de l'avoir conçu comme un "film d'époque" dont la première partie se déroule dans les années 70, et d'avoir reconstitué en un pastiche minutieux décors, costumes et scènes de films de cette époque.


14.5.08

Chamatkar - 1992

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Sunder (Shahrukh), instituteur dans un village, se laisse convaincre par un ami d'enfance d'aller faire fortune à Dubaï. Il lui confie l'argent nécessaire à l'achat du billet, puis part le rejoindre à Bombay. A son arrivé, il s'aperçoit qu'il s'est fait arnaqué. Désespéré et sans le sou, il passe la nuit dans un cimetière, où lui apparaît Marco (Naseeruddin Shah), fantôme d'un gangster assassiné alors qu'il voulait renoncer au crime par amour pour sa femme. Sunder et Marco vont faire équipe pour réparer les torts causés par celui-ci et lui permettre de trouver le repos. Il leur faudra pour cela sauver un collège que les anciens complices de Marco veulent détruire, et dont le principal n'est autre que le beau-père du fantôme. Avec l'aide de Marco et de ses super-pouvoirs, Sunder se fait engager comme entraîneur de cricket et protège d'une agression Mala (Urmila Matondkar), petite fille du principal et donc fille de Marco.

Malgré toute mon affection pour les deux Shah du film, c'est vraiment assez mauvais. ça commence d'ailleurs assez mal, avec un générique en dessin animé très bas de gamme. Suivent les tribulations de Sunder dans la grande villes, partie sans surprise mais portée par un Shahrukh tout jeune et craquant. On a ensuite le droit à long flash back pendant lequel Naseeruddin Shah fait son show pendant presque une heure. Il n'a pas l'air très à sa place dans ce film, mais j'ai toujours trouvé qu'il allait très bien avec Shahrukh, qu'il joue son père (Main Hoon Na), son adversaire (dans Chaahat où il est à peu près le seul intérêt du film), ou, comme ici, son mentor. Donc une première moitié regardable à défaut d'être inoubliable.


Mais le scénario montre ensuite ses faiblesses, et la deuxième partie du film traîne en longueur. Le suspens est quasi-inexistant, l'histoire d'amour entre Sunder et Mala reste bizarrement au second plan. De toute évidence les créateurs du film ont tout misé sur le fantastique (mais quand même, un fantôme en quête de rédemption, ce n'est pas super original) et sur des effets spéciaux qui devaient déjà faire cheap à l'époque et ont terriblement mal vieilli. Les passages où un Marco invisible se bat contre ses ex-complices passent bien mais toutes les séquences où il est censé voler sont aujourd'hui parfaitement ridicules et laides. Si on ajoute à cela un aspect mélodramatique pas vraiment subtil (la description caricaturale d'une famille ruinée par Marco : la mère qui croule (littéralement) sous le poids de son travail, la fille aînée contrainte à se prostituer pour payer des habits à la plus jeune, tout cela filmé de manière très démonstrative et visant clairement un pathos facile), on comprend qu'il n'y a pas grand chose à sauver. On retiendra peut-être quand même une bonne idée pas assez exploitée : Sunder empêché de draguer Mala par la présence constante de Marco, invisible à tous sauf à lui, à ses côtés .

Pour ce qui est de la musique et des chorégraphies, ça va du très mauvais (Jawani Diwani) au plutôt drôle (Bichhoo, voir la vidéo), mais l'ensemble présente assez peu d'intérêt.






A réserver donc aux inconditionnels de Naseeruddin, qui vole largement la vedette à Urmila et Shahrukh.

25.11.07

Om Shanti Om (2007)

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Est-il vraiment necessaire de dire de quoi ça parle ? Disons que c'est l'histoire d'un figurant (Om Prakash Makhija -SRK) aspirant à la célébrité, et d'une star (Shanti- Deepika), dont Om est un fan absolu, que tout les deux se rencontrent dans les années 70, et sont assassinés par un méchant producteur (Mukesh Mehra - Arjun Rampal) . - entr'acte - Om renaît de nos jours dans la peau d'Om Kapoor, dit OK, superstar , fils à Papa arrogant et antipathique. Jusqu'au jour où il prend conscience de sa vie antérieure...


Un scénario de masala typique pour un film qui en reprend les clichés, en les exagérant le plus possible (le méchant habillé de cuir noir, la filmi Maa qui ne vit que pour son fils...), et qui en même temps ne cesse de faire référence au cinéma des années 70 et de nos jours. De ce point de vue c'est très réussi, on croit sans peine que Shantipriya a été une grande star qui a joué avec les plus grands acteurs des 70s (grâce aux effets spéciaux, mais aussi grâce à l'aura de Deepika qui a tout d'une star dès son premier film). La satire des année 70 est drôle et gentille, on sent l'affection de Farah Khan (la réalisatrice) pour le cinéma de cette époque.

Wah ! la chemise de Shreyas !


Elle est un peu plus méchante (mais toujours aussi drôle) quand elle s'en prend au cinéma d'aujourd'hui, qu'elle s'attaque aux réalisateurs de films d'art et d'essai qui considèrent que pour être "sérieux" un film doit être le plus déprimant possible (personnellement je vois dans l'hilarant "crippled love", et dans son héros sourd, aveugle, muet, manchot et en chaise roulante une petite pique contre Black - et contre son réalisateur qui sortait un film en même temps que OSO) , aux item numbers et à leurs danseuses (ou danseur dans le cas présent) dénudées, ou plus généralement au népotisme qui règne à Bollywood. Mais tout cela reste bon enfant, parce que Shahrukh et Farah sont les premiers à se moquer d'eux-mêmes (Phir Bhi Dil hai NRI, LOL), et que les très nombreuses stars qui apparaissent dans la séquence des Filmfare Awards font preuve d'un sens de l'humour surprenant, que ce soit Amitabh qui fait semblant d'ignorer jusqu'à l'existence d'Om Kapoor (toute allusion à sa prétendue guerre avec Shahrukh est bien sûr parfaitement volontaire), ou Shabana Azmi venue protester contre les Awards.

Le seul défaut du film est à mon avis un net relâchement au milieu de la seconde partie, à partir du moment où Om retrouve Mukesh -Mike -Mehra. Heureusement que le final, surprenant et très dramatique fait oublier les temps morts. Et puis Deewangi est un peu trop long. Je ne sais pas s'il était nécessaire de faire intervenir autant de guest stars - les seules à avoir été vraiment applaudies ont été Juhi Chawla, Vidya Balan, Kajol, Govinda, Dharmendra, Saif Ali Khan et Salman Khan (les spectateurs étaient assez réactifs).


Pour rappeler de bons souvenirs, mes passages préférés :

  • La reprise de "Om Shanti Om" de Karz. Une chanson super, un Shahrukh Khan déchainé, un cameo de Farah Khan, on est tout de suite dans l'ambiance.
  • Dhoom Taana
  • le passage où Om se met à danser dans la salle de ciné, et où son ami Pappu (Shreyas Talpade) commence à danser lui aussi par solidarité, pour qu'il ait l'air moins bête.
  • lors d'un tournage dans les années 70 le réalisateur explique qu'il a mis trois caméras, une pour faire un angle à la Satyajit Ray, une autre pour un angle à la Bimal Roy, et une dernière pour un angle à la Guru Dutt (trois réalisateurs de films d'"auteur") ; ce à quoi le producteur répond : "Faites un angle à la Manmohan Desai (réalisateur de films commerciaux), c'est ce qui marche". L'esthétique masala assumée et revendiquée !
  • Les mimiques de Om Prakash incapable d'exprimer son amour pour Shanti.
  • Main Agar Kahoon
  • La parodie de Rajinikanth ("Yenna Rascala, Mind it !") avec le tigre en peluche
  • "He's so short in real life !"
  • Tous les faux films, qu'un jour peut-être quelqu'un aura la bonne (?) idée de réaliser en vrai, et surtout :
- "Crippled Love" , pour le très parodique "Dard-e-disco" (là, la salle était carrément hystérique)
- "Dhoom 5" , pour la pique contre les rôles de plus en plus petits d'Abhi dans les numéros 1 et 2
- "Mohabbat Man" (traduit par "love-man"), juste pour le titre et son jeu de mot à deux balles
  • le rôle à la Karan Arjun de Kirron Kher
  • "Dastaan-e-Om Shanti Om", la dernière chanson

Idéalement, il faudrait voir Om Shanti Om trois fois :

-une fois pour admirer Shahrukh Khan (ou Deepika selon les goûts)
-une fois pour s'intéresser à l'histoire
-et une dernière fois pour saisir toutes les allusions au cinéma indien (à peu près trois par minutes)



Pour l'avoir vu deux fois, je peux confirmer que le film gagne à être revu !

ma note :

* * * * * pour la musique
* * * * pour le film

PS : suis-je la seule à voir dans le personnage d'Om Kapoor une image de Hrithik Roshan : un père célèbre, des films de super-héros, Dard-e-disco qui évoque un peu Dil Laga de Dhoom ? sans parler de l'arrivée en moto qui rappelle trop Kabhi Khushi Kabhie Gham (a.k.a. La Famille Indienne) ...


Par ailleurs Indiafm a mis en ligne les clips detoutes les chansons. L'image est très bonne, mais il faut être patient, les vidéos mettent du temps à charger.