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19.4.20

Kalank (2019)

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Quelques mots sur Kalank d'Abhishek Varman, et surtout beaucoup d'images, car j'ai eu envie de me faire plaisir !
Husnabad (la "Cité de la beauté"), périphérie de Lahore, actuel Pakistan, à l'époque colonie anglaise des Indes (mais plus pour longtemps). Satya (Sonakshi Sinha), épouse de Dev, n'a plus qu'un an à vivre et cherche une nouvelle épouse pour son mari. Elle demande à Roop (Alia Bhatt), qui lui doit une faveur, de venir vivre un an chez eux pour rencontrer son mari. Roop accepte, à condition d'épouser immédiatement Dev (qui se retrouve donc bigame). Dev n'a aucun sentiment pour Roop et la prévient que le mariage restera platonique, ce qui convient très bien à Roop. En réalisant un reportage dans le quartier malfamé (et musulman) de la ville, elle rencontre le forgeron Zafar, qui la séduit bien vite (faut dire qu'il est toujours torse nu — mais quand même, elle n'a aucun goût, Aditya Roy Kapur qui joue son mari est beaucoup plus charmant que Varun Dhawan). Or Zafar a une dent contre le père de Dev, est sa cour assidue est en fait un plan diabolique pour détruite sa famille....

Dans l'ordre, Satya, Dev, Roop et Zafar (torse nu)

Une fois les personnages et l'intrigue posés, passons à la critique proprement parler. Ce qui saute aux yeux c'est que tout est magnifique,l'image, les costumes et décors, et tout est soigné dans les moindres détails (les broderies florales sur le sari de Roop...). Les dialogues évitent de trop mentionner la ville de Lahore, mais c'est bien une sorte de Lahore rêvée que nous voyons. Rien n'est  très réaliste (surtout les extérieurs) mais tout est un régal pour les yeux.

 Quelques décors, composites et fourre-tout, mais étonnamment plaisants à regarder

Un aperçu des costumes


La musique est correcte, et les chorégraphies plutôt belles (et Madhuri, jouant une ancienne courtisane devenue professeur de chant, est toujours aussi gracieuse à 53 ans). Par ailleurs, le couple de "vétérans" (Madhuri Dixit et Sanjay Dutt) ont tout deux beaucoup d’allure.

Bref, j'ai passé 2h45 à faire des captures d'écran.
Et ce n'est peut-être pas plus mal car les personnages manquent clairement de profondeur. Dur du coup de dire si les acteurs jouent bien, car il n'y a pas grand chose à jouer. On ne voit pas les personnages évoluer : un tel dit être tombé amoureux d'une telle, mais on ne nous l'a pas montré, et on ne le voit pas. Leurs changements de positions paraissent donc aussi assez arbitraires.

Il y a un dernier point assez délicat. Difficile dans un film qui parle des prémisses de la Partition, de ne pas regarder comment sont représenté les communautés hindoue et musulmane. Les musulmans d'abord. Il ne sont que trois à sortir de la foule : une courtisane (qui bénéficie d'un portrait plus nuancé que les autres), Abdul, l'ami de Zafar, violent et qui hait les hindous. Zafar, lui, est présenté comme un séducteur sans scrupules, utilisant son sex appeal pour arriver à ses fins. On est pas loin des théories du "love jihad" (idée selon laquelle des musulmans séduiraient de jeunes hindoues pour les convertir). C'est un bloc de haine et d'animalité (on le voit d'ailleurs combattre — torse nu — un taureau en images de synthèse pas très convaincant). Il attise la haine communautaire pour servir ses intérêts personnels. Les hindous sont des intellectuels (Dev a un journal dans lequel Roop écrit), qui passent leur temps à se sacrifier pour les autres. Seul le père de Dev (Sanjay Dutt) et le personnage de Madhuri sont un peu nuancés.

Arrivée triomphale du dieu Ram dans les rues de Lahore 


Surtout, on a l’impression de voir une Lahore fantasmée par des nationalistes hindoues. Les hindous sont les patrons, vivent dans des maisons gigantesques, tandis que les musulmans, prostituée ou artisans, vivent dans les bas quartiers. Il suffit de comparer les chansons qui mettent en scène les fêtes de Dussehra (hindoue) et de l'Aïd (musulmane), pour voir le problème. La séquence de Dussehra nous montre le dieux Ram incarné par un acteur, triomphant du démon Ravana, arrivant victorieux et suivi de son impressionnante armée de singes dans les rues de Lahore.



A l'inverse , la chorégraphie de l'Aïd, pour joyeuse qu'elle soit, évoque davantage un item number, avec danseuse séduisante et peu vêtue, qu'une fête religieuse. Je comprend que l'hindouisme, étant une religion d'images, soit plus facile à mettre en scène que l'islam. C'est néanmoins assez gênant. 



Les prises de position sur  la Partition semblent à peu près représentatives : la Ligue Musulmane y est favorable, les hindous, d'abord opposer, finissent par se rallier à cette idée. Évidemment, la violence est montrée comme unilatérale. Si à Lahore il est probable que la plupart des victimes de la Partition aient été hindoues, l'inverse est vrai dans de nombreux autres cas. Quelques mots à la fin sur la Partition qui "a brisé des vies" sont un peu justes pour rétablir un semblant d'équilibre.

Je doute que le film ait connu un grand succès au Pakistan.

Terminons sur les sages paroles de Madhuri :




15.3.20

Padmaavat (2018) - S. L. Bhansali

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Après le rouge-passion de Devdas et le bleu-nuit de Saawariya, voici Patmaavat et ses tons bruns-facho.

L'histoire (dont on nous dit bien qu'elle est fictive) en deux mots  : le sultan de Delhi Alauddin (Ranveer Singh) entend dire que l'épouse du roi rajput Ratan Singh (Shahid Kapor), Padmaavati, (Deepika Padukone) est la plus belle femme du monde. La posséder devient une obsession et il part en guerre contre Ratan Singh.


Listons les qualités et les défauts de Padmaavat. 

Les plus : j'ai appris qu'autruche se disait shutur-murgh, c'est à dire "oiseau-dromadaire". On ne voit pas assez d'autruches dans les films Bollywood

Les moins : 

1) c'est anti-musulman au possible. C'est apparemment adapté d'une épopée et j'ignore si elle a la même tonalité, mais si c'est le cas, on peut se demander l'intérêt de l'adapter au cinéma en pleine période de crispation identitaire. Dès le tout début de l'histoire on voit Alauddin (qui ne quitte pas un look dothraki assez moche de tout le film) tromper sa femme le jour de leur mariage et tuer son ami d'enfance pour dissimuler ses actes. Le musulman, on l'aura compris et on va nous le répéter tout au long du film, est fourbe, ingrat, traitre, bestial (on le voit dans une scène de repas sniffer son plat comme un chien) et lubrique. L'ironie de l'histoire, c'est que ce sont aux départ les Rajputs qui ont manifesté contre ce film accusé de salir leur honneur, sur la fausse rumeur d'une histoire d'amour  entre Padmaavati et Alauddin

Les musulmans en Inde, façon Bhansali


2) qui dit lubrique, dit sexualité hors norme. Et croyez-moi ce n'est pas pour valoriser la diversité des orientations sexuelles. Cette infâme brute est donc présentée comme ayant possiblement un amant en la personne de son serviteur Malik Kafur, dont la rumeur dit qu'il serait "uski begum", "sa femme". Ce dernier est interprété par Jim Sarbh qui a l'air au choix de jouer dans un autre film ou d'avoir fumé toute l'herbe de l'Inde.

Jim Sarbh

3. Face aux musulmans, Ratan Singh est présenté comme le Rajput parfait, et les Rajputs comme des hommes d'honneur, de courage et de principes. Ces fameux "usool" (principes) nous sont largement rabâchés.*

 Le soleil rajput
Une scène assez révélatrice : lors de la préparation au combat des deux leaders, on voit Padmaavati enrouler avec soin le turban de son époux, symbole des traditions rajputs. Alauddin, lui, se pose sans façon sa couronne sur la tête. Et les hommes rajputs sont si valeureux qu'ils continuent à combattre la tête coupée.
Bref c'est pas subtil, et ça devient très problématique quand ces principes s'appliquent aux femmes

4. Le film promeut des valeurs patriarcales. Sans parler du fait que les deux camps respectent la pardah (interdiction pour une femme de montrer son visage), et que Deepika est essentiellement présentée comme objet de convoitise plus que comme individu, il y a le gros problème du "jauhar" (l'immolation collective des femmes assiégées pour sauver l'honneur des Rajputs dans la défaite). Car le jauhar est ici totalement glorifié (quoiqu'en dise Deepika, dont on se demande bien se qu'elle est venue faire là-dedans). Avant le départ de son époux à la guerre, Padmaavati lui demande l'autorisation de le pratiquer en cas de défaite, avec toutes les femmes du fort. Elle justifie sa décision en arguant que les femmes rajputs aussi sont des guerrières, et que se jeter dans le feu est leur arme. Le mari accepte sans une hésitation.
Les préparatifs sont longuement et complaisamment filmés, et quasiment chorégraphiés, sur une musique solennelle. Pire, c'est la seule séquence visuellement belle et colorée d'un film globalement terne. Et un petit texte nous dit à la fin que "le jauhar de Padmaavati fut la pire défaite d'Alauddin". Youpi, jetez-vous toutes dans le feu Mesdames.




5. C'est moche. L'autruche en image de synthèse pique les yeux, les couleurs sont maronnasses, la musique très moyenne et même les chorégraphies, le point fort des films de Bhansali, sont faiblardes.

Bref, c'est laid,  réac et misogyne, anti-musulman à mort, et homophobe en prime. Sauvez trois heures, ne regardez pas Padmaavat

*note linguistique : bizarrement, contrairement à la coutume qui veut que dans les films historiques les musulmans parlent urdu et les hindous  un hindi très pur, ici tout le monde sauf le brahmane emploie des mots persans et arabes.


15.9.15

Bahubali (2015 - telugu)

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 Et pour Baahubali : The Conclusion, c'est ici ! Et c'est encore plus épique.



Ceux qui fréquentaient ce blog au temps de sa très relative splendeur savent que son auteur nourrit une indéniable fascination pour un certain acteur télugu.
Peut-être savent-ils même que c'est en voyant cet acteur, sous une coiffure qui lui seyait pourtant autant qu'un toit-terrasse à un chalet savoyard, dans un film intitulé Munna, que ladite auteur s'est lancée dans un visionnage compulsif de films en télugu dont elle porte encore les marques. 
Ils ne seront donc pas étonnés de sa présence, dimanche, à la soirée de clôture de l'Etrange Festival, pour la première projection en France de Bahubali, dans une version spécialement remontée pour le marché international, mais apparemment assez proche de l'originale.

Mais qu'est-ce que Bahubali, à part un film avec Prabhas, et que faisait-il à l'Etrange Festival ? Bahubali, ou plus exactement Bahubali : The Beginning (car oui, il y aura une seconde partie, intitulée Bahubali : The Conclusion... et oui, il n'y a rien entre le commencement et la conclusion... les films indiens et le schéma narratif...) c'est un film de S. S. Rajamouli, tourné en télugu et en tamoul et doublé en hindi, et c'est un énorme succès en Inde.
L'Etrange Festival avait déjà programmé un autre film de Rajamouli, Eega, triangle amoureux impliquant une mouche. Il faut avouer que bien qu'incontestablement dépaysant, Bahubali est nettement moins étrange : une bonne vieille épopée en costumes, avec rivalité entre princes et batailles gigantesques. Pour vous donner une idée, un peu de Detective Lee, pas mal de Seigneur des Anneaux, le Mahabharata en arrière-plan, et beaucoup de Worms Armageddon. 



Mais bon, un film télugu à Paris, on ne va pas se plaindre.


Bahubali, c'est donc le héros éponyme, prince qui grandit dans l'ignorance de sa naissance royale mais n'en est pas moins irrémédiablement attiré vers les sommets. En l’occurrence, celui d'où coule une cascade (magnifique décor), qui, un jour, entraîne jusqu'à lui un masque féminin. Bahubali, qui ne pensait qu'à gravir la montagne, ne pense désormais plus qu'à trouver la Femme, Avanthika (Tamanna,  sublime, mi-guerrière mi-fée, ferait une Elfe parfaite), une combattante rebelle, et, l'ayant trouvée, ne pense désormais plus qu'à... bon. 
Je plaisante, but it escalated quickly. Really. Et cela aboutit à une scène très douteuse où notre héros montre qu'il est loin de maîtriser la notion de consentement (la scène a fait débat en Inde), et où le scénariste montre qu'une femme battante et indépendante n'existe que pour devenir, sous l'action du héros, une héroïne traditionnelle, séduisante et séduite, maquillée, bien habillée... et totalement éjectée de l'histoire.

Bahubali prend désormais fait et cause pour la rébellion contre le tyran Bhallaladeva (Rana), qui maintient prisonnière la princesse Devasena, dont on devine qu'elle doit avoir quelque lien de parenté avec notre héros. Quelques péripéties, un flashback et une bataille épique qui doit bien durer trente minutes plus tard, le film se termine sur un suspense insoutenable.


 Le méchant

Le film est un mélange de sublime, de grandiose et de grand n'importe quoi, à l'image de la première apparition de Tamanna : elle vole, entourée de papillons, et Prabhas rebondit sur les branches, dans un décor à couper le souffle. Mentionnons également des démonstrations de force toutes plus impressionnantes (et irréalistes) les unes que les autres (Bahubali veut dire "Aux bras forts"), une luge improvisée qui permet à nos héros d'échapper à une avalanche, et des séances de tatouages inattendues.
Les effets spéciaux sont inégaux, mais globalement les meilleurs que j'ai vus dans un film indien. La capitale du royaume est vraiment impressionnante. Les décors sont globalement magnifiques. D'ailleurs, esthétiquement le film est un vrai succès, et certains plans sont très beaux (le feu dans le palais...)

Le gentil

Autre point très positif : les femmes ne jouent pas les plantes vertes. L'héroïne se bat, la villageoise qui recueille le héros ne se laisse pas marcher sur les pieds, et la régente en impose : entendre une femme dire "Telle est ma parole, et ma parole est loi", ce n'est pas si fréquent.

 La rebelle

Globalement, on a ce que l'on attend de ce genre de film : un héros et son adversaire immenses, de beaux décors, une musique entrainante, une cause juste à défendre, et une grande bataille cinématographiquement superbe. Ce qu'il faut de tactique, ce qu'il faut de spectaculaire, ce qu'il faut de suspense. Mais des ennemis qui ont hélas tous la peau foncée et les cheveux crépus...

Il manque sans doute un peu de profondeur, des personnages un peu plus creusés, ce qui nous permettrait d'adhérer davantage aux quêtes du héros dont les motivations semblent bien légères. J'ai bon espoir que la seconde partie apporte cette dimension qui fait ici un peu défaut. Vivement 2016 !







10.8.12

Jour 19 - Le meilleur film adapté d'un livre

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Shatranj Ke Khiladi (Les Joueurs d'échecs), adapté de la nouvelle du même nom de Munshi Premchand.

A Lucknow Meer sahab et Mirza sahab jouent aux échecs. Le roi Wajid Shah danse et écrit de magnifiques poèmes. Les Anglais se préparent à coloniser le royaume, mais personne ne s'en soucie.


Meer (Saeed Jaffrey) et Mirza (Sanjeev Kumar) sont les descendants de redoutables guerriers, mais leurs épées ne servent plus qu'à décorer leurs murs. Ils se vantent être des personnes respectables, des hommes d'honneur, mais ne sont même pas capables de jouer honnêtement aux échecs.
Qu'importe si leur ville change de maître. Le bouleversement qui se prépare n'affectera pas, ou si peu, nos deux joueurs, enfermés dans leur petit monde. Quand enfin le huis-clos de leur partie s'élargit, c'est pour mieux les isoler, en dévoilant une campagne déserte. Se pourrait-il que la satire de la noblesse du dix-neuvième siècle dissimule une critique de la société d'aujourd'hui ?

 Ils sont terriblement inconscients, ces aristocrates et leur roi, agaçants, ridicules, et pourtant tellement humains et touchants. Les Joueurs d'échecs est un film étrange au pessimisme léger, qui raconte avec beaucoup d'humour une marche inéluctable vers la défaite.
Et hommage, aussi, à une culture raffinée et disparue : poésie, scène de danse kathak, beauté sidérante des costumes et des draperies...

3.8.12

Jour 16 - Un film que je n'aime plus

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Je n'irai pas jusqu'à dire que je n'aime plus Jodhaa Akbar. Mais l'enthousiasme avec lequel je l'avais accueilli à sa sortie est bien retombé. 
J'avais beaucoup apprécié qu'il ne tombe pas dans le principal travers de beaucoup de films "historiques" : le toc, les décors et les costumes qui font faux, les armes un peu trop visiblement en plastique, la armures trop légères (j'ai été traumatisée par l'armure de Kareena dans Asoka)...
J'avais notamment été bluffée par le soin apporté aux costumes, éblouissants jusque dans les moindres détails.
J'avais aimé la façon dont le scénario utilisait le protocole, le cérémonial de cour moghol (ou en tout cas sa version cinématographique) pour donner une certaine majesté au film. Les scènes de bataille, d'une ampleur inédite dans le cinéma indien, m'avaient impressionnée, tout comme l'affrontement final entre Akbar et son vassal rebelle.
J'avais enfin trouvé tous les acteurs très bons, et découvert un inconnu qui paraissait alors prometteur, Sonu Sood.

Aujourd'hui le soufflé est bien retombé. Oui, le film est beau, mais beaucoup trop statique. Pour quelques séquences d'action correctes, combien de scènes de palais filmées platement, qui semblent s'étirer à n'en plus finir. Même les passages chantés sont filmés sans inspiration. Même "Azeem-o- Shan Shahenhah" n'offre pas le spectacle attendu et devient vite monotone.
Le peu de vraisemblance historique de l'intrigue ne m'a jamais posé problème : clairement, le film se place plus sur le terrain du conte ou de la fable que de la leçon d'histoire. La faiblesse du scénario, en revanche, est plus gênante. L'intrigue la plus intéressante, celle qui tourne autour de Sujamal, le prince sans terre déchiré entre différentes loyautés,  est malheureusement insuffisamment développée. Et le message de tolérance et d'union, attendu (Akbar est l'un des personnages historiques le plus souvent sollicités pour illustrer les vertus de la tolérance religieuse), est délivré de façon très pesante.

Heureusement qu'il reste quelques moments de grâce :

7.1.12

Sikandar (1941)

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Je n'ai pu voir ce film que sur VCD. L'image était extrêmement médiocre, ce qui explique la piètre qualité des captures ici postées.

Sikandar, c'est le nom sous lequel est connu en Asie du Sud Alexandre le Grand, dont l'affrontement avec le roi indien Pûru (Poros) est au cœur de ce film de Sohrab Modi. Du fait de ses conquêtes qui l'ont conduit jusqu'à l'actuel Pendjab, Alexandre est une des rares figures antiques qui soient aujourd'hui encore présente tant dans l'imaginaire européen que dans l'imaginaire indien, bien que l'angle sous lequel il est considéré varie considérablement d'un continent à l'autre.

Nikator Alexandre

Sikandar commence en Perse, dans les décors grandioses d'une Persépolis de studio. Alexandre, vertement sermonné par son maître à penser Arstu (plus connu ici sous le nom d'Aristote), renonce à batifoler avec Roxane pour accomplir son destin : conquérir le monde.

Aristote

Inutile de chercher la moindre trace d'Héphaistion ici, Roxane est le seul amour d'Alexandre. Elle se résout à laisser partir son amant, mais n'a pas l'intention de jouer les Pénélope et embarque secrètement pour l'Inde. Pendant qu'Alexandre s'adjoint les armées du roi Ambhi qui lui a cédé sans combattre et se prépare à affronter Pûru, le chef de la résistance indienne, elle noue ses propres alliances.


L'armée d'Alexandre en marche

Sohrab Modi avait une prédilection pour les films en costumes à gros budget, qui offraient des spectacles somptueux, capables, estimait-on, de rivaliser avec les plus grosses productions américaines de l'époque*. Sikandar en est un parfait exemple : le réalisateur a particulièrement soigné les longues scènes de bataille, qui impliquent un nombre considérable de figurants, de chevaux et d'éléphants et sont effectivement impressionnantes.

Mais Sikandar n'est pas qu'un film à grand spectacle. Les Anglais ne s'y sont pas trompés, qui ont interdit les projections du film dans les cinémas fréquentés par leurs soldats*. C'est un film patriotique et anticolonialiste, dont le message est incarné par le roi Pûru, véritable héros du film, qu'interprète Sohrab Modi lui-même. Les premiers mots que prononce son personnage sont d'ailleurs "Bharat Mata ki jai ho" ("Victoire à l'Inde, notre mère"). Il fédère les royaumes indiens contre l'agression injustifiée d'Alexandre et lutte courageusement contre des forces macédoniennes pourtant nettement supérieures en nombre.

Sohrab Modi, royal dans le rôle de Pûru

Cet éloge de la lutte pour l'indépendance risquait pourtant de tomber rapidement sur un os : malgré toute sa détermination, Pûru a perdu la guerre qui l'opposa à Alexandre. Une difficulté facilement levée par le scénariste : Pûru a eu par deux fois l'occasion de mettre le Macédonien hors d'état de nuire. S'il a perdu, c'est parce que sa noblesse d'âme ne le lui a pas permis d'en profiter – et à cause de l'intervention de l'habile Roxane, qui lui avait fait promettre de ne pas tuer Alexandre.

Heureusement que Roxane est là pour veiller sur ce grand nigaud d'Alexandre

Face à ce héros parfait, on aurait pu s'attendre à voir Alexandre l'envahisseur présenté sous un jour extrêmement négatif. Il n'en est rien, et Sikandar est mille fois moins manichéen que bien des films patriotiques sortis après l'indépendance. C'était peut-être le seul moyen d'éviter une interdiction totale par la censure anglaise, mais quoiqu'il en soit le film gagne au change. Son Alexandre est influençable, impulsif, beaucoup trop sûr de sa chance, mais lui aussi noble et généreux, et finalement assez sympathique – la prestance et l'énergie de Prithviraj Kapoor (imaginez Shashi Kapoor, mais en plus athlétique) y contribuent grandement. Sa conquête du monde finit par tourner court, peu après sa victoire sur Pûru, mais la déception est vite remplacée par la joie de retrouver Roxane, et son retour en Macédoine est présenté comme une victoire du bon sens sur une folle ambition – Sohrab Modi oublie opportunément de signaler qu'Alexandre meurt moins d'un an plus tard.

"The dress that Kapoor wears as Alexander – a knee length robe with a body scabbard and head gear – adds to his aura. It must be said to Kapoor's credit that no actor in the annals of Hindi films has ever carried such a costume with such élan, grace and ease as he did, with the exception of perhaps Dharmendra in Dharam-Veer".**


Bref, un film péplum très réussi, impressionnant et original, important également par le contexte de son tournage et de ses projections. En effet le film a aussi accompagné un autre moment de l'histoire de l'Inde : il a de nouveau été projeté en 1961, lorsque l'ancienne colonie portugaise de Goa a été réintégrée à l'Inde.

* * * * *

C'est la première fois que je regarde un film indien aussi ancien. J'ai été frappée par la voix des chanteuses d'avant Lata Mangeshkar. Jugez plutôt.


* Yves Thoraval, Les Cinémas de l'Inde, 1998, p.115.
**"Sikandar (1941)", A.P.S. Malhotra, The Hindu, 29 avril 2011. L'auteur fait référence à ces costumes. Je tiens à préciser que ceux de Sikandar sont nettement plus réussis.



26.9.10

Une histoire filmi de l'Inde...

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... ou ce qui se passe lorsque l'on ingère trop vite un gros bouquin d'histoire.


Je suis actuellement en train de lutter pour assimiler les bases de l'histoire du sous-continent indien, du néolithique à l'indépendance (avant d'attaquer l'histoire de l'Inde, du Pakistan puis du Bangladesh indépendants). Travail fastidieux, et qui serait presque impossible sans l'aide des quelques films historiques précis et d'une grande objectivité que nous ont offerts des réalisateurs soucieux de faciliter la tâche des étudiants accablés par la complexité de cette histoire.

Si la valeur historique de ces films est sujette à caution, ils permettent cependant de repérer quelques figures historiques assez populaires pour qu'on décide de leur consacrer un film.

Si le roi Ashoka est célébré comme un roi juste et tolérant, soucieux de promouvoir, après sa conversion au bouddhisme, le dialogue entre les cultures, il n'est quasiment pas fait mention de ces éléments dans le film de Santosh Sivan, qui se concentre sur la période antérieure, au cours de laquelle le futur monarque éclairé élimine ses frères et mène des guerres sanglantes pour assurer sa suprématie. La révolte du Kalinga a bien eu lieu, et sa répression féroce a sans doute contribué au changement d'orientation de la politique du roi, en revanche, on me souffle que l'histoire d'amour du prince déguisé en simple soldat et de la princesse exilée ne serait pas attestée. Désolée Kareena !

Là, ma collection d'aide-mémoires cinématographiques présente une assez vaste lacune : plus rien jusqu'en 1542, dix-huit siècles plus tard. Autant dire que j'ai ramé pour apprendre ce qui se passe entre le règne Ashoka et celui de Jalaluddin Mohammed Akbar. Et que j'ai été une fois de plus terriblement déçue de découvrir que la princesse Rajput Jodha n'avait pas l'honneur de figurer dans mon manuel. C'est pourtant sous son influence que Akbar a développé la politique de tolérance et d'ouverture aux hindous qui l'a rendu célèbre. M'enfin, puisque Ashutosh Gowariker le dit ! L'amour comme moteur de la politique, une thèse plus filmi qu'historique ?



En tout cas que le faste imposé par Akbar en sa cour est, sinon fidèlement, du moins magnifiquement rendu par le splendide Jodhaa-Akbar.

Je n'ai rien trouvé non plus dans mon livre sur le plus beau des princes Rajputs, Rajkumar Sujamal.



Quelle ne fut pas ma tristesse d'apprendre également que "le prince Salim, qui s'est pourtant rebellé contre son père, revient en grâce et finit par lui succéder."


Et c'est tout ? Et Anarkali, elle est où, Anarkali ? Si elle a existé, en tout cas elle n'a pas été jugée assez importante pour figurer dans ce manuel très contestable, qui ne dit pas un mot de plus sur la vie de Salim avant qu'il ne devienne Jehangir, le successeur d'Akbar.


Les vrais Anarkali, Salim et Akbar

On arrive désormais à l'époque du Raj britannique, heureusement secoué par quelques révoltes qui offrent des sujets en or aux cinéastes indiens. Nouvelle lacune du manuel concernant la célèbre révolte de Bhuvan, fondateur du cricket indien.

Mais impossible de ne pas être incollable sur la révolte des Cipayes après avoir vu Mangal Pandey : the Rising. Quant au royaume d'Oudh, annexé en 1856, et d'où viennent la plupart de ces cipayes, et à son fragile et raffiné dernier nawab, Les Joueurs d'Echecs leur a assuré une célébrité cinématographique, bien que le regard de Satyajit Ray soit autant (sinon plus) satirique qu'historique, et que ses deux héros passent complétement à côté de l'Histoire (c'est justement le sujet du film).




Entrainons-nous donc à répondre aux questions de l'examinateur :

- Bonjour Mademoiselle. Pour commencer, pourriez-vous me parler de l'évolution philosophique et politique du roi Ashoka ?
-Oui, euh, alors, ben d'abord il était assez méchant, il a tué son frère, et puis ensuite il s'est coupé les cheveux, et plus tard il a trucidé son ex sur un champ de bataille, et comme en fait il l'aimait encore, ben il est devenu bouddhiste et gentil.

-....bien... voyons voir, pourriez vous me citer quelques empereurs Moghols et me parler de cette période ?
- Bien sûr, alors d'abord il y a Akbar, selon les historiens c'est soit un homme ouvert d'esprit et très amoureux de sa femme, soit un vieillard autoritaire qui pourrit la vie de son fils Salim (qui, soit dit en passant, faisait encore sa crise d'adolescence à plus de 35 ans, mais ça c'est peut-être parce qu'il ressemblait tant à Devdas). Et puis ensuite il y a Salim.
Il y a eu des conflits avec d'autres rois indiens, par exemple contre le Marathe Shivaji "Chhatrapati", connu pour avoir inspiré Prabhas.*

- et les royaumes qui ont succédé à l'empire moghol ?

-Il y a le royaume d'Oudh, à la fin il était dirigé par Gabbar Singh, mais plus jeune.**

-Merci Mademoiselle, ce sera tout.


* La preuve : http://youtu.be/sL7MumpVWJU

** en fait Les Joueurs d'Echec est sorti deux ans après Sholay. Il n'empêche qu'Amjad Khan fait beaucoup plus jeune dans le film de Ray.

25.2.08

Iruvar ( 1997) - Tamoul

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Dans un soucis de synthèse sur l'oeuvre de Mani Ratnam (synthèse encore embryonnaire), je reprends ici avec d'infimes modifications une critique que j'avais publié sur dvdclassik.

Anandan (Mohanlal), acteur tentant de faire ses preuves à Kollywood dans les années 1940, se lie d'amitié avec le scénariste et poète révolutionnaire Tamilselvam (Prakash Raj). Celui-ci "lance" Anandan en lui écrivant des scénarios inspirés par ses idées socialistes, très populaires dans le Tamil Nadu de cet époque. Devenu une immense star, Anandan entre en rivalité politique avec son ami.
Le film développe en parallèle une intrigue amoureuse : Anandan se marie, se retrouve veuf, puis se remarie avant de rencontrer une jeune actrice qui est le portrait craché de sa première épouse (Aishwarya, dont c'est le premier et sans doute le meilleur rôle).

Iruvar livre une réflection intéressante sur les rapports du cinéma et de la politique : un parti peut-il se passer d'un tel moyen de communication ? Mais d'un autre côté l'immense popularité d'un acteur membre d'un parti ne risque-t-elle pas de dénaturé l'action et les idéaux de celui-ci, si son succès n'est plus fondé sur ses idées mais sur la sympathie du peuple pour un individu ?
Mani Ratnam s'est inspiré (malgré l'avertissement préalable affirmant prudemment le contraire) de la vie de l'acteur tamoul M.G. Ramachandran pour écrire ce scénario. Le film égratigne un peu l'image de la star, dont on ne sait jamais vraiment si elle se mêle de politique par conviction ou uniquement par opportunisme. Le film a d'ailleurs été très mal reçu par ses fans, et l'on comprend pourquoi. Il suffit de voir la scène, qui annonce un peu Guru, où Anandan remet à sa place son ancien ami, devenu dignitaire du parti, en arrivant à un meeting au milieu de son discours. D'un seul coup la foule unanime se désintéresse de ses propos et se tourne vers la star, qui salue, signe des autographes, et laisse Tamilseldam parler dans le vide sur la tribune. Mani Ratnam est à l'aise avec les mouvements de foule.

Anandan est un personnage arrogant, conscient de son pouvoir, qui utilise la politique autant (et peut-être plus) qu'il ne la sert, et malgré tout toujours aussi populaire. Les passages concernant sa vie privée révèle un personnage tout aussi complexe, séduisant presque malgré lui ses héroïnes*. Mani Ratnam renforce cette vision paradoxale de la vie de la star en donnant à Prakash Raj, connu pour pour ses rôles de "méchants", un personnages qui est le contre-point apparent d'Anandan. Jaloux, souvent méfiant à l'égard de celui-ci, Tamilseldam fait néanmoins passer l'intérêt du parti avant le sien (du moins le croit-il), s'opposant à son ami lorsqu'il le pense incapable de jouer un rôle politique, s'effaçant devant lui quand le dirigeant de son parti l'ordonne, avant d'entrer en guerre ouverte avec lui pour succéder à celui-ci, s'estimant plus instruit et plus expérimenté que son rival. Son personnage n'est pas parfait non plus, et le contraste est frappant entre le poète exalté des années 1940 et l'apparatchik qu'il est devenu à la fin du film.

J'ai beaucoup apprécié que les deux caractères soit autant développé, permettant deux belles performance d'acteurs. Mohanlal est très bien en Anandan, mais c'est surtout la performance de Prakash Raj que je retiendrai.

Iruvar présente de nombreux extraits des films dans lesquels Anandan est censé avoir joué, permettant de belles reconstitutions et un aperçu de la poésie épique de Tamilseldam (pas besoin de parler tamoul pour entendre que c'est du dialogue haut de gamme) Il faut mentionner notamment le prétendu film patriotique des années 40, où le pastiche respectueux est porté à son comble jusque dans les aspects techniques, et produit des images d'une grande poésie. Ces films sont aussi le prétexte de la plupart des chorégraphies, brassant 50 ans de cinéma tamoul. D'un duo classique, filmé en noir et blanc, à l'utilisation par Anandan de son image de "héros du peuple" contre le parti de son ancien ami (dans une délicieuse parodie de l'imagerie communiste, dont la relative froideur contraste avec la beauté d'Aishwarya filmée sous la pluie) en passant par ce très joli morceau riche en décors majestueux, le premier film que le héros tourne avec Aishwarya, et de nombreuses autres chansons :



Par ailleurs la musique, très variée, vaut vraiment le détour. C'est à mon avis une des B.O. les plus riches composées par A.R. Rahman

Iruvar, pour résumer, est à la fois un film courageux par sa volonté d'aller au-delà d'un mythe, une fresque relatant l'histoire de la politique du Tamil Nadu et de son cinéma depuis les années 1940, et surtout une belle histoire d'amitié, souvent émouvante et servie par une mise en scène toujours efficace. Je regrette quand même un peu que certain enjeux restent un peu confus pour qui, comme moi, ignore tout de la vie politique de cet Etat.



* dans le vocabulaire cinématographique indien, "héros" désigne toujours le personnage, voire l'acteur, principal (même s'il n'a rien d'héroïque), et "héroïne" le personnage féminin ou l'actrice qui l'interprète.
cf. ce dense mais passionnant article de Wikipedia sur l'anglais parlé en Inde.

24.9.07

Mangal Pandey, The Rising (2005) - par Nandini

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Inde, 1857. Mangal Pandey (Aamir Khan), soldat indien incorporé au régiment des Cipayes, prend la tête d'une insurrection contre les abus de l'East India Company. Le peuple indien ne semble plus que l'ombre de lui même, une curiosité exotique, à l'image de Heera (Rani Mukerjee), si méprisée par la bonne société anglaise. En effet, certains commettent les pires exactions tels le viol ou le passage à tabac. Pourtant, nous ne sommes pas du tout dans l'exagération et d'autres figures viennent contrebalancer ces stéréotypes. Le capitaine William Gordon (Toby Stephens), par exemple, parle hindi et accepte volontiers de lutter, en toute amitié, dans l'arène avec Mangal Pandey. Ce drame historique n'est pas une restitution parfaitement manichéenne (Anglais/Indiens) d'événements véridiques froidement relatés. Au contraire, le spectateur assiste à une véritable réflexion sur la complexité des sentiments humains, sur les dilemmes susceptibles de tourmenter les individus situés au juste milieu. Ainsi vivons-nous le déchirement du héros entre son amitié indéfectible envers Gordon et la fureur éprouvée face à ces colons irrespectueux des indigènes. Que faire quand on vous intime l'ordre de tirer sur vos propres frères, quand on incendie leur village sous vos yeux ? La goutte d'eau : les nouvelles cartouches. Pour les décapsuler, il faut les mordre. Or, les munitions sont enduites de graisse animale quoique cela bafoue les interdits alimentaires des musulmans et des hindous qui composent le régiment Cipaye. Ce qui ne manquera pas de rappeler vaguement l'histoire d'un certain pantalon rouge, en d'autres temps et en d'autres lieux.

Une fois de plus, Ketan Mehta se veut un réalisateur engagé contre l'oppression et les abus du pouvoir, comme en 1980 dans Bhavani Bhavai puis, en 1985, dans Mirch Masala. Aussi met-il à profit cette histoire pour aborder d'autres aspects de la société indienne du XIXème siècle : le trafic d'êtres humains, l'esclavage, le système de castes ou encore la cruauté de certaines traditions. Un Intouchable serait-il finalement digne d'amitié ? Qu'en est-il de vendre son corps aux envahisseurs quand un soldat leur vend son âme ? Une veuve (Amisha Patel) n'a t-elle plus droit qu'à la mort ? Autant de questions qui ne peuvent, bien que d'autres les disent particulièrement clichées, laisser le spectateur indifférent. Il est dès lors difficile de ne pas vibrer à l'unisson de ces hommes et de ses femmes en route pour leur émancipation.

A la lecture de plusieurs critiques, il ressort que beaucoup s'attendaient à un remake de Lagaan dont le contexte historique est proche et, surtout, dans lequel jouait déjà Aamir Khan. La différence entre ces deux films : Lagaan mettait en relief une histoire d'amour sur un fond colonial sans grande portée. Cette fois, nous sommes bien loin des productions habituelles de Bollywood. La romance sans fioritures ni niaiseries qui naît entre le héros et Heera est, en effet, à peine esquissée pour ne pas dénaturer l'intérêt premier du film. Nous ne sommes en présence que d'un couple réaliste d'amoureux déchirés par les événements. Leurs apparitions ensemble à l'écran restent limitées. Je retiendrai surtout la séquence, émotionnellement forte, de leur mariage à la sauvette, dans la cellule de Mangal, la veille de son exécution. Par contre, j'émettrai plus de réserves sur la manière dont l'idylle survient entre le capitaine Gordon et Jwala (Amisha Patel). Si elle illustre à merveille le fait qu'il n'est pas d'obstacle insurmontable entre les cultures, je trouve un peu cliché la scène où le merveilleux soldat vole au secours d'une jeune femme en détresse, pour tomber amoureux ensuite de sa protégée.


En tout cas, il est impossible de ne pas être scandalisé face à l'acharnement que déploient les villageois pour emmener Jwala au bûcher funéraire. D'autant plus que, dans la demeure de Gordon, elle ne représente plus un fardeau pour eux et l'objet de leur requête devient nul. D'aucuns prétendent que le personnage de Jwala n'est pas d'une grande utilité. Je trouve au contraire qu'elle est le complément indispensable à Gordon, l'élément qui nous permet de saisir le choix cornélien du capitaine entre ce qui semble bien être sa patrie de cœur et sa nation de naissance. Je pense que c'est elle qui, surtout, achève de le convertir définitivement à la cause des Indiens (nous apprenons à la fin qu'un certain William Gordon, officier anglais, avait véritablement rejoint la rébellion). Il est toujours bienvenu de basculer d'un point de vue à l'autre pour ne pas sombrer dans une caricature stérile. Pour les sceptiques, il est de toute façon précisé en introduction que certains faits sont de pures inventions dont le but n'est autre que de romancer un film qui pourrait d'ailleurs vite devenir une leçon d'histoire ennuyeuse et insipide.




Enfin, il est indispensable d'aborder la BO du film. Ar Rahman et Javed Akhtar ont composé de superbes morceaux pour Mangal Pandey. Je me contenterai de citer ceux qui m'ont le plus plu. Mangal Mangal nous permet de faire connaissance avec ces chanteurs juchés sur un éléphant magnifiquement orné qui nous accompagneront tout au long du film et dont le chant devient vite obsédant. Cette chanson ouvre le film sur une image remarquable de l'animal sacré tout en majesté. Rani Mukherjee danse avec brio sur Main Vari Vari pour appeler l'âme sœur, je dirai juste que sa tenue rose bonbon ne lui sied pas autant qu'on aurait pu l'espérer.

Ce chant annonce Rasiya, qui accompagne le fameux baiser de Jwala et Gordon et remplace, au moyen de mouvements et de paroles particulièrement explicites, une scène qui aurait pu choquer les sensibilités. Quant à Holi Re, quoique la fête soit des plus réussies et constitue un topos du cinéma indien, on en saisit difficilement le lien avec le reste de l'histoire, si ce n'est qu'elle favorise le rapprochement entre Mangal et Heera. Je dirai même que c'est un des rares moments d'insouciance et de bonheur du film, excepté le passage où Gordon et Mangal Pandey, ivres, sont pris d'un fou rire communicatif après avoir joué un tour à leur ennemi commun.

Autrement dit, le spectateur ne peut être qu'agréablement surpris par cette œuvre magistralement interprétée. En tant qu'admiratrice d'Aamir Khan je ne saurais passer sous silence sa prestation et, sans sombrer dans l'excès, je dirais simplement qu'il a bien su saisir l'ampleur du personnage qu'il incarne. On reste bouche bée quand, à l'instant où la corde va lui ôter la vie, Mangal trouve encore le courage de lancer le signal de l'attaque. Le sacrifice accompli n'est que le point de départ d'une première guerre d'indépendance fort coûteuse pour l'Angleterre, qui se soldera par une reprise en main par la reine Victoria elle-même une fois les insurgés matés. Un avertissement. Bref, Mangal Pandey est mélange subtil d'amitié, d'amour et de trahison où les ingrédients sont savamment dosés.

3.1.07

Asoka (2001)

3 commentaires
J'ai abordé Asoka avec pas mal de curiosité (Santosh Sivan est le directeur photo de Dil se, mon film culte), et un peu d'appréhension (il n'y a, à mon avis, rien de pire qu'un film d'époque loupé).


synopsis : Le prince Asoka (Shahrukh Khan), menacé par ses frères, doit fuir le palais royal. Se faisant passer pour un simple soldat, il rencontre la princesse Kaurwaki (Kareena Kapoor), elle aussi en fuite. Ils se marient, mais alors qu'Asoka s'est absenté le village est attaqué, et Asoka croit que Kaurwaki a été tuée. Il sombre alors dans la violence.


Mon avis sur Asoka est finalement assez mitigé

j'ai aimé :

La musique
: innovante et rythmée. Tous les morceaux m'ont plu (ce qui est rare), et j'ai adoré Roshni se . C'est bien simple, c'est le seul moment où le film m'ait ému.


les décors et les costumes qui évitent les pièges de la reconstitution en inventant une époque, en créant une atmosphère cohérente tout au long du film.



la photographie, très soignée comme on pouvait s'y attendre.

Les scènes de combat nettement meilleures que dans beaucoup de films indiens.

d'une manière générale l'originalité et la recherche, sensibles notamment dans la mise en images des passage musicaux. Même si je n'adhère pas à tous les choix esthétiques, Asoka est tout sauf un film bâclé.




je n'ai pas aimé


l'interprétation. Je trouve décidément le jeu de Kareena Kapoor très limité, Shahrukh Khan est franchement mauvais et visiblement mal dirigé (on a l'impression qu'il ne sait pas quoi faire : il passe son temps à lancer il son écharpe sur son épaule pour donner une contenance à son personnage). Il ne joue correctement que pendant les rares passages comiques,



et quand il découvre la prétendue mort de Kaurwaki. Résultat, il est difficile de croire à l'histoire d'amour qui est au centre du film. Les seconds rôles sont horribles.

La lourdeur du symbolisme
. Etait-il vraiment nécessaire d'alterner les images d'une embuscade contre Asoka avec des plans d'un cobra bondissant sur sa proie? Mais c'est surtout pendant Roshni se que ce défaut m'a frappé. Autant j'ai aimé la musique, autant le style de la mise en images m'a vraiment déplu. Le ciel d'orage, les eaux stagnantes, les arbres morts... trop, c'est trop!



Le scénario, visiblement très éloignée de la vérité historique, mais ce n'est pas ça qui me pose problème. J'ai surtout été gênée par son manque de cohérence et d'intensité dramatique. Globalement, il se résume à ceci : Asoka est méchant. Asoka rencontre Kaurwaki. Asoka est gentil. Asoka croit Kaurwaki morte. Il redevient méchant. Asoka rencontre Devi. Il s'améliore un peu. Puis il redevient méchant, avant de finir (définitivement) gentil. Je ne cherche pas à tout prix des excuses à Shahrukh Khan, mais il est quasiment impossible d'interpréter un personnage aussi inconsistant.

Les scènes dans le palais. Ce sont les seules dont la recherche esthétique soit inexistante, les frère d'Asoka jouent très mal, et elles sont vraiment interminables.