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1.8.12

Jour 15 - Un personnage auquel je m'identifie

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Sans doute Siddhartha, le protagoniste de L'Adversaire (Pratidwandi). Il y a somme toute (et heureusement) peu de points communs entre ce qu'il vit (il perd son père et doit arrêter prématurément ses études pour subvenir aux besoins de sa mère et de sa soeur) et ma propre vie.



Cependant le passage de l'état d'étudiant à celui de jeune actif est décrit avec beaucoup de justesse, et j'ai découvert ce film juste au moment ou j'ai obtenu mon premier vrai emploi. Mais surtout, Satyajit Ray parvient à donner à son personnage une dimension assez universelle pour que toute personne qui a à un moment de sa vie dû revoir l'image qu'elle se faisait, enfant, de son avenir et faire face à ses responsabilités d'adulte, toute personne aussi qui a un jour caressé le rêve de tout plaquer, de ne pas jouer le jeu de la société, puisse se reconnaître en lui. Voir Siddhartha saboter consciemment ses entretiens d'embauche (la transgression absolue dans une Inde des année 1970 rongée par le chômage) a quelque chose de cathartique, et d'assez réjouissant, pour quiconque a déjà cherché du travail. C'est à dire à peu près tout le monde. Bien joué Mr Ray.

(mon article sur L'Adversaire)


7.8.09

L'Adversaire (Pratidwandi) - bengali, 1972

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L’adversaire, c’est Siddharta, jeune homme de Calcutta, à l’aube de la vie active, qui hésite, qui se trompe, en constante lutte avec celui qu’il aurait voulu devenir et qu’il ne pourra pas être.


Médecin, voilà ce qu’il aurait dû devenir, si son père en mourant ne l’avait pas contraint à prendre en charge sa famille, lui, le fils aîné. Il a donc interrompu ses études pour trouver un travail. Sans succès. C’est sa sœur – quelle honte ! - qui fait vivre la fratrie et leur mère. Sa sœur qui fait des heures supplémentaires, et qu’on vient accuser de séduire son patron. Siddharta lui ferait bien la peau, à celui-là, mais il n’ose même pas lui dire ce qu’il pense. C’est en rêve qu’il se venge, dans une séquence inspirée par le cinéma de Bombay, où ce que désire le personnage est d’abord présenté comme ayant réellement eu lieu, avant un brusque retour à la réalité. Il a souvent ce genre d’hallucinations, Siddharta. Des bouts de cours d’anatomie lui reviennent de façon cocasse quand il croise une jolie passante.


Car il a du mal à oublier le passé, le temps heureux de son enfance, bercé par le chant si mélodieux d’un oiseau dont il ignore le nom. Dur d’oublier aussi l’avenir qu’il se promettait. Les jobs qu’on lui propose ne l’enchantent guère. On se demande même parfois s’il cherche vraiment à être embauché, à voir la façon dont il échoue à son premier entretien. Il y a bien cette vieille connaissance qui lui propose un travail pas trop mauvais, mais c’est loin de Calcutta, loin de sa famille. Et Siddharta hésite, pendant tout le film.


Bien sûr Calcutta, ce n’est pas parfait. La chaleur y est étouffante. Et il y a ces bombes qui explosent de temps à autre. Mais il y est habitué. Le spectateur européen ne trouvera pas d'exotisme ici. Satyajit Ray dépeint la capitale du Bengale comme n’importe quelle grande ville de cette époque, vue à travers ses transports en commun, ses cinémas, ses rues bourgeoises ou ses appartements miteux. On est loin du décor rural et traditionnel de La Complainte du sentier ou du Salon de musique.


Siddharta n’a pas très envie de quitter le nid. Mais il faut trouver un emploi. Ce n’est pas son petit frère, encore étudiant, qui va nourrir la famille. Aura-t-il jamais un travail, celui-là. Il revient tous les soirs blessé, il veut convaincre son aîné de la nécessité de la lutte armée, pour renverser le capitalisme, pour changer ce système dans lequel Siddharta cherche à s'intégrer. Mais ce n’est pas sa voie, l'action violente. Oh, son cœur bat bien à gauche : lors de ce premier entretien, si désastreux, il cite la résistance des Vietnamiens face à l’armée américaine comme l’événement le plus important des vingt dernières années – ce qui lui coûte le job. Son problème, c’est plutôt l’action. La prise de décision. L’engagement.

Ne lisez pas ce paragraphe si vous avez peur des méchants spoilers :

Mais Siddharta va bien devoir grandir. Accepter que la vie ne soit pas comme il la rêvait. Mais pas se résigner, non. Au contraire, c’est sa révolte, sa colère mémorable lors de l’attente interminable, en pleine chaleur, pour un deuxième (et dernier) entretien, qui marque son passage à l’âge adulte. Il quittera Calcutta, alors même qu’il venait de trouver, en la personne d’une belle jeune femme, une bonne raison d’y rester. Une attache choisie, cette fois-ci. Mais ce départ n’est pas une séparation définitive. Il lui écrit. Pour lui dire que la campagne est belle, et qu’il a enfin retrouvé l’oiseau de son enfance.





réalisé par Satyajit Ray,
avec Dhritiman Chatterjee, Krishna Bose, Indira Devi, Kalyan Chowdhury, Joysree Roy, Debraj Roy, Sefali
DVD Films Sans Frontières, sous-titré français, disponible dans tous les bons magasins.



A voir absolument.