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8.5.20

Om Puri (1950-2017)

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Om Puri (à gauche) avec Naseeruddin Shah 
 
Cet article est une mise à jour d'une biographie écrit en 2011 pour Fantastikindia

Om naît au Pendjab de parents pauvres et peu éduqués. Il passe ses journées à les aider en lavant les tasses des clients du dhaba dans lequel ils travaillent. Il ne commence l’école qu’à huit ans, grâce à l’aide financière d’un membre de sa famille. Plus tard il financera ses études en donnant des cours particuliers. A cet âge, il a déjà le visage grêlé qu’on lui connaît, séquelle d’une varicelle. Bien décidé à devenir acteur, Om suit les cours de la National School of Drama de Delhi et du Film and Television Institute of India de Poona. 


Lorsqu’Om Puri finit ses études, nait en Inde un courant qu’on a parfois appelé New Cinema, qui regroupait réalisateurs, scénaristes et acteurs désireux de proposer une alternative au cinéma commerciaux qui s’était imposé dans les années 1970. C’est au sein de ce courant qu’Om fait ses débuts. Il y côtoie Shabana Azmi, Naseeruddin Shah, et surtout Smita Patil qui a fréquemment joué sa femme ou son amie. On peut remarquer que si tous ont joué des personnages luttant contre la misère, Om est le seul à ne pas venir d'une famille aisée.


Les réalisateurs de ce nouveau cinéma s’opposent au cinéma commercial qu’ils jugent très sévèrement, et souhaitent (en théorie du moins) offrir à leurs acteurs des rôles non stéréotypés qui exigent un véritable travail d’acteur. Le corollaire de ce souhait est qu’ils choisissent leurs acteurs plus en fonction de leur talent, et moins selon leur popularité, leur beauté ou leur famille. L’idéal pour Om, alors inconnu, et qui ne dispose ni d’un physique d’Apollon, ni d’une famille bien implantée dans le milieu du cinéma.  Il va travailler avec tous les grands noms de ce courant, et très vite se spécialise dans les rôles d’opprimés : intouchables, Adivasis (membres de tribus aborigènes), habitants d’une bidonville (Dharavi), paysans sans terre (Arohan, de Benegal)…  Beaucoup des films de cette époque ont en effet un thème social, et cherchent à faire entendre la voix de populations souvent réduites au silence.
Parmi ses rôles les plus marquants, celui de Lahanya Bhiku dans Aakrosh  (1980), de Govind Nihalani, un Adivasi accusé du meurtre de sa femme qui ne dit pas le moindre mot pour sa défense, malgré les efforts de son avocat plein de bonne volonté.  Un rôle quasiment muet pour Om, qui exprime par son seul regard l’impuissance, le désespoir et la colère de son personnage.


C’est après avoir vu Aakrosh que Satyajit Ray propose à Om le rôle principal dans Sadgati, un moyen métrage en hindi qu’il réalise pour la télévision et qui constitue une féroce dénonciation de l’intouchabilité. Dukhi, un intouchable  accomplit pour un brahmane une série de tâches qui finissent par le tuer. Om raconte combien il était intimidé de travailler avec un si grand réalisateur. Le premier jour du tournage, le célèbre réalisateur lui demande d’entrer « précautionneusement » dans la maison du brahmane. De plus en plus nerveux, Om lui avoue qu’il ne connait pas le sens de ce mot. Le réalisateur lui explique « lorsqu’un chien ou une chèvre entre dans une maison qu’il ne connaît pas, il y entre « précautionneusement ». C’est cette chèvre apeuré qui a inspiré le langage corporel de Dukhi le tanneur. 





Om a tourné avec tous les réalisateurs marquant de ce mouvement : Shyam Benegal, Gautham Gose (Paar) , Mrinal Sen (Genesis),  Ketan Mehta, la réalisatrice Sai Parajpye (Sparsh), et surtout Govind Nihalani, qu’Om considérait comme son ami et son mentor et qui lui a offert quelques uns de ses rôles les plus intéressants. Outre dans Aakrosh, Om apparaît aussi brièvement dans Party, un huit-clos assez théâtral sur le thème de l’engagement politique, dans le rôle d’un militant de la cause adivasie. Mais le rôle le plus important est celui d’Anant, le héros d’Ardh Satya, un policier consciencieux, haïssant la corruption, mais fragile et violent. Un personnage de policier très original, car la violence est ici présentée comme la preuve de la fragilité psychologique de son personnage, à l’opposé de la glorification de la brutalité policière si fréquente dans les films de cette époque (voir les rôles de Sunny Deol).  Il a aussi le premier rôle dans le feuilleton TV très controversé que Nihalani a réalisé sur la Partition, Tamas (1987).

A l’extrême opposé des rôles dramatiques qui l’on fait connaître, se trouve celui qu’il interprète dans l'hilarante comédie satirique Jaane Bhi Do Yaaro de Kundan Shah. Ahuja est un promoteur immobilier nouveau riche, rustre, violent, corrompu, et tellement alcoolisé qu’il peut parler cinq minutes à un cadavre sans même réaliser que son interlocuteur est mort. Om interprète avec entrain ce personnage comique, et se plie volontiers au jeu du slapstick et des gags visuels. Cheveux plaqués, vêtement criards et sourire charmeur, il continue dans la veine comique la même année dans Mandi de Benegal, en photographe de charme prêt à tout pour approcher les prostituées qui lui servent de modèles. On a néanmoins le droit de le préférer dans un registre plus réaliste.

Il épouse en 1990 Seema Kapoor, mais leur mariage ne dure que huit mois, et leur séparation se passe très mal. Om rencontre celle qui sera sa seconde épouse, Nandita Puri, et demande le divorce en accusant Seema d’adultère, ce qu’il reconnaît plus tard avoir été une accusation mensongère...

Sa première apparition dans un film étranger remonte  à 1982 : il joue un hindou qui se repent d’avoir participé aux violences contre les musulmans de Calcutta et vient supplier Gandhi de mettre fin à son jeûne dans le film de Richard Attenborough. 



Mais c’est la Cité de la Joie (1992) qui le fait connaître du public occidental. Sur les affiches, la star du film est Patrick Swayze ; mais ceux qui ont vu le film savent qu’Om lui vole la vedette ! Une anecdote qu’il raconte au sujet de son rôle de tireur de rickshaw en dit long à la fois sur sa façon de travailler et sur son statut un peu à part dans le cinéma indien. Om a commencé à se préparer pour ce rôle bien avant le début du film. Il est allé à Calcutta et a appris à tirer un rickshaw avec des rickshaw-walas professionnels. Rapidement, il s’est aperçu qu’aucun d’entre eux ne portait de chaussures. Il renonce aux siennes, non sans mal. Un jour, alors qu’il s’était arrêté pour boire un thé, il remarque que deux clients l’observent. Le premier dit à son ami : « Tu ne trouves pas qu’on dirait Om Puri ? », l’autre approuve.  Om finit son thé, puis va confirmer aux deux clients incrédules qu’il est bien Om Puri, avant de récupérer son rickshaw. En partant, il les entend dire derrière lui : « Pauvre homme. Quelle tristesse de le voir ainsi. C’était un si bon acteur. Et aujourd’hui il tire un rickshaw, tu imagines ? »  Om, un acteur qui prépare soigneusement ses rôles, dont le talent est reconnu, mais dont la situation paraît encore assez instable, plus d’un demi-siècle après le début de sa carrière, pour que ces deux hommes aient pu croire qu’il était tombé dans la misère.


Cinq ans plus tard, il inaugure une série de rôle d’immigrés pakistanais en Angleterre avec My Son The Fanatic d’Udayan Prasad. Il est Parvez, père de famille on ne peut plus intégré qui doit faire face au fondamentalisme de son fils. Son interprétation toute en finesse, notamment lorsque Parvez est face à Bettina, la prostituée qui est sa seule amie, est vraiment le point fort du film. Le revoilà en père de famille dans East is East (1999, le titre « français » est Fish and Chips), qui traite aussi de la problématique de l’intégration et du conflit entre générations, mais cette fois l’action est située dans les années quatre-vingt et c’est à l’occidentalisation et au désir d’émancipation de ses enfants que son personnage s’oppose. Le film a eu une suite sortie en 2010, West is West. On l’aperçoit aussi en imam intégriste dans Shoot on Sight, un film sans grand intérêt sur la psychose qui a suivi les attentats de 2005 à Londres. L’étudiant qui n’osait pas parler anglais devant ses camarades de la National School of Drama de peur qu’ils se moquent de son accent est aujourd’hui un des acteurs indiens qui ont le plus tournés dans des films étrangers.


Parmi ses autres rôles notables, celui de Ghulam Mohammed, dans l’adaptation d’Un si long voyage de Rohinton Mistry. Un personnage mystérieux, tantôt chauffeur de taxi serviable, tantôt dangereux agent spécial.  Om a aussi interprété le général Zia, qui dirigea le Pakistan dans les années qutre-vingt dans Charlie Wilson’s War, avec Tom Hanks.


Coté vie privé, il se sépare de Nandita, qui l'accuse de violence, en 2013. Grand acteur, mais décidemment pas toujours un homme très sympathique.

Et le cinéma indien pendant ce temps ? Eh bien le déclin du New Cinema  au début des années 1990 diminue les opportunités pour un acteur au physique aussi peu commun. Et voici qu’Om Puri, comme tant d’autres acteurs aux parcours similaires, se met à accumuler les seconds rôles de pères ou d’oncles, que ce soit dans un registre plutôt sérieux, comme dans Rang de Basanti (le père d’Aslam), ou dans des comédies (Singh is King). D’autres rôles (la plupart ?) sont franchement négatifs, tel l’inspecteur qu’il joue dans Dabangg.  Il apparaît aussi dans Hey Ram, réalisant ainsi son rêve de jouer avec l’acteur qu’il admire le plus, Kamal Hassan.  Il y a heureusement des exceptions comme China Gate de  Rajkumar Santoshi , dans lequel il a le premier rôle, celui du leader de cette bande de militaires retraités venus éliminer le bandit qui terrorise un village. Mais il faut dire que China Gate, s’il réunit un ensemble d’excellents acteurs (Amrish Puri, Naseeruddin Shah, Danny Denzongpa, Kulbhushan Kharbanda), n’a pas de star au sens propre. Son dernier rôle notable est celui d'un mollah pakistanais dans le beau Bajrangi Bhaijaan, avec Salmant Khan. Il meurt d'une crise cardiaque en 2017.


On pense souvent, à tort, qu’Om Puri est de la famille d’Amrish Puri. Comme cet autre grand acteur à l’apparence peu commune, Om aurait pu se retrouver cantonné à un seul type de rôles, de plus en plus stéréotypés. Il s’est heureusement trouvé des réalisateurs, au premier rang desquels Govind Nihalani, pour explorer toutes les facettes de son talent. Om, de son côté, a saisi toute les occasions de diversifier ses rôles, en jouant beaucoup en anglais et natuellement en hindi, mais aussi, régulièrement, dans sa langue maternelle, le punjabi. S’il n’a jamais eu de rôle typique de héros de films commerciaux, il a en revanche réussi à s’imposer comme un acteur incontournable du cinéma d’auteur, avant de devenir un second rôle apprécié de films grand public.

Livre de référence : Nadita Puri ,Unlikely Hero: The Story Of Om Puri, 2009. Il faut noter que cette biographie, écrite par son ex-épouse, n'a pas été approuvée par l'acteur

6.5.20

Shashi Kapoor (1938 -2017)

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Un membre du clan Kapoor



Shashi, de son vrai nom Balbir Raj Kapoor, naît en 1938 à Calcutta. C’est le troisième enfant de l’acteur Prithviraj Kapoor patriarche de la lignée, le petit frère de l’acteur-réalisateur Raj, le génie de la famille, et de l’acteur Shammi. Il apparaît enfant dans quelques films, dont le chef-d’œuvre de Raj, Awaara, au côté de son frère et de son père.

Il jouera à nouveau dans un film de Raj Kapoor en 1978, le très beau conte Satyam Shivam Sundaram. Il a épousé l’actrice anglaise Jennifer Kendal, aujourd’hui décédée, à la suite d’une histoire digne d’un film Bollywood, Jennifer pensant à leur rencontre qu'il était homosexuel, car, comme beaucoup d'hommes indiens, il tenait ses amis par la mains puis, une fois le malentendu dissipé, les parents de la jeune femme s'opposèrent fermement à leur mariage.

Avec son frère aîné Raj
 

Shashi fera carrière d’une façon originale, continuant pour une part la tradition familiale en consacrant beaucoup d’énergie au théâtre, tout en jouant aussi bien dans les films les plus traditionnels que dans des productions internationales.

Avec Jennifer Kendal


L’acteur fétiche des productions Merchant-Ivory



Maîtrisant parfaitement l’anglais, Shashi va apparaître dans la plupart des films indiens de James Ivory : Shakespeare wallah (1965) Bombay Talkie (1970) et Chaleur et poussière (1983), bien souvent aux côtés de son épouse. Dans les deux premiers films, il est co-scénariste. Qu’il joue un aristocrate ou un Don Juan, ce sont son élégance et son pouvoir de séduction qui sont mis en avant.

Bien plus tard, alors qu’il avait interrompu sa carrière, pris beaucoup de poids et sombré dans la dépression, très affecté par la mort de sa femme en 1984, il retrouve Ismail Merchant qui lui offre un magnifique rôle dans In Custody (1993) (film en hindi), celui d’un poète de langue ourdoue autrefois brillant, mais aujourd’hui exploité par sa seconde épouse.

Parmi ses autres films en anglais, il est le héros de Siddartha, de Conrad Rooks.




Un acteur bankable



Mais ces films, appréciés à l’étranger, font peu pour la renommée de Shashi en Inde. Il tourne à la même époque dans des films commerciaux très populaires.
Un physique avenant, un sourire charmeur, une grande élégance et une assurance à toute épreuve, voilà qui fait de lui un parfait héros romantique. Pourtant, bien qu'il ait fréquemment eu des premiers rôles, dans de nombreux films des années 1960 puis, entre autres, dans Satyam Shivam Sundaram, déjà cité, où encore dans l’adorable Aa Gale Lag Jaa (souvent appelé Janitou en Algérie, d'après les premier mots de la principale chanson), histoire d’un père célibataire et gros succès en Algérie, ce sont les films où il sert de contre-point à Amitabh Bachchan qui le font entrer dans la mémoire collective.


Le compère d’Amitabh Bachchan



Les films en hindi ont toujours accordés beaucoup d’importance à l’amitié, et Shashi et Amitabh forment le couple d’amis (ou de frères) des années 1970 -1980.


Amitabh a le rôle du prolétaire viril, un peu en marge de la société, voir carrément délinquant. Shashi est un policier ou un ingénieur, un homme éduqué au charme plus doux. Bien souvent ils symbolisent l’alliance des classes contre les fléaux qui menacent l’Inde. Ainsi dans Kaala Patthar, sorte de Germinal indien, l’ingénieur et le mineur s’unissent contre les vilains capitalistes corrompus qui mettent en danger la vie des travailleurs. Même lorsqu’ils sont tous les deux des truands, le contraste entre leurs personnages (et leurs jeux, très différents, Shashi faisant plus dans la nuance, Amitabh dans l’intensité) fonctionne à peu près de la même manière. C’est toujours Amitabh qui a le premier rôle. Depuis une vingtaine d'année, Shashi connaît un regain de popularité parmi les amateurs de Bollywood à travers le monde. Il suffit de jeter un œil aux blogs consacrés à ce cinéma pour s’en apercevoir. Pour ma part, j'ai un faible pour le délirant Suhaag (chanson plus haut)


Parfois les deux personnages s’opposent, comme dans le magnifique Deewaar, tragédie de Yash Chopra sur le thème des frères ennemis, dans lequel il a une des répliques les plus connues du cinéma hindi. Le policier qu'il joue, et qui vit avec leur vieille mère se querelle avec Amitabh le ganster qui lui dit "j'ai des immeubles, des propriétés, de l'argent sur mon compte, une maison de campagne, une voiture, et toi, qu'as-tu donc ?" ; il répond "mere paas maa hai" : "moi, j'ai maman". Je découvre en faisant cette biographie que la scène est devenue un meme pour les hindiphones et que les parodies sont nombreuses sur Youtube.



C’est bien sûr à Amitabh qu’il fait appelle pour son unique réalisation, Ajooba (1991), film inspiré d’un conte des Milles et une nuits qui fut un échec commercial et critique.


Le producteur et acteur de film d’auteur



Ces succès permettent à Shashi d’investir dans un cinéma plus ambitieux. Il produit entre autre Junoon, qui traite de la difficile cohabitation d’une famille anglaise et de celle d’un aristocrate indien peu après la révolte des cipayes, et de la passion du nawab en question pour l’une des Anglaises, et Kalyug, adaptation contemporaine de l’épisode central du Mahabharata, la guerre des Pandava et des Kaurava. Il joue dans ces deux films, tous deux réalisés par Shyam Benegal.

L'autre gros avantage de ce genre de films, c'est qu'il n'a pas à danser. Malgré quelques tentatives pour imiter le danseur remarquable qu'était son frère Shammi, cela n'a jamais été son point fort (mais il est mignon quand même quand il essaie)  :



Après 1987, on ne le voit guère plus à l'écran. Il meurt en 2017 de maladie. Il laisse deux fils et une fille, qui ont tous les trois, sans grand succès, tenté leur chance au cinéma. C'est remarquable car le clan Kapoor s'opposait alors fermement à ce que les femmes de la famille fassent carrière comme actrices. L'un de ses fils, Karan Kapoor, trop blond pour percer à Bollywood, a connu un certain succès comme photographe.

Shashi Kapoor est l'un des deux seuls acteurs indiens dont la mort ait été mentionnée pendant une cérémonie des Oscars, lors de l'hommage aux personnalités décédées dans l'année.

un charme fou

5.5.20

Waheeda Rehman (1937 - )

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D'avril 2013 à la fin de 2019, j'ai dû voir en tout 5 ou 6 films indiens. Autant dire que je ne suis pas très au courant des potins actuels et de la vie des nouvelles stars de Bollywood (ni de Kollywood). En fait je me demande si j'ai vu autre chose que Baahubali, Vikram Vedha (très bons) Raees (bon) et les films de Bhansali (mauvais) pendant tout ce temps. Je me rattrape de mon mieux pendant le confinement.

Mais puisque je suis maintenant une vieille de 34 ans et que c'était mieux avant, je vais parler de ce que je connais : les acteurs et actrices d'autrefois.


Waheeda Rehman
(वहीदा रहमान) 



naît en 1937 dans une famille musulmane de Hyderabad, dans le Sud de l’Inde. Son père, magistrat, meurt quand elle a douze ans. Des problèmes de santé l’empêchent de suivre une scolarité normale. En compagnie de sa sœur, elle apprend le bharatanatyam : le talent que montrent ces deux jeunes musulmanes dans leur pratique de cette danse sacrée hindoue fait sensation.

Elle apparaît d’abord comme danseuse dans deux films de son État, tournés en télougou, une langue qui n’a rien à voir avec le hindi. C’est dans un de ces films qu’elle est remarquée par le réalisateur de Bombay Guru Dutt. Apprenant que comme beaucoup de musulmans de Hyderabad elle parle l’ourdou, une langue extrêmement proche du hindi, il lui propose un rôle dans le prochain film qu’il produit, C.I.D (1956).                                  

Puis vient Pyaasa (1957), le plus gros succès de Guru Dutt, où elle interprète une prostituée qui seule reconnaît la valeur du poète joué par Guru Dutt. Son métier y est dépeint avec un certain réalisme, et le film évite tout discours moralisateur. A cet égard la fin (que ne révèlerai pas) est d’une audace incroyable, et on peine à imaginer un scénario similaire même des dizaines d’années plus tard.





Deuxième film, et deuxième rôle de prostituée : pendant toute sa carrière, elle se verra plus souvent que la moyenne confier des rôles ambigus : courtisanes, vamp, voire simplement femme indépendante dans un pays (et à une époque) où ce n’est pas toujours bien vu, et où la plupart des héroïnes de film sont alors d’une passivité désespérante. Elle est célèbre aussi bien pour son sourire enjôleur que pour les regards sévères qu’elle sait lancer.


Ce sont ses films avec Guru Dutt qui ont fait son succès. Elle a été sa muse, et a entretenu avec lui (qui était marié à la chanteuse Geeta Dutt) une liaison qui est entrée dans la légende. Mais cette relation se termine dans la douleur, pour des raisons personnelles autant que professionnelle. Ce sont ces films, dans lesquelles l’admiration du réalisateur pour son actrice se fait sentir à chaque plan, qui lui ont offert ses rôles les plus intéressants.

j'avoue, j'ai cette photo au-dessus de mon bureau
Dans Chaudhvin ka chand, Guru Dutt, qui joue son époux, lui chante ces paroles devenues célèbres : « Chaudhvin ka chaand ho, ya aaftaab ho, jo bhi ho tum Khuda ki qasam, laajawaab ho » (« que tu sois la pleine lune ou le soleil, quoi que tu sois, je le jure, tu es incomparable »). Dans Sahib Bibi Aur Ghulam elle vole presque la vedette à Meena Kumari dans un second rôle de jeune femme enjouée mais au fort caractère.

Autre beau rôle : la danseuse Rosie dans le passionnant Guide de Vijay Anand (1965). Personnage  ambigu de danseuse qui cherche à faire carrière au dépends de sa vie de couple, et victime du discours toujours subrepticement moralisateur du réalisateur, mais très belle interprétation, et de magnifiques danses. Elle y est une jeune femme qui quitte son mari tyrannique avec l’aide d’un guide touristique qui va lui permettre de se consacrer à son art.



On la voit également chez Sayajit Ray en 1962, dans Abhijan, dans un petit rôle.

A 34 ans, elle se marie avec l’acteur Kamaljeet, avec qui elle aura deux fils, tous les deux écrivains, Sohail Rekhi et Kashvi Rekhi. En 1973, elle accepte de jouer la Mère de Jaya Bhaduri (qui a à peine 11 ans de moins qu'elle) dans Phagun. Non seulement le film est un échec, mais à 46 ans, elle ne se voit plus proposer que des rôles de mères. Sa carrière se poursuit néanmoins jusqu'en 1994, puis, après une pause de 8 ans, reprend doucement en 2002. On la voit notamment dans un beau petit rôle dans Rang de Basanti.

3.5.20

Zeenat Aman (1951 - )

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Zeenat Aman est une actrice majeure du cinéma indien des années 1970 -1980.

Sex-symbol de l’époque, on parle parfois d’elle comme de la Brigitte Bardot indienne. Ce n’est pas la même époque, mais elles ont toutes les deux représenté dans leur pays une certaine évolution des mœurs, et une nouvelle image de la femme au cinéma. 

Sa vie préfigure celle de beaucoup d’actrices d’aujourd’hui : elle est née en Allemagne en 1951, dans une famille d’expatriés mi musulmane mi-hindoue, et y passe toute sa jeunesse. Elle retourne en Inde à 18 ans, et étudie à Bombay, avant de partir finir ses études à Los Angeles. Une jeunesse internationale donc.

Autre fait pas très fréquent à l’époque mais qui s’est depuis généralisé : elle se fait connaître en gagnant des concours de beauté, elle est Miss India puis Miss Asia-Pacific .

Elle travaille alors comme mannequin et comme journaliste pour Femina India.

Premier film marquant : Hare Rama Hare Krishna en 1972 ; et premier rôle non-conventionnel : une hippie toxicomane, dans un des rares films indiens à parler de drogue.



Zeenat ne connaît pas les danses indiennes, et ne se risque pas dans des chorégraphies classiques. Vous la verrez rarement en sari, elle préfère les jupes courtes ou les pantalons pattes d’éléphant. Si vous cherchez quelqu’un pour jouer l’épouse Bollywood classique, chaste et dévouée, passez votre chemin.



Sautons quelques années pour parler d’un film majeur de sa carrière : Satyam Shivam Sundaram (photo ci-dessous, chanson ci-dessus). Un titre emprunté à la religion hindoue (la Vérité, Dieu et la Beauté), qui est omniprésente dans le film ; un réalisateur réputé et respecté comme auteur de certains des plus grands classiques des années 50, Raj Kapoor ; et à l’arrivée un très gros scandale. Satyam Shivam sundaram est une fable, d’une grande beauté visuelle (si on s’habitue à l’usage des filtres colorés), sur la beauté intérieure. Le personnage joué par Shashi Kapoor épouse Rupa, une femme au corps de rêve, sans voir que la moitié de son visage est gravement brulée. Lorsqu’il s’en aperçoit, il pense que ce n’est pas la même femme, la chasse et va retrouver celle qui pense être la vraie Rupa (et qui cache constamment une partie de son visage), mais qui est en fait son épouse. Mais le message sur la beauté cachée est un peu affaibli par la mise en valeur systématique du physique de l’actrice. Pour l’époque, celle-ci est vraiment très peu vêtue. Mais surtout, ses habits si peu couvrants ne sont pas des mini-jupes ou des robes décolletées occidentales, mais des saris, symboles de la culture indienne. Et l’un des passages chantés les plus décriés pour son érotisme latent est une prière, située dans un temple… Enfin, pour ne rien arranger, Zeenat embrasse son partenaire à l’écran. Baiser fort chaste vu d’ici, mais très mal vu à l’époque. 

Le film ne marche pas aussi bien que prévu, et la même année, la production internationale Shalimar (où l’on voit notamment Rex Harrison) est également un flop. Elle accepte cependant de jouer gratuitement dans un film, pour aider le producteur, qui souffrait alors de graves problèmes de santé.
Ce film s’appelle Don, et fut un immense succès (photo plus bas). Une trame très classique : un chanteur de rue est employé par la police pour remplacer un gangster décédé, Don, dont il est le sosie, pour démanteler son gang, mais un rôle marquant de vigilante pour Zeenat . Son personnage, Roma, ignore le plan de la police et séduit le héros qu’elle prend pour Don afin de pouvoir le tuer et venger la mort de son frère. Amitabh Bachchan laisse peu de place aux autres acteurs, et pourtant son rôle marque les esprits.



Un mot également sur Qurbani, jolie histoire d’amitié du début des années 1980 où elle est l’objet de la rivalité des deux héros, et sur Dharam Veer, film « d’époque » (mais on ne sait pas trop laquelle), où sa relation avec le personnage de Dharmendra a des accents SM surprenants.

Vers la même époque, elle épouse l’acteur Sanjay Khan. Mais rapidement, elle est victime de violences de sa part et divorce. Elle se mariera par la suite avec un autre acteur, Mazhar Khan, avec qui elle aura deux enfants et qui mourut en 1998. Elle confesse avoir été malheureuse pendant les 12 ans que dura ce mariage.
Sa carrière se poursuit jusqu’à la fin des années 1980. Elle réapparaît dans de petits rôles dans les années 2000. En 2018, elle porte plainte pour viol contre l'homme d'affaire Aman Khanna, avec qui elle aurait également été secrètement mariée (c'est en tout cas la défense de Khanna). De ce fait, les avocat de Khanna ont voulu présenter sa plainte comme non-recevable, le viol entre époux n'étant pas reconnu en Inde.


12.9.10

Madhuri Dixit

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Madhuri Dixit (माधुरी दीक्षित) est une des actrices les plus importante du cinéma hindi de la fin du 20ème siècle. Née a Bombay en 1967, elle fait des études pour devenir microbiologiste, tout en pratiquant le kathak, une danse classique du nord de l’Inde. Mais bien loin de cet art classique, ce sont ses danses sexy dans les films Tezaab (1988) et Khalnayak (avec le célèbre numéro « Choli ke peeche kya hai » « Qu’y a-t-il sous ma blouse » ?) qui l’ont fait connaître.


Après une période de moindre succès, elle triomphe dans Hum Aapke Hain Kaun, immense succès de 1994 très révélateur du cinéma de l’époque : ce film de près de quatre heures tourne autour du mariage du frère ainé du héros et de l’amour qui naît à cette occasion entre celui-ci et la sœur de la mariée, interprétée par Madhuri. Valeurs familiales et bons sentiments triomphent et il n'y a pas moins de 14 chansons !

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A des kilomètres de ce film, elle joue un certains nombre de rôles dramatiques, de femme victime du machisme ambiant dans Lajja, ou de victime vengeresse d’un homme qui a détruit sa famille dans Anjaam . A l’apogée de sa carrière, elle épouse un chirurgien vivant aux Etats-Unis. C’est plus ou moins un suicide professionnel, car les producteurs rechignent à faire jouer des actrices mariées, persuadés que le public masculin ne viendra pas s’il ne peut rêver d’épouser l’actrice (sans parler du fait qu’il est encore assez mal vu pour une femme mariée d’exercer ce métier).


Enceinte, elle tourne cependant encore en 2002 dans Devdas, de Sanjay Leela Bhansali, le film qui la fait connaître à l’étranger. Son personnage, la courtisane Chandramukhi, y recueille Devdas, le héros, qui se meurt d’amour pour une autre femme. C’est le plus beau rôle du film, qui contient par ailleurs quelques superbes chorégraphies.


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dans Devdas


Puis Madhuri, que l’on surnommait la reine de Bollywood, disparaît. Elle part en Amérique et se consacre à ses deux fils. Bien qu’absente, elle est toujours très populaire : son élégance, son naturel posé se font regretter. Mais en 2007, stupeur : Madhuri revient ! A l’âge où la plupart des actrices indiennes sont malheureusement limitées aux rôles de mères des héros (joués par des acteurs qui ont souvent leur âge !), elle tient le premier rôle dans Aaja Nachle , dans lequel son personnage se démène pour sauver le théâtre de sa ville. Autre fait très rare, elle est la principale star de ce film dont les rôles masculins sont réduits : peu de producteurs osent ainsi parier sur la popularité d’une actrice. Malheureusement le film, pourtant honnête, ne marche pas bien. Et Madhuri est repartie, on espère temporairement, aux Etats-Unis.



Madhuri en action :

"Maar Dala", de Devdas :




Saanson ki maala pe film Koyla (notons au passage que la musique est "empruntée" au grand Nusrat Fateh Ali Khan)




"Main Kolahpur se aayi hoon" (Anjaam)





Madhuri, le retour : Aaja Nachle

14.5.10

Farah Khan, la reine du massala

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Farah Khan est la réalisatrice de massala, la seule femme à ce jour qui réalise ce type de films commerciaux et populaires.
Il n'y a pas beaucoup de réalisatrices indiennes, et les autres, qu'il s'agisse d'Aparna Sen pour le cinéma bengali, ou de Mira Nair et Deepa Mehta, font des films "d'auteur", c'est à dire qu'ils traitent de sujets de société, avec un certain sérieux, et comportent peu ou pas de passages chantés. Une façon de faire qui était encore, il y a peu, ultra minoritaire dans le cinéma hindi, et n'a jamais touché un public nombreux.

Lorsque Farah Khan a annoncé la sortie de son Om Shanti Om pour Diwaali 2007, un seul réalisateur a osé sortir un film la même semaine.
S. L. Bhansali, qui sentait que le match serait serré, a d'emblée tenté de présenter son Saawariya comme plus exigeant, plus ambitieux qu'Om Shanti Om. Tentative pour rallier une partie des spectateurs et des critiques, ou pour justifier d'avance une défaite annoncée ("Le public n'a pas compris") ? Sauf que le succès commercial, immense mais sans surprise, d'Om Shanti Om s'est doublé d'un succès critique, et que Farah Khan a prouvé, pour son deuxième film, qu'elle était la maîtresse incontestée du massala intelligent, et se paye en prime le luxe de parodier son rival dans un des meilleurs gags du film.

Deux films seulement en tant que réalisatrice, mais plus de quatre-vingt en tant que chorégraphe. C'est cette profession qui a fait connaître Farah. Issu d'une famille de scénaristes et d'acteurs, elle choisit ce métier après avoir vu le clip de Thriller. De 1992 à nos jours, elle modernise considérablement la danse Bollywood, et se fait connaître pour ses chorégraphies assez sportives. Elle est de tous les gros succès, à l'exception de ceux dont le sujet exige des chorégraphies classiques, pas vraiment sa spécialité. Les imitateurs se multiplient, et son style, omniprésent, a fini par perdre de son originalité, d'autant qu'elle même n'a pas toujours su se renouveler, et peine à atteindre de nouveau les sommets de Mehndi Laga ke rakhna, ou de Chaiyya Chaiyya.

Mais heureusement, Farah, qui a peut-être senti que son inspiration dans ce domaine commençait à s'essouffler, décide de mettre à profit les amitiés qui se sont tissées pendant ses douze ans de carrière, notamment avec Shahrukh Khan, et se lance, en 2004, dans la réalisation de Main hoon na, irrésistible parodie de film d'action et de teen movie à l'américaine, agrémenté d'une intrigue familiale 100 % indienne. Immense succès pour ce film plein d'humour.


Rebelote donc en 2007, toujours avec Shahrukh. Pour reprendre les mots de Farah à propos de l'acteur : "pourquoi manger des hamburgers quand on a du beefsteak chez soi ?" Shahrukh est de tout les projets et c'est sa société qui produit les films de Farah. Sa présence fait venir les masses, et Farah, en échange, lui offre quelques-unes de ses scènes les plus drôles.
Om Shanti Om, c'est une histoire de réincarnation en forme d'hommage extrêmement documenté aux massalas des années 1970 (pas un costume qui ne soit inspiré d'un film de cette époque), et une véritable déclaration d'amour au cinéma populaire indien, incarné par Shanti, la star que vénère Om le figurant. L'humour est au rendez-vous, mais derrière les gags se cache une mélancolie surprenante, et une jolie réflexion sur l'amour des fans pour leurs idoles.