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6.6.20

OK Jaanu (2017)

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Je suis tombée dans le piège. J'ai tapé "Mani Ratnam" sur Prime Video, et ce titre est sorti en premier. Il y avait Aditya Roy Kapur et Naseeruddin Shah, ça me suffisait largement. En réalité, Mani Ratnam n'est que le scénariste de ce remake d'un film qu'il avait tourné en tamoul (ça aussi je l'ignorais). Et même si Naseer sahab est au top,

C'est 100% déception

Tara (Shraddha Kapoor) et Adi (Aditya Roy Kapur) se plaisent bien, mais font passer leur carrière en premier. Adi doit partir à L.A., et Tara à Paris. Au début, leur relation tient surtout de l'amourette. Ils décident de vivre ensemble, hors mariage, et sans projet matrimonial, ce qui choque un temps leur entourage, avant que Tara ne soit acceptée, y compris par le très strict juge (Naseeruddin Shah) chez qui ils vivent.

Et voilà la première partie. Un peu léger non ? J'apprends juste au passage que le sexe hors mariage est désormais assez toléré pour qu'on en fasse un film, mais encore assez problématique, justement, pour être le sujet du film. On découvre aussi que téléphoner à haute voix pendant une messe ne pose de problème à personne (et que Tara et Adi sont vraiment mal élevés — je ne suis pas souvent choquée, mais là je l'ai été)

Deuxième partie convenue : l'amourette se transforme en amour, dilemme entre carrière et cœur, sans surprise. Au mariage raté des parents de Tara s'oppose le couple formé par le juge et sa femme, atteinte d'Alzheimer, qui semblent toujours aussi amoureux qu'au premier jour. La maladie de Charu est un des rares ressorts dramatiques du film auxquels on s'intéresse.


Il n'y a de suspense que lorsque Tara fait des blagues douteuses à Adi (elle lui dit, en tout, qu'elle veut l'épouser, qu'elle est enceinte et qu'elle le quitte, pour plaisanter. Adi marche à chaque fois. Le spectateur nettement moins).

Ajoutons qu'Adi travaille dans une entreprise de jeux vidéos, où il présente sa "super idée de scénario" : un grand méchant enlève une jeune femme, le héros doit le battre pour la récupérer. Jamais vu de scénario plus banal, mais tout le monde autour de lui est ultra enthousiaste. On a donc le droit à des séquences animées pas particulièrement réussies façon GTA.

Je découvre Shraddha Kapoor dans ce film. Elle ne joue ni mieux ni moins bien que des dizaines d'actrices, mais me semble avoir le charisme d'une huître. Elle est comme ce film, totalement fade.

La musique d'A.R Rahman ressemble à ce qu'il fait depuis quelques années : sans intérêt, et sans inspiration (il reprend même une chanson de Bombay). Petit détail amusant, c'est un des rares films indiens où j'ai entendu des passages de musique classique européenne dans la bande originale. Une façon de dire la tension entre tradition et occidentalisation ? Vu le niveau du film, je pense que je surinterprète.


22.5.20

Yeh Jawaani Hai Deewani (2013)

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Quand deux jeunes hommes et deux jeunes femmes partent en randonnée en montagne et se retrouvent neuf ans plus tard, on imagine, le cerveau empli de très nombreux films indiens, que deux couples se formeront parmi eux.

Yeh Jawaani Hai Deewani vaut le coup ne serait-ce que parce qu'il détourne ce schéma attendu. Je vais devoir spoiler assez largement la deuxième partie pour en parler, si vous ne l'avez pas vu, il vaut peut-être mieux ne pas lire.

Cette "folle jeunesse" (c'est le titre du film) est celle de Kabir (Ranbir Kapoor), Avi (Aditya Roy Kapur) et Aditi (Kalki Koechlin), trois amis qui partent en voyage à Manali, dans l’Himalaya. Ils sont rejoints à la dernière minutes par Naina (Deepika Padukone), beaucoup plus sage, mais lassée de sa vie monotone et studieuse d'étudiante en médecine. Juste après leurs vacances, Kabir part étudier le journalisme à l'étranger, malgré l'émergence de sentiments entre Naina et lui.
Quand il revient neuf ans plus tard, pour le mariage de l'une d'entre eux, beaucoup de choses ont changé.



Aditi nous est montrée comme amoureuse d'Avi. On s'imagine donc que neuf ans plus tard, c'est lui l'heureux élu. Et bien non ! Avi est plus que maussade au mariage, on s'imagine qu'il est jaloux du futur mari. Et bien non ! Et déjà, qui aurait imaginé qu'Aditi serait la première à se marier ?

En effet, Aditi, jouée par l'actrice blanche (mais indienne) Kalki Koechlin, semble cumuler tous les clichés associées aux occidentales. Elle est un peu hippie, pas très respectueuse de ses aînées, court vêtue, la seule à partir en rando avec un maquillage visible. Et il est fait allusion plusieurs fois à sa possible bisexualité. Bref, pas vraiment la fille indienne traditionnelle. La mère de Naina dit d'elle "A force de profiter de la vie, elle va finir enceinte et malheureuse". Évidemment, elle fume et boit. Petit accroc au cliché quand même, ce n'est pas elle, mais une Indienne, Lara, la tombeuse d'homme du groupe : Aditi en effet est secrètement amoureuse d'Avi. Et à la surprise générale de la spectatrice (moi), elle est la première à se marier, un mariage arrangé qui plus est,  un mois après avoir rencontré son prétendant.

avant 
 
après

Naina, l'intello de service (elle a des lunettes), prend ses études très au sérieux et ne rejoint qu'à la dernière minute ses amis. Religieuse, réservée, elle n'est pas tellement à sa place parmi cette bande de grands adolescents. D'ailleurs, c'est la seule qui fait la cuisine, quand les autres mangent des sandwichs au jambon. Dans la logique "maman ou putain" dont le film ne s'affranchit pas totalement (malgré de notables efforts), elle est clairement le premier terme. Quand ils jouent à "qui n'a jamais", elle réalise qu'elle n'a jamais rien fait de transgressif. Et pourtant, elle ne manque ni de courage ni de détermination.
Son départ en randonné marque le début de sa libération, de ses parents étouffants, et de ses propres exigences. De façon amusante, on la voit rejoindre Kabir à bord du train en marche non à la fin du film, quand l'héroïne enfin libre rejoint d'habitude son bien-aimé, mais avant leur départ en vacances.

Attends-moi !

Naturellement, l'intello va tomber ses lunettes et apprendre à vivre plus libre, mais sans renoncer à ses priorités : la famille, la beauté d'une vie calme, la médecine. D'ailleurs, elle remet ses lunettes quand elle seule (ce qui est beaucoup plus réaliste que la transformation de l'héroïne de Kal Ho Na Ho (New-York Masala), elle aussi nommée Naina, qui lorsqu'elle se décoince un peu voit sa myopie disparaître soudainement). Quand elle se débride un peu, ce n'est pas avec de l'alcool, mais avec le plus traditionnel et acceptable bhang (cannabis comestible)*. Et, surprise, quand Kabir part, huit ans, elle ne l'attend pas et le dit.
 
 avant
 après, pour la première fois filmée comme une star de cinéma, avec brushing et décolleté, et allure à tomber.

Kabir est le contraire de Naina. Mais comme ils le disent tous les deux, aucun des deux n'a tort, ils sont juste très différents. Pas de jugement moral ici, c'est rafraichissant.

 Kabir est différent

Passionné de voyages, il ne tient pas en place, ne semble pas spécialement attaché à l'Inde (il ne pourra même pas revenir pour l'enterrement de son père - et c'est là que l'on voit qu'il est l'opposé de Naina : elle voit naître des enfants, lui n'est pas là à la mort de son père pour accomplir les rites funéraires). Mais à leurs retrouvailles leurs sentiments n'ont pas faibli, et il va devoir choisir entre sa vie de globe-trotter et Naina. Un simple "I love you" ne suffira pas. Il va aussi lui falloir se réconcilier post-mortem avec son père.

Une pause dans la description des personnages pour revenir sur la vision des blancs dans ce film. Outre Aditi, on croise des touristes allemands, dont tout ce que l'on sait est qu'ils organisent une fête, une blonde peu farouche à Paris (gros cliché, elle) et les journalistes occidentaux pour qui Kabir travaille au début comme stagiaire. Ceux-ci viennent filmer pour un reportage à sensation la misère des maisons-closes indiennes, à l'inverse de la tradition de la "courtisane", éduquée et admirée. Juste après, la voici d'ailleurs qui paraît, en la personne de Madhuri Dixit qui récite de la poésie et se lance dans une danse (en reprenant le nom du personnage qui l'a rendue célèbre dans Tezaab). Regard européen contre regard indien.


De manière amusante, quand Kabir devient vraiment photographe, c'est à son tour de photographier la contre-culture occidentale, entre petits deals et graffitis. Un donné pour un rendu.

Retour aux personnages, et à Avi, le plus énigmatique. On sait peu de choses de lui dans la première partie. Dans la deuxième partie, on le voit très alcoolisé et visiblement de mauvaise humeur au mariage d'Aditi, dont on suppose donc qu'il doit être aussi amoureux. Et l'on s'attend avoir les deux tourtereaux se réunir à la fin du film. Mais non. Avi est jaloux, et furieux, mais contre Kabir, qui les a abandonnés pour vivre son rêve, sans donner de nouvelles, alors que lui, Avi, voit ses projets professionnels échouer. Cette amitié profonde qui se développe dans la deuxième moitié est un des aspects les plus touchants du film.



Un mot sur mon avis quand même ! J'ai beaucoup aimé ce film plus complexe qu'il n'y paraît. Le scénario est plein de surprises. Les acteurs sont très bons (y compris Ranbir, que je n'aime pourtant pas beaucoup - et il sait danser !).



La belle photographie met bien en valeur les paysages de montagnes puis la ville d'Udaipur. La musique, sans être exceptionnelle, est entrainante. Et on a même deux guest stars : le regretté Farooq Sheikh, mort l'année du film, et grosse surprise, la star télugu Rana.




Et juste pour le plaisir, deux des plus beaux sourires de Bollywood :















*note de fondue de langues (lecture très facultative). La chanson de Holi où Naina s'éclate la désigne par le mot "balam", un des nombreux termes affectueux pour désigner la bien-aimée. C'est amusant car ce mot, autrefois courant dans les chansons d'amour, en avait presque disparu (cf Talking Songs: Javed Akhtar in Conversation With Nasreen Munni Kabir). Une façon de souligner le caractère plus traditionnel de Naina ? Ou peut-être est-ce que j'extrapole complétement.


19.4.20

Kalank (2019)

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Quelques mots sur Kalank d'Abhishek Varman, et surtout beaucoup d'images, car j'ai eu envie de me faire plaisir !
Husnabad (la "Cité de la beauté"), périphérie de Lahore, actuel Pakistan, à l'époque colonie anglaise des Indes (mais plus pour longtemps). Satya (Sonakshi Sinha), épouse de Dev, n'a plus qu'un an à vivre et cherche une nouvelle épouse pour son mari. Elle demande à Roop (Alia Bhatt), qui lui doit une faveur, de venir vivre un an chez eux pour rencontrer son mari. Roop accepte, à condition d'épouser immédiatement Dev (qui se retrouve donc bigame). Dev n'a aucun sentiment pour Roop et la prévient que le mariage restera platonique, ce qui convient très bien à Roop. En réalisant un reportage dans le quartier malfamé (et musulman) de la ville, elle rencontre le forgeron Zafar, qui la séduit bien vite (faut dire qu'il est toujours torse nu — mais quand même, elle n'a aucun goût, Aditya Roy Kapur qui joue son mari est beaucoup plus charmant que Varun Dhawan). Or Zafar a une dent contre le père de Dev, est sa cour assidue est en fait un plan diabolique pour détruite sa famille....

Dans l'ordre, Satya, Dev, Roop et Zafar (torse nu)

Une fois les personnages et l'intrigue posés, passons à la critique proprement parler. Ce qui saute aux yeux c'est que tout est magnifique,l'image, les costumes et décors, et tout est soigné dans les moindres détails (les broderies florales sur le sari de Roop...). Les dialogues évitent de trop mentionner la ville de Lahore, mais c'est bien une sorte de Lahore rêvée que nous voyons. Rien n'est  très réaliste (surtout les extérieurs) mais tout est un régal pour les yeux.

 Quelques décors, composites et fourre-tout, mais étonnamment plaisants à regarder

Un aperçu des costumes


La musique est correcte, et les chorégraphies plutôt belles (et Madhuri, jouant une ancienne courtisane devenue professeur de chant, est toujours aussi gracieuse à 53 ans). Par ailleurs, le couple de "vétérans" (Madhuri Dixit et Sanjay Dutt) ont tout deux beaucoup d’allure.

Bref, j'ai passé 2h45 à faire des captures d'écran.
Et ce n'est peut-être pas plus mal car les personnages manquent clairement de profondeur. Dur du coup de dire si les acteurs jouent bien, car il n'y a pas grand chose à jouer. On ne voit pas les personnages évoluer : un tel dit être tombé amoureux d'une telle, mais on ne nous l'a pas montré, et on ne le voit pas. Leurs changements de positions paraissent donc aussi assez arbitraires.

Il y a un dernier point assez délicat. Difficile dans un film qui parle des prémisses de la Partition, de ne pas regarder comment sont représenté les communautés hindoue et musulmane. Les musulmans d'abord. Il ne sont que trois à sortir de la foule : une courtisane (qui bénéficie d'un portrait plus nuancé que les autres), Abdul, l'ami de Zafar, violent et qui hait les hindous. Zafar, lui, est présenté comme un séducteur sans scrupules, utilisant son sex appeal pour arriver à ses fins. On est pas loin des théories du "love jihad" (idée selon laquelle des musulmans séduiraient de jeunes hindoues pour les convertir). C'est un bloc de haine et d'animalité (on le voit d'ailleurs combattre — torse nu — un taureau en images de synthèse pas très convaincant). Il attise la haine communautaire pour servir ses intérêts personnels. Les hindous sont des intellectuels (Dev a un journal dans lequel Roop écrit), qui passent leur temps à se sacrifier pour les autres. Seul le père de Dev (Sanjay Dutt) et le personnage de Madhuri sont un peu nuancés.

Arrivée triomphale du dieu Ram dans les rues de Lahore 


Surtout, on a l’impression de voir une Lahore fantasmée par des nationalistes hindoues. Les hindous sont les patrons, vivent dans des maisons gigantesques, tandis que les musulmans, prostituée ou artisans, vivent dans les bas quartiers. Il suffit de comparer les chansons qui mettent en scène les fêtes de Dussehra (hindoue) et de l'Aïd (musulmane), pour voir le problème. La séquence de Dussehra nous montre le dieux Ram incarné par un acteur, triomphant du démon Ravana, arrivant victorieux et suivi de son impressionnante armée de singes dans les rues de Lahore.



A l'inverse , la chorégraphie de l'Aïd, pour joyeuse qu'elle soit, évoque davantage un item number, avec danseuse séduisante et peu vêtue, qu'une fête religieuse. Je comprend que l'hindouisme, étant une religion d'images, soit plus facile à mettre en scène que l'islam. C'est néanmoins assez gênant. 



Les prises de position sur  la Partition semblent à peu près représentatives : la Ligue Musulmane y est favorable, les hindous, d'abord opposer, finissent par se rallier à cette idée. Évidemment, la violence est montrée comme unilatérale. Si à Lahore il est probable que la plupart des victimes de la Partition aient été hindoues, l'inverse est vrai dans de nombreux autres cas. Quelques mots à la fin sur la Partition qui "a brisé des vies" sont un peu justes pour rétablir un semblant d'équilibre.

Je doute que le film ait connu un grand succès au Pakistan.

Terminons sur les sages paroles de Madhuri :