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9.3.20

Jallikattu (2019)

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Le jallikattu, c'est cette tradition sportive du Sud de l'Inde qui consiste à prouver sa force et son courage en affrontant un buffle. En théorie, c'est une activité non-violente. Récemment pourtant des polémiques ont éclaté à ce sujet, le buffle étant, du fait de sa ressemblance avec la vache, un animal respecté par les hindous.


On retrouve cette tradition dans le film tamoul Virumaandi,où elle permet l'entrée en scène du héros immédiatement caractérisé par sa bravoure :


On en voit également un écho dans cette scène de Baahubali particulièrement impressionnante :


Dans ce film  malayalam de Lijo Jose Pellissery, le titre est assez ironique, car l'ambiance n'a rien de festive, et le buffle est destiné à la boucherie. Le cinéma du Kerala,  patrie d'Adoor Gopalakrishnan, confirme sa réputation d'intello de la classe avec ce court film (1h31) audacieux.


Nous voici donc dans un village chrétien du Kerala, où semble d'abord régner l'harmonie. Le film s'ouvre sur une séquence assez audacieuse : une succession d'yeux qui s'ouvrent un beau matin, montrant l'unité de la communauté (à moins que cette scène ne soit la fin d'un rêve, que constituerait tout le film... hypothèse intéressante qui me vient en écrivant, et qui collerait bien avec la fin assez cauchemardesque dans son excès).

Les "Chrétiens de Saint-Thomas" sont implantés au Kerala depuis des siècles (la légende dit depuis le 1er siècle de notre ère), mais ce village en particulier a été bâti sur une terre défrichée il y a à peine deux générations. La nature n'est pas loin. Il semble bien structuré autour de l'église (qui a, comme un temple hindou, un arbre de Santal dans sa cour), la boucherie de Kalan Varkey, et la maison du chef de village, qui s’apprête à marier sa fille. Mais voici que qu'un buffle s'enfuit...

Les dégâts sont considérables, entre les paysans qui perdent leurs cultures piétinées et le chef du village qui voit le repas de fiançailles menacé faute de viande de luxe. Et le village s'unit, allant jusqu'à rappeler un chef de gang jadis banni, pour rattraper la bête. Bientôt cependant la division s'installe : à qui appartiendra la viande ? Au boucher, ou à celui qui abattra le buffle ? Et la bestialité, soulignée par une bande originale de cris de guerre et de bruit d'animaux (pas de chansons ici), va crescendo tout au long de cette journée. 
Le film est rythmé par trois feux : le premier, accidentel, est déclenché par le buffle dans sa fuite. Le deuxième, d'origine humaine, est l'incendie d'une voiture de police dont l'occupant s'opposait à la chasse au buffle. Le troisième est celui des torches que portent les villageois, de nuit, dans la forêt, dans une sorte de chasse primitive.


Face à ces humains qui le sont de moins en moins (jusqu'à apparaître en véritables hommes des cavernes), le buffle. On voit d'abord un de ses congénères sous forme de pièces de viande. Le fugitif, lui, apparaît peu (faute de budget pour les effets spéciaux ?) On voit les traces de son passage, ou bien les scènes sont tournées en caméra subjective du point de vue de l'animal (un peu façon Les Dents de la mer, bien que l'ambiance n'ait rien à voir). Car ce buffle n'est pas le sujet véritable du film, mais le catalyseur des pulsions humaines qui vont perturber la paix de ce village.

Moins expérimental que ne le laissait craindre sa première scène, Jallikattu est un film qui emprunte à la tradition réaliste du cinéma malayalam, tout en ajoutant une touche fantasmagorique de plus en plus marquée. Il est disponible sur Prime Video, et chaudement recommandé. 



24.12.11

Four Women (Naalu Pennungal) - Adoor Gopalakrishnan, 2007

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Quatre femmes, héroïnes de quatre courts métrages dont les titres sonnent comme des étiquettes : « La Prostituée », «La Vierge », « L’Epouse », « La Vieille Fille ». Quatre statuts possibles d’une femme, qui la définissent par son rapport aux hommes, par son statut marital. Car ce qui intéresse ici Adoor Gopalakrishnan, c’est le mariage, et surtout ses dysfonctionnements. La prostituée de l’histoire ne l’est plus depuis qu’elle s’est mariée, mais la société lui refuse le statut d’épouse. L’épouse, quant à elle, n’a d’yeux que pour un autre homme, et n’arrive pas à être mère. La vierge est mariée, mais abandonnée par son époux sans que le mariage ne soit consommé.


Quatre courts-métrages aux styles assez différents. « L’Epouse» se déroule en deux journées, l’histoire de la « Vieille Fille » s’étend sur une dizaine d’années. Si le premier, « La Prostituée », est très théâtral, et aussi hélas très bavard, «La Vieille Fille », dont l’élément central pourrait avoir sa place dans un film plus grand public (le jeune homme choisi pour l’héroïne décide d’épouser plutôt sa sœur), beaucoup plus cinématographique, laisse plus volontiers parler le visage de Nandita Das. Il utilise également habilement les cours d’eau qui parcourent la campagne verdoyante du Kerala pour signifier l’évolution des relations entre les personnages, dont les trajets en canot rythment le film, tantôt en couple, tantôt en famille, tantôt seul, et l’isolement de Nandita dans la demeure de ses parents, qui ne semble reliée au reste du monde que par voie d’eau. A la dénonciation aride, intellectuelle, de la « Prostituée » succède le dégoût très physique provoqué par le mari glouton de la Vierge, qui s'empiffre du début à la fin de l'histoire.

Quatre histoires simples qui sont autant de dénonciations de l’hypocrisie de la société envers les femmes et de leur manque de liberté. Parfois poignante, la critique prend parfois des tours plus comique. Ainsi, les reproches que l'amant de la femme mariée (à un homme plus âgé, qu’elle n’a probablement pas choisi) lui adresse « Avant ton mariage, tu avais peur de tomber enceinte, tu me disais, « attends que je sois mariée », et maintenant que tu as un mari tu refuses encore ? ». Réponse de l’Epouse : « Justement, je suis une femme mariée maintenant, comment pourrais-je tromper mon mari ? ». Rires dans la salle. Et pourtant, le regard plein de regrets de l’héroïne tempère le comique scabreux de la réplique : jamais cette femme, prisonnière des contraintes sociales, n’aura pu satisfaire son désir. Mais si l’Epouse renonce à ses désirs, en revanche les autres femmes prennent leur vie en main, malgré les pressions sociales. Elles arrivent ou non à leurs fins, mais refusent de se laisser abattre par leur destin.