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27.3.20

Andaz - Mehboob Khan (1949)

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"Andaz", c'est le style, plus précisément le style de vie de son héroïne, l'innocente et fortunée Neena (Nargis, qui minaude trop dans la première partie mais se révèle quand le film prend une tournure tragique).

Neena vit à l'occidentale. Elle porte des pantalons, fait (mal) de l'équitation, sert la main des hommes, et accueille même son petit chien dans son lit. Elle est trop libre selon son père, mais ne pense jamais à mal. Un jour, Dilip (Dilip Kumar, charmant puis effrayant) la sauve d'un accident mortel. Pleine de reconnaissance, elle devient très proche de lui, sans lui dire clairement qu'elle est amoureuse d'un autre homme, son fiancé, Rajan (Raj Kapoor).
Évidemment tout ceci se termine mal, et la faute retombe sur Neena.
Un ancien professeur de Rajan, en jouant les parasites, apporte une touche qui se veut comique et qui a assez mal vieilli.


Les morales de l'histoire, dites explicitement, sont les suivantes : être chaste ne suffit pas, il faut se soucier du regard des autres, et un mode de vie occidentale n'apporte que du malheur.
Le film est sorti deux ans après l'indépendance de l'Inde. On comprend que la question de l'identité indienne y soit si forte : face à l'individualisme occidental, le communautarisme indien, où l'honneur d'une femme est celle de sa famille, où paraître dévergondée aux yeux de la communauté est presque un crime aussi grand que de ne pas arriver vierge au mariage (et c'est visiblement le pire des crimes).


C'est une mise en garde : vivre trop libre, sans prendre en compte les contraintes sociales, cause des désastres. Évidemment je n'adhère pas tout à fait à ce message, mais il est de son époque.
Les personnages sont tous très riche (il est dit que Dilip "n'a pas besoin de travailler"). A travers Neena, c'est sans doute le mode de vie des classes supérieures, et en particulier de la bourgeoisie industrielle, qui est mis en question.


Le film comprend de très nombreuses chansons, mais peu de danses (et c'est toujours une seule danseuse qui se produit). Les chansons, mises en scène presque systématiquement autour du piano de Neena, paraissent vite monotones.


 
La chorégraphie la plus dynamique


Formellement,  Andaz souffre de la comparaison avec les films de Raj Kapoor ou de Guru Dutt sortis à la même époque. La mise en scène est nettement moins recherchée. C'est pourtant un des rares films indiens des années 1940 à avoir bénéficié d'un DVD français. Pourquoi donc ? Peut-être que le choc des cultures est un créneau porteur dans le public français.

 Neena est bien embêtée


24.7.12

Jour 10 - Mon classique préféré

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Awaara.
Ce film est plus que classique, il est mythique.


Awaara ("Le Vagabond"), sorti en 1951 et réalisé par Raj Kapoor qui interprète également le rôle principal,  s'ouvre sur une scène de procès. Un jeune homme est accusé d'avoir voulu tuer le juge Raghunath. Peu à peu, au cour d'un long flashback, on comprend que l'accusé n'est autre que le fils du plaignant.

Très populaire en Inde mais aussi bien au-delà, Awaara réunit de nouveau le couple mythique (j'ai cherché un autre adjectif, mais c'est le seul qui convienne) de Shri  420, Nargis et Raj Kapoor. Face à eux, l'imposant Prithviraj Kapoor, père de Raj.

Une scène presque aussi mythique que Raj et Nargis sous leur parapluie dans Shri 420.

Ce très beau film est la parfaite combinaison d'influences cinématographiques occidentales (le film noir) et d'éléments culturels indiens : Le juge Raghunath a répudié sa femme après qu'elle eut été enlevée par un bandit, soupçonnant ce dernier d'être le père de l'enfant qu'elle porte. Ça vous rappelle quelque chose ? Mais oui, Awaara reprend l'histoire du Ramayana.

 Je le sens pas, ce bébé, moi...

La thématique du déterminisme, génétique et social, qui le traverse de bout en bout n'est pas étrangère au genre du film noir à l'américaine mais a une raisonnante particulière dans le pays des castes.


 Des cadrages très expressifs.

Raj Kapoor réussit très bien à exprimer par l'image les sentiments de ses personnages, par la mise en scène et les cadrages. Cette volonté de nous faire partager l'intériorité de Raj culmine dans un surprenant passage chanté de plus de sept minutes exprimant le dilemme du héros déchiré entre son activité criminelle et son amour pour Rita :

Le Paradis, auprès de Rita.


L'enfer du crime.


Ajoutons à cela que l'interprétation est grandiose, la musique également très belle, et la réalisation des passages chantés particulièrement soignée.



Des acteurs tout aussi expressifs.


Une seule scène me déplaît : Raj gifle Rita, et c'est elle qui s'excuse de l'avoir vexé ! Le passage est choquant, et rappelle soudain que ce film si moderne date de 1951. On peut légitimement trouver la scène déplaisante, mais il est difficile de le reprocher à Raj Kapoor qui ne faisait qu'exprimer la façon de penser de son temps.