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9.8.12

Jour 18 - Un film qui mériterait d'être vu par plus de monde

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Dor. Pas de grande star, quasiment pas de passages dansés, et comme personnages principaux, deux femmes. Sans surprise, Dor n'a pas été un grand succès commercial. Dommage, car ce remake hindi d'un film malayalam que je n'ai pas vu, Perumazhakkalam, est un très beau film. 


Un travailleur indien émigré en Arabie tue accidentellement un autre Indien. Sa seule chance d'échapper à la peine de mort est que la veuve de la victime lui accorde son pardon. Son épouse, Zeenat, une jeune femme indépendante et déterminée, part donc dans le Rajasthan pour retrouver la jeune veuve, prénommée Meera, et tenter de la convaincre. Mais malgré l'aide que lui apporte un petit escroc vaguement amoureux d'elle (joué par le sympathique Shreyas Talpade) la tâche s'annonce ardue, car Meera, condamnée à l'isolement depuis son veuvage et maltraitée par sa belle famille, subit de plein fouet les conséquences de la mort de son mari. Zeenat ruse donc, et  ne révèle pas à Meera la raison de sa présence.

Dor est un film très bien joué, passionnant tant par le suspense qu'il instaure que par la complexité des liens qui se nouent entre les personnages, et, bien qu'il soit souvent touchant (les pas de danses esquissés par Meera)  filmé sans pathos aucun malgré la gravité de son sujet.

25.11.07

Om Shanti Om (2007)

6 commentaires

Est-il vraiment necessaire de dire de quoi ça parle ? Disons que c'est l'histoire d'un figurant (Om Prakash Makhija -SRK) aspirant à la célébrité, et d'une star (Shanti- Deepika), dont Om est un fan absolu, que tout les deux se rencontrent dans les années 70, et sont assassinés par un méchant producteur (Mukesh Mehra - Arjun Rampal) . - entr'acte - Om renaît de nos jours dans la peau d'Om Kapoor, dit OK, superstar , fils à Papa arrogant et antipathique. Jusqu'au jour où il prend conscience de sa vie antérieure...


Un scénario de masala typique pour un film qui en reprend les clichés, en les exagérant le plus possible (le méchant habillé de cuir noir, la filmi Maa qui ne vit que pour son fils...), et qui en même temps ne cesse de faire référence au cinéma des années 70 et de nos jours. De ce point de vue c'est très réussi, on croit sans peine que Shantipriya a été une grande star qui a joué avec les plus grands acteurs des 70s (grâce aux effets spéciaux, mais aussi grâce à l'aura de Deepika qui a tout d'une star dès son premier film). La satire des année 70 est drôle et gentille, on sent l'affection de Farah Khan (la réalisatrice) pour le cinéma de cette époque.

Wah ! la chemise de Shreyas !


Elle est un peu plus méchante (mais toujours aussi drôle) quand elle s'en prend au cinéma d'aujourd'hui, qu'elle s'attaque aux réalisateurs de films d'art et d'essai qui considèrent que pour être "sérieux" un film doit être le plus déprimant possible (personnellement je vois dans l'hilarant "crippled love", et dans son héros sourd, aveugle, muet, manchot et en chaise roulante une petite pique contre Black - et contre son réalisateur qui sortait un film en même temps que OSO) , aux item numbers et à leurs danseuses (ou danseur dans le cas présent) dénudées, ou plus généralement au népotisme qui règne à Bollywood. Mais tout cela reste bon enfant, parce que Shahrukh et Farah sont les premiers à se moquer d'eux-mêmes (Phir Bhi Dil hai NRI, LOL), et que les très nombreuses stars qui apparaissent dans la séquence des Filmfare Awards font preuve d'un sens de l'humour surprenant, que ce soit Amitabh qui fait semblant d'ignorer jusqu'à l'existence d'Om Kapoor (toute allusion à sa prétendue guerre avec Shahrukh est bien sûr parfaitement volontaire), ou Shabana Azmi venue protester contre les Awards.

Le seul défaut du film est à mon avis un net relâchement au milieu de la seconde partie, à partir du moment où Om retrouve Mukesh -Mike -Mehra. Heureusement que le final, surprenant et très dramatique fait oublier les temps morts. Et puis Deewangi est un peu trop long. Je ne sais pas s'il était nécessaire de faire intervenir autant de guest stars - les seules à avoir été vraiment applaudies ont été Juhi Chawla, Vidya Balan, Kajol, Govinda, Dharmendra, Saif Ali Khan et Salman Khan (les spectateurs étaient assez réactifs).


Pour rappeler de bons souvenirs, mes passages préférés :

  • La reprise de "Om Shanti Om" de Karz. Une chanson super, un Shahrukh Khan déchainé, un cameo de Farah Khan, on est tout de suite dans l'ambiance.
  • Dhoom Taana
  • le passage où Om se met à danser dans la salle de ciné, et où son ami Pappu (Shreyas Talpade) commence à danser lui aussi par solidarité, pour qu'il ait l'air moins bête.
  • lors d'un tournage dans les années 70 le réalisateur explique qu'il a mis trois caméras, une pour faire un angle à la Satyajit Ray, une autre pour un angle à la Bimal Roy, et une dernière pour un angle à la Guru Dutt (trois réalisateurs de films d'"auteur") ; ce à quoi le producteur répond : "Faites un angle à la Manmohan Desai (réalisateur de films commerciaux), c'est ce qui marche". L'esthétique masala assumée et revendiquée !
  • Les mimiques de Om Prakash incapable d'exprimer son amour pour Shanti.
  • Main Agar Kahoon
  • La parodie de Rajinikanth ("Yenna Rascala, Mind it !") avec le tigre en peluche
  • "He's so short in real life !"
  • Tous les faux films, qu'un jour peut-être quelqu'un aura la bonne (?) idée de réaliser en vrai, et surtout :
- "Crippled Love" , pour le très parodique "Dard-e-disco" (là, la salle était carrément hystérique)
- "Dhoom 5" , pour la pique contre les rôles de plus en plus petits d'Abhi dans les numéros 1 et 2
- "Mohabbat Man" (traduit par "love-man"), juste pour le titre et son jeu de mot à deux balles
  • le rôle à la Karan Arjun de Kirron Kher
  • "Dastaan-e-Om Shanti Om", la dernière chanson

Idéalement, il faudrait voir Om Shanti Om trois fois :

-une fois pour admirer Shahrukh Khan (ou Deepika selon les goûts)
-une fois pour s'intéresser à l'histoire
-et une dernière fois pour saisir toutes les allusions au cinéma indien (à peu près trois par minutes)



Pour l'avoir vu deux fois, je peux confirmer que le film gagne à être revu !

ma note :

* * * * * pour la musique
* * * * pour le film

PS : suis-je la seule à voir dans le personnage d'Om Kapoor une image de Hrithik Roshan : un père célèbre, des films de super-héros, Dard-e-disco qui évoque un peu Dil Laga de Dhoom ? sans parler de l'arrivée en moto qui rappelle trop Kabhi Khushi Kabhie Gham (a.k.a. La Famille Indienne) ...


Par ailleurs Indiafm a mis en ligne les clips detoutes les chansons. L'image est très bonne, mais il faut être patient, les vidéos mettent du temps à charger.


9.9.07

Dor (2006)

1 commentaires
Voici sans doute un de mes derniers posts avant les prochaines vacances, car l'année universitaire s'annonce assez chargée.

Zeenat (Gul Kirat Panag), qui vit dans le Cachemire, est mariée à Amir. Loin de là, dans le Rajasthan, Meera (Ayesha Takia) a épousé Shankar. Les deux hommes, comme des millions d'Indiens, partent travailler en Arabie Saoudite. Jusqu'au jour où Amir tue accidentellement Shankar. Il est condamné à mort. Seul recours : que la veuve de sa victime signe une lettre demandant sa grâce. Zeenat, femme déterminée et indépendante, part alors à la recherche de Meera, qu'elle n'a jamais vue.

Meera téléphone à son mari ; ou comment faire d'un simple coup de fil une scène magnifique

L'accroche de Dor demande "How far would you go to save the one you love?", donnant l'impression que le sentiment amoureux et le lien (sens du mot "dor") entre mari et femme sont au coeur de l'intrigue. En réalité les maris ne sont jamais présents en tant que sujets, et l'accent n'est pas mis sur les sentiments qui ont pu exister au sein des couples.

Zeenat

On a l'impression qu'Amir est de plus en plus abstrait, que la quête de Zeenat se met à exister de façon presque autonome, parce que la femme libérée qu'elle veut être a besoin de se fixer un but, quel qu'il soit, et d'agir en conséquence. Quant à Shankar, il ne commence à exister qu'à partir du moment ou sa mort prive Meera de tout ce qu'elle avait. Il est significatif que le film ne présente aucun de ses flash-back si fréquents dans le cinéma hindi, ressorts mélodramatiques qui soulignent par le rappel des jours heureux le malheur des personnages. Plus remarquable encore est le fait que le film s'achève sur l'évocation des deux femmes, sans qu'Amir ne réapparaisse à l'écran. J'en vient presque à me demander si la première séquence présentant les deux couples était bien nécessaire. Non pas qu'elle soit mauvaise, visuellement c'est même splendide, mais il me semble que le film aurait encore gagné en force et en unité si elle n'avait pas été là. Si elle peut se justifier dans le cas de Meera, car elle introduit certains thèmes (notamment musicaux) qui ont leur importance dans le reste du film, la partie kashmiri - jusqu'au départ d'Amir - ne me semble pas servir à grand chose, si ce n'est à établir une symétrie.


Le seul homme qui est un rôle important (en dehors de ceux de la belle famille de Meera et de leur amis, strictement réduit à leur rôle d'opposants) est Behroopiya, le comédien-arnaqueur (Shreyas Talpade, vraiment très fort) qui apporte son aide à Zeenat. Ce personnage intéressant se situe d'emblée hors des rapports hommes-femmes classiques, puisque qu'il sait très bien que l'amour que lui inspire un personnage défini par sa fidélité à son mari est voué à l'échec. Pas de tragédie pourtant : lui même ne semble pas prendre très au sérieux des sentiments qui relèvent plus de la fascination et de l'admiration. La scène où il déclare sa flamme à une femme mariée aurait été dans beaucoup de films soulignée par de nombreux coup de tonnerre et des mouvements de caméra expressifs : rien de cela ici, mais une scène tendre et drôle, où la tristesse reste sous-jacente.Ce sympathique personnage, spécialiste des imitations de héros de films hindi (voir son interprétation très Bachchan-ienne du flic indien), qui aide Zeenat moitié pour soulager sa mauvaise conscience (il lui a volé son sac) moitié par désoeuvrement, est aussi un relai offert au regard du spectateur masculin : il prend peu à peu conscience, au contact de Zeenat, des épreuves que doivent affronter les femmes, - et notamment les veuves, réduites dans ce milieu très conservateur à n'être plus que des esclaves au service de leur belle-famille, contraintes de s'envelopper dans un vêtement bleu foncé, privé de tout loisir et sans droit à la parole - avant de repartir aussi soudainement qu'il est venu, laissant Zeenat accomplir seule sa mission.

L'une des caractéristiques des films hindi à laquelle j'ai le plus de mal à m'habituer est l'existence fréquente d'un motif comique totalement indépendant de l'intrique principale et qui l'interrompt à intervalle régulier. Ce procédé très caractéristique tend cependant à s'atténuer, et si le mélange des genres est toujours la règle, la fusion s'opère souvent de façon plus harmonieuse. Le fait que dans Dor le personnage comique intervienne dans l'intrigue, et ne soit pas un simple pantin source de gags invraisemblables mais un personnage aussi subtile et nuancé que les deux héroïnes contribue à l'unité du film, renforcé par l'omniprésence des sables du Rajasthan, qui, passée la première séquence dans un Cachemire verdoyant, donne l'impression d'une unité de lieu, même lorsque les personnages s'éloignent du petit temple isolé qui abrite les rencontres des deux femmes pour s'aventurer dans des palais peints autrefois somptueux ou dans les dunes du désert lors d'une ballade à dos de chameaux récalcitrants (sont-ce des chameaux ou des dromadaires ? Je n'ai pas pensé à compter les bosses).

Shreyas Talpade et l'animal susdit

Quelques colonnes de couleur ocre, un toit, une enceinte basse et un arbre, voici le cadre dans lequel se meuvent les silhouette si différentes de Zeenat et de Meera, le décors minimaliste et élégant qui met bien en valeur l'essentiel du film, les sentiments complexes qui naissent entre ces deux femmes, dont l'une, contrainte à la manipulation, se laisse peu à peu prendre au piège d'une amitié qu'elle croyait factice, tandis que l'autre découvre la liberté et revient peu à peu à la vie au contact d'une femme qui pourtant lui ment (magnifique scène où tout enveloppée de son lourd vêtement de veuve, elle esquisse furtivement quelques mouvements de danse sur un air qu'elle écoutait autrefois avec Shankar). Le film ne porte aucun jugement sur les deux personnages. On souhaite bien entendu qu'Amir vive, mais le réalisateur souligne combien les conséquences de la mort de son mari sont lourdes à supporter pour Meera, et ne cache rien du manège ambigu de Zeenat, dont le personnage n'est pas toujours sympathique. La condamnation de l'hypocrisie que permettent des coutumes misogynes est en revanche sans appel.


Il n'y a que très peu de passages dansés dans ce film court (147 min.) mais la musique y est néanmoins très présente, contribuant pour une grande part à l'émotion ressentie. Associé au jeu sensible des acteurs, elle évite que l'austérité du sujet ne transforme Dor en film à thèse. Je regrette juste que la magnifique chanson Allah Hoo n'ai pas été intégrée au film.




Dor
envoyé par sarakatashy




Selon moi le meilleur film de l'année dernière. Il faut absolument que je vois les autres films du réalisateur, Nagesh Kukunoor


A venir : critique d'un livre, pour changer, King of Bollywood : Shah Rukh Khan and the seductive world of Indian cinema, d'Anupama Chopra.