14.11.20

Soorarai Pottru (2020)

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En raison de la pandémie actuelle, le film est sorti exclusivement sur Amazon Prime Video, la veille de Diwali, date généralement propice aux blockbusters.

Ça commence en fanfare, comme un film d'action hollywoodien, en un peu plus spectaculaire. Un avion interdit d’atterrissage risque d'être à court de carburant. Heureusement notre héros Maara (Suriya) est là : il enfourche sa moto et vole (c'est une image, quoique j'aurais bien aimé voir Suriya sur une moto volante) au secours de l'avion et de ses passagers. 

Flashback. Retour dans une petite ville du Tamil Nadu. Inversant la tradition, une jeune femme et sa famille viennent demander la main de Maara. L’héroïne, Bommi, est jouée par Aparna Balamurali. Au milieu d'actrices indiennes qui ont (presque) toutes des physiques similaires, son apparence fait du bien aux yeux.

Et son caractère fait du bien à mon petit cœur féministe : constatant qu'il veulent tous les deux monter une entreprise (elle de pâtisseries, lui d'aviation) et que cela occupe toute leur attention, elle refuse d'épouser Maara. Quand, une fois son business devenue rentable, elle se marie finalement avec lui, elle continue à braver les règles sociales en subvenant aux besoin du ménage. Car Maara n'a pas eu autant de succès.


Venu d'une petite ville, fils d'instituteur soucieux des autres et du bien commun (on nous dit qu' "il a dansé à tous les enterrements"), il a pourtant de grandes ambitions. Son plan, grossièrement, est de lancer une compagnie aérienne low cost, pour que tout un chacun puisse prendre l'avion. Il espérait le soutien de son idole, Paresh Goswami, un self-made man qui règne sur le monde de l'aviation civile en Inde. Mais Goswami, joué par Paresh Rawal, est une belle ordure qui non seulement ne l'aide pas mais lui met des bâtons dans les roues. Le genre de type qui ne supporte pas que les employés d'un hôtel utilisent les mêmes toilettes que les clients. Son pire cauchemar : devoir voyager avec des gens du peuple.


La vie de Maara et Bommi, ce couple peu commun, constitue l'arrière plan de l'intrigue principale : le héros du peuple parti de rien contre le méchant capitaliste (castéiste en plus). On voit Maara essuyer échec après échec et rebondir à chaque fois. Le film est inspiré d'une histoire vraie, je ne sais pas dans quelle mesure la scénariste-réalisatrice Sudha Kongara a pris des libertés avec la réalité (Maara ne cherche pas à faire du profit, mais simplement à aider le peuple. Je ne sais pas si son modèle est aussi altruiste). Ce qui est certain c'est que Sudha Kongara sait dramatiser un récit. Le bon côté, c'est qu'on est scotché devant son écran. Le mauvais, c'est un méchant assez caricatural, ainsi qu'une légère tendance au mélodrame (sur une séquence essentiellement, qui explique les motivations de Maara, et que je ne veux pas spoiler). 


La photographie est splendide, et le scénario arrive à faire se succéder les flash-back sur différentes étapes de la vie de Maara sans perdre le spectateur dans ces voyages dans le temps. Suriya est toujours aussi charismatique, et l'histoire d'amour, entremêlée à l'intrigue principale, fonctionne.


J'aime vraiment le personnage de Bommi, une femme à l'exact opposé des héroïnes timides et très puériles qu'on nous présente si souvent. Aparna Balamurali a certes 20 ans (!) de moins que Suriya, mais son personnage agit de façon mature que ce soit dans sa vie professionnelle ou dans sa vie privée.

Bref, bien qu'on se réjouisse de pouvoir le voir en France (en tamoul (la VO), en telugu, kannada et malayalam, on ne peut que regretter que ce film, qui a vraiment le potentiel pour être un gros succès, n'ait pas pu sortir dans les cinéma du monde entier. Je parie par ailleurs qu'il y aura un remake hindi sous peu !

17.10.20

Smita Patil (17 octobre 1955 - 13 décembre 1986)

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Smita Patil, qui aurait eu aujourd'hui 65 ans, est la fille d’un homme politique et d’une mère qui travaillait dans le social. Elle apprend à jouer dans des pièces de théâtre expérimental. Militante féministe, refusant de servir de faire-valoir à des stars masculines, elle a joué quelques-uns des rôles féminins les plus intéressants de l’époque. Elle interprète souvent des femmes du peuple au franc-parler cinglant et au sex-appeal naturel. C'est une figure essentielle de la "nouvelle vague" du cinéma Indien Sa vie privée fait la une de la presse people lorsque l’acteur Raj Babbar divorce pour l’épouser !


Un véritable scandale à l’époque. Elle meurt à trente et un an seulement, des suites d’un accouchement. Son fils, Prateik Babbar, est lui aussi acteur. (sur cette photo elle ressemble très fort à feu ma marraine, à chaque fois que je tombe dessus j'ai un petit pincement au cœur).

 

Ce qui est assez drôle, c'est qu'en France, où la culture sérieuse ne s'intéresse que sporadiquement au cinéma indien, son charisme n'est pas passé inaperçu : le critique Charles Tesson, qui l'interviewa, est ainsi clairement séduit (Cahiers du cinéma n° 320, février 1981). 

Son succès atteint le milieu cinéphile des Etats-Unis, où le critique Eliott Stein écrit « A vingt-cinq ans Smita est clairement la reine du cinéma parallèle indien, elle est une icône pour les cinéastes de ce milieu, au même titre qu'Anna Karina pour les jeunes réalisateurs français au début de leur nouvelle vague. Patil n'est pas une beauté classique mais elle resplendit. Elle ne joue jamais faux. »*

Son plus beau rôle à mes yeux : celui d’une actrice qui ne trouve pas sa place dans la société indienne dans Bhumika, de Shyam Benegal. Et ça tombe bien, Bhumika est sur Youtube avec des sous-titres anglais. On y trouve également le très bon Nishant.

 

* cité par Monojit Lahiri dans un article intitulé «A blazing talent remembered » publié par The Hindu, citation originale : « At 25 Smita is clearly the queen of Indian parallel cinema, as much an icon for film-makers of the milieu as was Anna Karina for young directors in France at the outset of their new wave. Patil is not a classic beauty but the lady glows. She never makes a false move on screen. » Traduit par mes soins