29.12.11

Yahudi (1958 - Bimal Roy)

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L'intrigue de Yahudi est inspirée de celle de l'opéra de Jacques Fromental Halévy La Juive, transposée de la Renaissance à


Par "il y a très longtemps", il faut comprendre à une époque où il y avait un empereur et des légionnaires. Difficile d'être plus précis, tant Bimal Roy et son scénariste se soucient peu d'exactitude historique.
Il est donc question d'un joailler juif, Ezra, dont le fils est condamné à mort pour une peccadille par le très cruel et très antisémite gouverneur Brutus. Pour se venger, le serviteur d'Ezra enlève la fille adorée de Brutus, qu'Ezra refuse de tuer et élève comme sa propre enfant, sous le nom d'Hanna, avant de devoir quitter la ville sur une chanson très dramatique interprétée par Mohammed Rafi et superbement mise en images,"Yeh duniya haaye hamari yeh duniya".


Quinze ans plus tard, Ezra, de retour à Rome, est de nouveau un prospère joailler, la ville, toujours gouvernée par Brutus, s'apprête à célébrer avec faste le mariage du prince Marcus (qui a les traits de Dilip Kumar) et de la princesse Octavia, et Hanna est devenue Meena Kumari.
Un jour Hanna secourt un Romain tombé de son char. Le prince, car c'était lui, n'a alors plus qu'un désir : revoir cette jeune femme dont il ignore le nom. Il se fait alors passer pour juif, retrouve la trace d'Hanna, et se fait engager comme apprenti par Ezra. Quelques jolis dialogues romantiques plus tard, voici nos deux tourtereaux prêts à se marier.


Mais Hanna ne va-t-elle pas finir par découvrir la véritable identité de Marcus ? Parviendront-ils à surmonter l'hostilité de leurs deux communautés ? L'ignoble Brutus, que l'on a un peu perdu de vue, ne tentera-t-il pas de faire son boulot de méchant et de briser leur bonheur ?

* * * * *

Il se trouve que j'ai passé une bonne partie de ma vie d'étudiante à étudier l'Antiquité gréco-romaine. Un péplum indien qui se passe à Rome, c'est une curiosité qui ne peut que m'intéresser. Comment donc un cinéaste indien - et pas n'importe lequel, Bimal Roy, connu pour son goût du naturalisme - allait-il s'approprier tout ce folklore du péplum ? Cependant, cet intérêt curieux est vite passé au second plan, tant les aventures d'Ezra, d'Hanna, de Marcus et d'Octavia se sont vite révélées plaisantes à suivre.

Yahudi est l'adaptation d'une pièce écrite en ourdou par Aga Hashr Kashmiri, Yahudi ki Ladki ("la fille du juif"), pièce très influencée, comme on l'a vu, par l'opéra de Halévy. Une adaptation cinématographique de cette pièce avait été déjà été réalisée en 1933 : l'histoire n'était donc sans doute pas aussi étrangère au public indien qu'on aurait pu le croire. Mais Yahudi puise aussi à d'autres sources : l'accident qui mène à la condamnation à mort du fils d'Ezra rappelle très fortement Ben-Hur. Le film de William Wyler étant postérieur, Bimal Roy a du s'inspirer soit du roman, soit du film de 1925. Certaines répliques et situations évoquent également Le Marchant de Venise. Bref, un mélange de nombreuses influences, qui se fondent finalement dans une dénonciation universelle des communautarismes.

L'origine théâtrale du film se révèle dans la mise en scène, dans les dialogues très écrits, mais aussi dans le jeu des acteurs (et ce n'est pas ici un reproche). L'excellent Sohrab Modi, qui interprète Ezra, jouait dans des pièces de théâtre parsies avant de devenir acteur de cinéma. Quant à Dilip Kumar, il n'a jamais l'air aussi à l'aise que quand il déclame de grandes tirades tragiques. Meena Kumari, en revanche, a pendant la plus grande partie du film un rôle plus léger qu'à l'ordinaire, et ce style de jeu lui va bien. Sa rivale, la princesse Octavia, est interprétée par par Nigar Sultana, qui retrouvera un personnage assez proche deux ans plus tard dans Mughal-e-Azam.


Et Bimal Roy dans tout ça ? Il se perd un peu dans un sujet assez éloigné de sa sensibilité. La fin du film, très mélodramatique, est loin de la délicatesse et de l'émotion toujours contenue de, par exemple, Sujata. Disparu aussi (mais comment aurait-il pu en être autrement ?) son souci d'ancrer ses personnages dans un cadre réaliste. Et pourtant, sa patte est bien visible, dans le soin apporté à la composition de l'image, dans les jeux d'ombres et de lumières. Je regrette d'autant plus de n'avoir pas d'images de meilleure qualité pour illustrer cet article. Vous vous ferez une meilleure idées du style visuel du film en regardant les illustrations de cette critique.





24.12.11

Four Women (Naalu Pennungal) - Adoor Gopalakrishnan, 2007

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Quatre femmes, héroïnes de quatre courts métrages dont les titres sonnent comme des étiquettes : « La Prostituée », «La Vierge », « L’Epouse », « La Vieille Fille ». Quatre statuts possibles d’une femme, qui la définissent par son rapport aux hommes, par son statut marital. Car ce qui intéresse ici Adoor Gopalakrishnan, c’est le mariage, et surtout ses dysfonctionnements. La prostituée de l’histoire ne l’est plus depuis qu’elle s’est mariée, mais la société lui refuse le statut d’épouse. L’épouse, quant à elle, n’a d’yeux que pour un autre homme, et n’arrive pas à être mère. La vierge est mariée, mais abandonnée par son époux sans que le mariage ne soit consommé.


Quatre courts-métrages aux styles assez différents. « L’Epouse» se déroule en deux journées, l’histoire de la « Vieille Fille » s’étend sur une dizaine d’années. Si le premier, « La Prostituée », est très théâtral, et aussi hélas très bavard, «La Vieille Fille », dont l’élément central pourrait avoir sa place dans un film plus grand public (le jeune homme choisi pour l’héroïne décide d’épouser plutôt sa sœur), beaucoup plus cinématographique, laisse plus volontiers parler le visage de Nandita Das. Il utilise également habilement les cours d’eau qui parcourent la campagne verdoyante du Kerala pour signifier l’évolution des relations entre les personnages, dont les trajets en canot rythment le film, tantôt en couple, tantôt en famille, tantôt seul, et l’isolement de Nandita dans la demeure de ses parents, qui ne semble reliée au reste du monde que par voie d’eau. A la dénonciation aride, intellectuelle, de la « Prostituée » succède le dégoût très physique provoqué par le mari glouton de la Vierge, qui s'empiffre du début à la fin de l'histoire.

Quatre histoires simples qui sont autant de dénonciations de l’hypocrisie de la société envers les femmes et de leur manque de liberté. Parfois poignante, la critique prend parfois des tours plus comique. Ainsi, les reproches que l'amant de la femme mariée (à un homme plus âgé, qu’elle n’a probablement pas choisi) lui adresse « Avant ton mariage, tu avais peur de tomber enceinte, tu me disais, « attends que je sois mariée », et maintenant que tu as un mari tu refuses encore ? ». Réponse de l’Epouse : « Justement, je suis une femme mariée maintenant, comment pourrais-je tromper mon mari ? ». Rires dans la salle. Et pourtant, le regard plein de regrets de l’héroïne tempère le comique scabreux de la réplique : jamais cette femme, prisonnière des contraintes sociales, n’aura pu satisfaire son désir. Mais si l’Epouse renonce à ses désirs, en revanche les autres femmes prennent leur vie en main, malgré les pressions sociales. Elles arrivent ou non à leurs fins, mais refusent de se laisser abattre par leur destin.


18.12.11

Bilan de 2011

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Et oui, c'est déjà l'heure des bilans et tops en tout genre. Voici donc mon palmarès des films marquants de 2011 :
  • Prix du médecin champion d’art martiaux dont les yeux deviennent violet quand il est en colère : Surya Sivakumar (7aam Arivu), dont les yeux n’avaient pas besoin de ça pour être magiques.
  • Prix de l’Association pour la Promotion des Escargots : attribué à Anaganaga O Dheerudu pour la volonté du chef décorateur, visible tout au long du film, de présenter ce gastropode comme un animal lumineux, léger, utile et décoratif, bien loin son image hélas trop répandue de mollusque lent et baveux.

(Nous apprenons à l'instant que le Comité contre la Diffamation envers les Serpents conteste ce choix, dont la remise est donc pour l’instant suspendue).

  • Trophée Amrish Puri (attribué au méchant le plus improbable) : Sonu Sood en pharaon du 20è siècle bien décidé à conquérir l’Inde à cheval dans Shakthi.
Mention spéciale attribuée à son fils, montagne de muscles à qui on a greffé les yeux de son père (c’est une longue histoire) et qui passe tout le film à défoncer des piliers.
  • Prix du meilleur clip promotionnel à la gloire d’une superstar vieillissante : Buddha Hoga Tera Baap, qui réussit à être néanmoins très divertissant et gagne également le prix du…
  • Meilleur duo père-fils, attribué à Amitabh Bachchan et Sonu Sood, un choix de casting qui s'imposait vu la ressemblance frappante des deux acteurs.
  • Fangirl Award de la meilleure chanson avec Prabhas : Lite Teesko (film : Mr Perfect)


  • Meilleure chorégraphie de présentation du héros : Thaliya Thaliya, Shakthi. Le Rajasthan, des éléphants, ce qu'il faut d'effets spéciaux, Tarak qui danse, et un fantastique vol plané.


  • Prix impatient du film pas encore sorti que je rêve de voir : Agneepath.


  • Prix de l’acteur qui choisit toujours bien ses films, mais dont on aimerait qu’il en accepte davantage : Sanjay Suri.
Mention spéciale à tous les autres acteurs et actrices d’I Am.
  • Meilleure chanson : "Ishq Risk" , Mere Brother Ki Dulhan (musique de Sohail Sen, paroles Irshad Kamil, interprète : Rahat Fateh Ali Khan)
  • Meilleure chorégraphie : "Madhubala" (Mere Brother ki Dulhan) :


  • Séquence musicale qui donne envie d'aller visiter l'Inde : "Kun Fayakun" (Rockstar), tournée dans le dargah de Nizamuddin, à Delhi.


  • Meilleure musique : Delhi Belly, malgré des paroles pas franchement du meilleur goût - heureusement je ne comprends pas assez bien le hindi pour que cet aspect gâche mon écoute. Mais musicalement "DK Bose" ou "Switty Tera Pyaar" sont irrésistibles, et "I Hate You (like I love you)" étrangement addictive.
Il y avait de la compétition : Mere Brother ki Dulhan et Saat Khoon Maaf ne sont pas loin derrière.
  • Meilleure actrice : pas évident, je n'ai pas vu de rôle féminin passionnant cette année. J'attends d'avoir vu The Dirty Picture pour éventuellement attribuer ce prix.
Oui, c'est un peu facile de donner ces trois prix à un même film, mais je ne vois vraiment pas comment faire autrement.

11.11.11

7aam Arivu - 7ème Sens

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Quel plaisir de voir un film tamoul au cinéma , et qui plus est sous-titré dans un français presque impeccable* ! Pour ce premier film tamoul diffusé à Saint-Denis, Aanna Films a choisi le blockbuster de l'année, réalisé par A.R. Murugadoss (Ghajini) avec en vedette Suriya et Shruti Haasan. Très prometteur donc.


L'histoire ? Une scientifique tamoule cherche à contrer un projet chinois de guerre bactériologique en réanimant les pouvoirs d'un grand médecin du VIè siècle, également champion d'arts martiaux, grâce à la génétique. Avec l'aide d'Arvind, le descendant de ce héros, elle va devoir affronter un redoutable agent chinois, maître de l'hypnose. Ça sens le grand n'importe quoi ? Pas faux (très vrai, même) mais ne passez pas votre chemin pour autant.

Car 7aam Arivu est techniquement très réussi : les scènes de combats ont de l'allure (si l'on fait abstraction des bruitages toujours très monotones), le flashback médiéval (consacré à Bodhidarma, personnage bien connu des amateurs d'arts martiaux) est visuellement splendide (on sent que l'argent n'a pas manqué). Le suspense est également plutôt bien mené.
Shruti Hassan joue un personnage important, elle n'est pas que le love interest d'Arvind, c'est le cerveau du petit groupe qui cherche à faire face à la menace bactériologique. Alors que je m'attendait à un film exclusivement centré sur Suriya, elle est elle aussi beaucoup à l'écran. Dommage cependant que son personnage ne soit pas plus creusé, et donc plus intéressant. Quant à Suriya, il a fière allure en combattant bouddhiste. Lors du flashback, Bodhidharma protège un village d'abord d'une épidémie, puis d'une horde d'envahisseurs, et je ne peux m'empêcher d'y voir une synthèse des fonctions de deux des principales divinités protectrices des villages tamouls, Mariamma (contre les maladies) et Ayyanar (contre les ennemis). Bref, le protecteur par excellence, très bien incarné par Suriya. Il n'est pas mal non plus en acrobate, et ses mimiques font merveille dans la partie comédie romantique.

L'aspect le plus sympathique du film, c'est la façon dont il intègre, outre les ingrédients de base de tout masala - c'est à dire une histoire d'amour, de l'humour (assez douteux ici) et de l'action, une importante composante "film d'arts martiaux", pas mal de science-fiction (pas toujours bien maîtrisée**), et, d'une façon plus étonnante, de vrais morceaux de film de zombie. Et oui, les personnes hypnotisées par l'ignoble Dong Lee perdent tout libre arbitre et obéissent à ses ordres - en général, tuer des gens. D'où une fantastique scène dans laquelle Suriya et Shruti sont pris pour cible par des véhicules de toute sorte d'où émergent ensuite des individus zombifiés assez peu amicaux.

Donc pour la forme (si l'on feint d'oublier les désastreuses chorégraphies et chansons, d'ailleurs visiblement vues par une bonne partie du public comme des intermèdes permettant de passer aux toilettes), pas grand chose à redire. Ça ce gâte en revanche quand on s'intéresse au fond : d'abord le discours anti-chinois assez bas du front (en gros : les Tamouls leurs ont enseigné le kung-fu et la médecine, et en échange ces ingrats de Chinois leur font la guerre). Visiblement Murugadoss n'est pas près d'oublier la politique chinoise au Sri Lanka. Puis les théories historiques et génétiques plus que fumeuses de notre scientifique (vous ne le saviez pas, mais un savoir acquis peut se transmettre génétiquement !) mise au service d'un nationalisme asséné avec la légèreté de l'éléphant d'Arvind. Moi un nationalisme agressif justifié par des pseudo découvertes scientifiques, ça me file des boutons. Et puis sérieusement, la culture tamoule est riche et passionnante : il y a moyen de faire un film qui lui soit consacré sans tomber dans ces délires. Heureusement ce discours est concentré dans les dernières minutes du film.



Bref, un film original et bien fait, gâché malheureusement à la fin par son discours pas subtil du tout et assez déplaisant.

* Presque, parce qu'il y a quand même un (assez court) passage en chinois traduit en tamoul, mais pas en français !

** Quand les dialogues insistent sur le fait qu'il ne faut surtout pas que notre mutant soit exposé à la lumière avant la fin de sa transformation, et que l'exposition tant redoutée se produit, on attend quelque chose d'un peu spectaculaire, pas juste un léger vieillissement de sa peau sans conséquence sur ses pouvoirs.

12.10.11

Chitthi na koi sandesh

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Je manque vraiment d'assiduité en ce moment, et j'en suis désolée. Cela fait maintenant deux mois que je n'ai plus fait de compte-rendu de films. Les causes en sont multiples : manque de temps, rééquilibrage des films que je vois au profit du cinéma occidental (disons que le cinéma indien a cessé de représenter 99% de mes visionnages), panne d'inspiration...

Impossible cependant de ne pas revenir pour rendre hommage à un grand chanteur qui nous quitté en début de semaine : Jagjit Singh est décédé d'une hémorragie cérébrale lundi dernier. C'était un chanteur que j'appréciais beaucoup. Je m'étais réjouie, au printemps dernier, à l'idée de pouvoir l'écouter à Paris, avant de devoir finalement y renoncer. Je regrette naturellement terriblement de n'avoir pas saisi cette occasion.

Je ne reviendrai pas sur son parcours, ses débuts dans la deuxième moitié des années 1960, ses nombreux duos avec son épouse Chitra jusqu'en 1990, quand la mort de leur fils la conduisit à mettre fin à sa carrière, ni sur le style novateur de ses interprétations et de ses compositions, l'originalité de ses instrumentation mêlant des instruments indiens et occidentaux qui firent le succès ses concerts et de ses albums de ghazals. Que dire de plus que les nombreux articles qui lui ont été consacré ces deniers jours ? Je vous renvoie, si vous voulez en savoir plus, à la biographie que Inde à Paris écrivait à l'occasion de sa venue en France.

Je voudrais simplement partager quelques unes de ses interprétations que j'aime particulièrement :

J'ai déjà eu l'occasion d'en parler, j'aime énormément la musique qu'il a composée et interprétée en compagnie de son épouse pour la série Mirza Ghalib.

"Yeh na thi hamari qismat" - Si mes souvenirs sont bons, c'est Chitra qui chante dans la série : "ce n’était pas mon destin d'être réunie avec mon aimée, / Si j'avais vécu plus longtemps, j'aurais continué à attendre la même personne". En voici une reprise par Jagjit Singh :



"Sunte hain ke mil jaati hai har cheez dua se" - merci Juanito de m'avoir fait découvrir ce duo absolument divin :



"Hoshwalon ko khabar kya" accompagne parfaitement l'amour naissant d'Aamir et de Sonali Bendre dans Sarfarosh : "Que savent les gens sensés de ce que signifie perdre la tête ? / Aimez, et vous comprendrez, / Aimez, et vous comprendrez ce que signifie vivre."



Et enfin, à partir de 5'15'' sur cette vidéo, "Chitthi na koi sandesh", tiré du film Dushman : "pas de lettre ni de nouvelles, qui sait dans quel pays tu t'en es allé..."


20.8.11

Bande-annonce de Trishna (Michael Winterbottom)

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Je n'attendais pas Michael Winterbottom dans ce registre, mais il est vrai que c'est un réalisateur assez imprévisible. Il s'agirait d'une adaptation de Tess d'Urberville, avec dans les rôles principaux Freida Pinto et Riz Ahmed (Four Lions). Qu'en pensez-vous ?

14.8.11

R.I.P. Shammi Kapoor

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En souvenir d'une des personnalités les plus importantes du cinéma hindi, un acteur au style unique :









Et le film qui m'a fait découvrir Shammi, le fantastique Teesri Manzil :

O Haseena Zulfon wali,
juste génial :


Aaja Aaja main hoon pyar tera :


10.8.11

Quelques mots sur trois films récents : Buddha Hoga Tera Baap, Zindagi Na Milegi Dobara et I Am

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Buddha Hoga Tera Baap, de Puri Jagannath, avec Amitabh Bachchan, Hema Malini, Charmee, Sonu Sood.

Drôle de film qui pourrait servir de clip promotionnel à une nouvelle édition des classiques de Big B, tant l'histoire (un gangster revient à Mumbai pour intervenir dans la lutte opposant un policier à la mafia de la ville) n'est qu'un prétexte pour nous montrer un Amitabh Bachchan toujours jeune et pour multiplier les hommages souvent drôles à ses films les plus connus. Sachant cela, je dois être la seule personne au monde à avoir regardé Buddha Hoga Tera Baap pas tant pour Amitabh que pour Sonu Sood, à qui Puri Jagannath a donné un rôle qui lui va comme un gant, et que je rêvais de le voir jouer depuis des années. J'ai également bien aimé Charmee. En revanche le rôle de Raveena Tandon est complétement ridicule, et Hema Malini ne fait guère plus qu'une apparition. Un film dont je n'attendais pas grand chose et qui finalement se laisse très bien regarder (d'autant qu'il ne dure que deux heures) !


* * * * *

I Am, d'Onir, avec Rahul Bose, Juhi Chawla, Nandita Das, Purab Kohli, Manisha Koirala, Arjun Mathur, Sanjay Suri

Superbe distribution (dont trois des acteurs de My Brother Nikhil) pour ce film composé de quatre court-métrages abordant quatre sujets de société rarement (voire jamais) traités dans le cinéma indien, le tout en un peu plus d'une heure et demie seulement. Quand on voit que Manisha en est réduite à jouer la mère d'acteurs à peine plus jeunes qu'elle dans d'autres films, on apprécie vraiment qu'Onir ait donné les trois principaux rôles féminins à trois excellentes actrices de plus de quarante ans. Nandita Das joue Afia, l’héroïne du premier film, qui souhaite avoir recours à un don de sperme pour avoir un enfant seule. Megha (Juhi Chawla), une hindoue, retourne dans son Cachemire natal, qu'elle avait dû fuir, pour vendre la maison de ses parents, et y retrouve une amie musulmane. Abhimanyu (Sanjay Suri) est hanté par le souvenir de sévices sexuels subis pendant son enfance. Et enfin, Jai (Rahul Bose), un homosexuel, est racketté par le policier qui l'a surpris en compagnie d'un prostitué.


Onir (et les deux autres scénaristes) exploite bien le format des courts-métrages, et réussit à faire vivre et évoluer de façon convaincante ses personnages en seulement vingt minutes. Les quatre scénarios sont vraiment habiles et m'ont à chaque fois surprise. I Am évite aussi bien les lourdeurs didactiques que le pathos excessif qu'on aurait pu craindre sur ce genre de sujets graves. L’atmosphère est cependant très sombre, et je ne pense pas que je reverrais de sitôt I Am Abhimanyu, presque insoutenable bien que les abus dont Abhimanyu est victime ne soient qu'évoqués. Un dernier point : je ne comprends pas bien pourquoi Onir a choisi de consacrer un des courts-métrages au Cachemire. Bien qu'il soit réussi, I Am Megha semble presque hors-sujet au milieu des autres films.

* * * * *

Zindagi Na Milegi Dobara, de Zoya Akhtar, avec Farhan Akhtar, Abhay Deol, Katrina Kaif, Kalki Koechlin, Hrithik Roshan

Je ne le sentais pas du tout ce film : affiche épouvantablement peu inventive qui mise tout sur le physique des acteurs, bande annonce qui semblait sponsorisée par le ministère espagnol du tourisme, et Shankar Ehsaan Loy pas franchement inspirés.

J'aurais dû faire confiance à Zoya et à ses acteurs (surtout à Fahran ; il faut toujours faire confiance à Farhan). Je n'arrive plus à sortir de ce film. J'en écoute même la musique (qui, je maintiens, n'est pas très bonne) tous les jours pour m'en remémorer les meilleurs moments. Impossible de quitter Imran, Arjun et Kabir.


De quoi s'agit-il donc ? De trois amis qui partent en bachelor trip en Espagne à l'occasion du mariage de l'un d'entre eux, et ont convenu de participer tous les trois à trois sports extrêmes : Kabir, le futur marié, choisit la plongée, Arjun le trader stressé et obnubilé par son travail le saut en chute libre. Imran, le troisième larron, qui espère secrètement retrouver en Espagne son père biologique, choisit un sport plus original, que je vous laisse découvrir (si vous n'avez pas vu les promos). Une histoire, je vous l'accorde, pas franchement originale.

La grosse surprise, ce n'est pas que Hrithik s'améliore de film en film : tous ceux qui suivent un peu sa carrière s'en sont aperçu. Ce n'est pas non plus la confirmation que Farhan est aussi bon acteur qu'il est réalisateur (voir meilleur à mon avis). Ce n'est pas la solidité d'un scénario aussi bien construit que celui de Luck By Chance, ni le refus des happy ends clichés - cela semble devenir la marque de fabrique de Zoya, ni l'évolution passionnante de ces trois personnages bien plus intéressants que ce que la promotion du film laissait craindre. Non, ce qui m'a vraiment agréablement surprise, c'est que derrière le dépliant touristique, ses paysages de rêve, ses héros riches et beaux, à côté des passages comiques efficaces mais attendus, Zoya réussit un film véritablement émouvant. Que l'amitié de ses trois héros sonne incroyablement juste. Qu'elle se permet de belles scènes contemplatives, d'une grande sérénité, bercées par la poésie d'Imran (en fait de Javed Akhtar), et offre ainsi à son deuxième film les respirations qui manquaient au trop dense Luck By Chance. Et la musique, si peu convaincante au premier abord, se charge d'émotion dans le film. Bonne idée d'ailleurs d'avoir fait chanter les acteurs eux-mêmes pour Señorita :





L'évident talent de Zoya Akhtar rend d'autant plus regrettable, en revanche, qu'elle n'ait pas jugé nécessaire de développer un tant soit peu les personnages féminins. Natasha est une harpie, sans aucun trait qui la rende attachante. Laila n'est guère plus que le love interest d'Arjun. Ne parlons même pas de Nuria, l'amour d'une nuit d'Imran. Après Luck By Chance et les beaux personnages de Sona et de Neena, on pouvait s'attendre à mieux.

6.8.11

Anaganaga O Dheerudu en images

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Pas vraiment convaincue par la première production télougoue de Disney. Comme je m'ennuyais, j'ai fais quelques captures :

Le pays d'Anga est menacé par Irendri :


Cette sorcière, qui survit en puisant le sang d'une mystérieuse prisonnière, a besoin pour devenir immortelle d'une enfant aux pouvoirs divins, l'adorable Moksha...

...qui quitte justement le monastère où elle vivait pour aller soigner les enfants d'un village. Pour l'escorter, un guerrier aveugle, Yodha :

Avant d'être un guerrier aveugle, Yodha était un dragueur impénitent. Un jour, dans une foire :


Mais voilà, Priya lit l'avenir et s'est vu épouser un aveugle. Elle repousse donc les avances de Yodha, et comme elle est un peu sorcière, notre charmeur passe un sale quart d'heure : elle lui vole sa voix et l'enterre jusqu'au cou...

... avant de se raviser :
Je veux cette robe.

Les forains sont attaqués par des bandits, Yodha perd la vue et croit Priya morte. Retour au présent. Yodha est triste. Moksha propose de le guérir de sa cécité, mais il refuse :

On apprend vite que Priya est en fait vivante et prisonnière d'Irendri. Le reste est, en gros, est la lutte entre les méchants qui adorent les serpents
Une prison-serpents

Des cheveux-serpents

Un serpent en fumée

Les effets spéciaux sont inégaux.

ont des armures de barbares

et des chaussures à piques...

et les gentils,

qui préfèrent les papillons,

les hippocampes et les escargots.

Surtout les escargots en fait.

Allez, un petit test : nos héros sont-ils en territoire ami ou ennemi ?

Les chansons et clips sont jolis mais terriblement peu originaux, Siddharth ne fait même pas semblant de frapper ses adversaires dans les combats et ne fait aucun effort pour avoir l'air aveugle, et le film réussit à trainer en longueur alors qu'il ne fait que 2h15.



Et il y a vraiment trop de serpents.

Exactement ce que je pensais à la fin du film.

21.7.11

L'été indien 2011 : Programme

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C'est un rendez-vous attendu chaque année avec impatience. L’Été Indien du musée Guimet propose en septembre et octobre une sélection de films indiens rares ou inédits en France, issus des quatre coins du sous-continent. Cette huitième édition, consacrée au thème "villes et villages" s'ouvre le 7 septembre avec la projection de Mahanagar, et proposera des films en bengali, hindi, manipuri, marathi, malayalam, tamoul, ainsi que des productions de l'Assam, du Karnataka et de l'Orissa. Bref une programmation extrêmement variée et un cycle qui s'annonce passionnant.
Le programme ici.

14.7.11

Bandes-annonces de Ra.One et de Don 2

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Cela faisait bien longtemps que Shahrukh n'était pas apparu sur ce blog : rattrapage avec les bandes-annonces de ses deux prochaines sorties, Ra.One qui ressemble à un mélange de Matrix et de Iron Man, et Don 2, qui ressemble à ... Don.






Honnêtement, mon intérêt pour Ra.One est assez limité. En revanche Don 2 semble pouvoir être aussi divertissant que le premier, et en tout cas Shahrukh y a toujours autant d'allure. Arjun Rampal cependant n'est plus de la partie, et ça, c'est très dommage.

6.7.11

Delhi Belly

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A Delhi trois colocataires voient leur vie chamboulée quand la copine de l’un d’entre eux accepte de transmettre un paquet que lui remet un Russe un peu louche. Leur situation est compliquée par la turista (aussi appelée « Delhi Belly ») qu’a contracté l’un d’entre eux et qui est à l’origine d’un rebondissement essentiel de l’intrigue ainsi que d’un bon nombre de gags scato.

Parmi les pubs avant le film il y avait la bande-annonce de Cowboys et Envahisseurs, un western avec des morceaux de science-fiction dedans :



Jamais vu un truc pareil, dites-vous ? Eh bien c’est exactement ce que je me suis dit à la fin de Delhi Belly. Sauf que je ne suis pas certaine que Cowboys et Envahisseurs soit un bon film, alors que Delhi Belly est sans aucun doute un des meilleurs films que j'ai vus cette année. Je ne suis pas près d'oublier le braquage en burqa de nos trois héros, ni Vijay Raaz et son gang aux prises avec l'otage le plus crétin de l'histoire du cinéma. Sans même parler des happy bananas. Ou de Disco Fighter et de sa pilosité.

La première surprise est le format du film, 1h40, quasiment pas de passages chorégraphiés, et des dialogues à 70% en anglais. Puis le choc d'un langage et d'un humour particulièrement cru (mais efficace), que je n'avais jamais imaginé entendre et voir dans un film indien. La satisfaction de voir qu'Imran Khan, la seule star du film, laisse aux autres acteurs, pour la plupart inconnus, l'occasion de briller. Le plaisir enfin de découvrir un scénario franchement bien ficelé et qui évite les clichés.

On lit un peu partout des critiques qui qualifient le film d'Abhinay Rao de Very Bad Trip indien. Pas d'inquiétudes à avoir, Delhi Belly n'a rien d'un plagiat, mais il y a clairement des points communs, dans l’humour et dans les personnages (Nitin, le barbu au sens moral déficient, évoque fortement le personnage de Zach Galifianakis). Il est cependant impossible d'imaginer l'action de Delhi Belly ailleurs qu'en Inde (poulet tandoori avarié et leçons de kathak y jouent un rôle crucial), et c'est ce qui fait à mes yeux le charme du film par rapport à son inspiration américaine.

et la musique est juste géniale (mais la traduction est bizarre dans cette vidéo...)

Delhi Belly passe jusqu’au 12 juillet à Saint-Denis. Il est sous-titré en (bon) français. Courrez-y !

12.6.11

Kamal Hassan (partie 2 : après 1990)

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Autant le dire tout de suite, je préfère Kamal l'acteur dans ses films plus anciens. Certains de ses choix les plus récents n'ont pas été à la hauteur de son talent. Il a néanmoins continué de jouer dans un certain nombre de films intéressants après 1990. Surtout, il a commencé à en réaliser, et s'est révélé aussi doué comme réalisateur que comme acteur.

1992 - Guna, de Santhana Bharathi, avec Roshini


Guna, un jeune homme mentalement dérangé, vit chez sa mère, tenancière d'une maison close. Obsédé par la déesse Abirami, il enlève une jeune femme qui lui semble en être l'incarnation. La réalisation est parfois brillante, mais Kamal cabotine méchamment (hé oui, ça lui arrive parfois), et je déteste les histoires dans lesquelles la jeune femme enlevée finit par réaliser que son ravisseur est l'homme de sa vie.

Le plan-séquence qui ouvre le film (dommage que l'image ne soit pas meilleure) :



1996 - Indian, de Shankar, avec Manisha Koirala, Urmila Matondkar

Fable anti-corruption à grand spectacle qui ne m'a vraiment pas passionnée. Seuls de sympathiques chorégraphies et un très beau flashback, plein d'émotion et d'intensité dramatique, sauvent le film de l'ennui.


2000 - Hey Ram, de et avec Kamal Hassan, scénario de Kamal Hassan, avec une distribution de dingue Vasundhara Das, Girish Karnad, Shah Rukh Khan, Atul Kulkarni, Hema Malini, Rani Mukerji, Om Puri, Naseeruddin Shah - tamoul/hindi

Hey Ram est un film extrêmement ambitieux, qui suit le cheminement d'un homme dont la femme est violée et assassinée lors du Direct Action Day de Calcutta et qui est recruté par des extrémistes hindous pour assassiner le Mahatma Gandhi, rendu responsable de son malheur. Un sujet sensible traité de façon très expressionnistes et avec beaucoup d'audace, et un rôle superbe pour Kamal dont le personnage ne cesse d'évoluer mentalement et physiquement.

La très belle "Hey Ram Symphony" (illustrée par quelques unes des hallucinations de Ram) :



2001 - Aalavandhan, de Suresh Krishna, avec Raveena Tandon, Manisha Koirala

Certainement pas le meilleur film de Kamal, mais sans aucun doute l'un des plus divertissants. Aalavandhan réussit parfaitement le mélange masala - film d'action à l'américaine. Kamal y joue un policier qui doit protéger son épouse de son propre frère jumeau psychopathe (joué aussi par Kamal). Le film réussit à être vraiment effrayant par moment, les nombreuses scènes d'action sont impressionnantes et inventives, et Kamal excelle dans deux registres différents (assez réaliste dans le rôle du policier, très cartoonesque dans celui de son frère).



2003 - Anbe Sivam, de Sundar C., avec Madhavan, Kiran Rathod, Santhana Bharathi



Anbe Sivam est le parcours initiatique de Anbarasu (Maddy), jeune publicitaire arrogant et égoïste forcé de voyager avec Nallasivam (Kamal), un militant communiste défiguré à la suite d'un accident. Ce n'est pas subtil pour deux sous, mais Madhavan est mignon comme tout, le personnage de Kamal très attachant, les personnages féminins ne sont pas juste des potiches décoratives, et le film est plein d'humour (drôle même quand on doit se fier aux sous-titres pour comprendre). Bref ça vaut le coup d’œil.


Le capitalisme expliqué par Kamal :


2004 - Virumandi - de Kamal Hassan, avec Nasser, Pasupathy, Napoleon


Une jeune femme qui réalise un film contre la peine de mort se rend dans une prison pour interviewer deux condamnés, Kothala Thevar (Pasupathy) et Virumaandi (Kamal). Il se trouve que les condamnations des deux hommes sont liées aux mêmes évènements. Ils vont tour à tour raconter leur version des faits. Comme Hey Ram, Virumaandi est un film ambitieux et surprenant, dans lequel des scènes d'une grande tendresse côtoient la plus extrême violence.


2006 - Vettaiyaadu Vilaiyaadu, de Gautham Menon avec Jyothika, Kamalinee Mukherjee, Prakash Raj

Raghavan (Kamal) est un policier, veuf, envoyé aux Etats-Unis pour enquêter sur un meurtre. Il y sauve une jeune femme, jouée par Jyothika, qui cherchait à mettre fin à ses jours car son mari l'a abandonnée. Bientôt Raghavan s'aperçoit qu'il est sur la piste d'un tueur en série.
Pas beaucoup de souvenirs de ce film vu il y a déjà longtemps. J'avais été choquée par la complaisance avec laquelle les tueurs étaient dépeints (ils ont droit à une choré, ce qui m'avait paru d'assez mauvais goût). Mais le souvenir le plus marquant reste l’atmosphère mélancolique - que j'ai depuis retrouvée dans les autres films de Gautham Menon, qui entoure ces deux personnages blessés. Jyothika est comme souvent très bien.


2008 - Dasavatharam, réalisé par K.S. Ravikumar, scénario de Kamal Hassan, avec Asin

Un film à gros budget, avec Kamal dans dix rôles différents (une femme, un tueur à gage américain, le président des Etats-unis, un chanteur de bhangra...), c'est tentant, non ? Sauf que l'histoire est sans intérêt (mais propose un traitement révolutionnaire du cancer de la gorge...), la musique de Himesh Reshammiya très mauvaise, les effets spéciaux pas du tout à la hauteur du budget, et les maquillages absolument pas crédibles. C'est vraiment du gâchis, car Kamal était clairement capable de jouer dix rôles différents sans recourir à un maquillage aussi lourd qui enlève toute expressivité à son visage. Bref un film très prétentieux à oublier très vite.

Kamal Hassan (partie 1 : avant 1990)

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Retour sur la carrière d'un de mes acteurs préférés, Kamal Hassan. Kamal Hassan occupe une place particulière dans mon cœur, car c'est en grand partie grâce à lui que j'ai découvert le cinéma tamoul. Un jour, à l'époque (lointaine) où j'hésitais encore à regarder un film sans Shahrukh, j'ai acheté Hey Ram, en hindi. Le rôle de la star de Bollywood était bien plus court que ne le suggérait l'illustration de la jaquette, mais quelle importance ? J'avais découvert un acteur extraordinaire, qui m'a littéralement hypnotisée pendant toute la durée du film. Et quand je me suis rendu compte qu'il en était aussi le réalisateur, je me suis dit qu'il était temps que j'en sache plus sur ce Kamal Hassan.
Cette rétrospective récapitule tous les films que j'ai vus : quatorze seulement.

Si je devais sortir du lot certains films, ceux que je considère comme les meilleurs, et que je conseillerais à quelqu'un qui ne connaîtrait pas encore Kamal Hassan, je choisirais sans doute, dans le désordre, Nayakan, Hey Ram, Sadma, Sagara Sangamam. Si l'on me demandais mes films préférés, j'ajouterai Aalavandhan, qui est un excellent divertissement.

Lorsque j'ai déjà eu l'occasion de parler d'un film, un lien renvoie vers le post concerné.

* * * * *

1977 - Pathinaru Vayathinile, de Bharathi Rajaa, avec Sridevi et Rajinikanth

Un beau film rural, tout simple. La jeune Sridevi, de retour dans son village après ses études, attire tout les regards masculins, pas toujours bien intentionnés (dont ceux de Rajinikanth qui était alors abonné aux rôles négatifs), et ignore l'affection que lui porte l'idiot du village joué par Kamal, le seul à l'aimer vraiment. Très jolie chanson "Senthoora poove" (Ilayaraja).


1981 - Ek Duuje Ke Liye, de K. Balachander, avec Rati Agnihotri (Sapna) - hindi (remake du film telugu Maro Charithra, également avec Kamal Hassan)

Kamal joue Vasu, un jeune Tamoul qui rejoint sa famille installée dans le nord de l'Inde, et tombe amoureux de sa voisine Sapna. Problème, la voisine ne parle pas un mot de tamoul, et Vasu ne comprend pas le hindi. S'en suit une romance interlinguistique vite interrompue par les familles, ni l'une ni l'autre favorables à un mariage. Les parents décident de mettre leurs enfants à l'épreuve : ils leur demandent de se séparer un an, et leur promettent de consentir à un mariage s'ils le souhaitent encore après cette année.

J'ai beaucoup aimé la première partie, très romantique et originale, centrée sur les difficultés de communication entre les deux amoureux. J'ai bien aimé le personnage rebelle joué par Kamal. Le film prend ensuite un tour dramatique moins convaincant, il traine en longueur, et l'on doit supporter un personnage "comique" absolument pas drôle en la personne du jeune homme choisi pour Sapna par ses parents. Heureusement, le scénariste trouve un prétexte pour faire danser du bharatanatyam à Kamal (mais trop brièvement). La fin est à mes yeux complétement ratée et tombe comme un cheveu sur la soupe.

Mon passage préféré : "Mere jeevan saathi", une chanson filmée entièrement dans un ascenseur, et dans laquelle Vasu, qui ne parle pas encore bien hindi, s'exprime uniquement à l'aide de titres de films.



1983 - Sadma, de Balu Mahendra, avec Sridevi (version hindi de Moondram Pirai)

Somu, un jeune instituteur qui vit seul dans un village de montagne, recueille une jeune fille retombée en enfance à la suite d'un traumatisme. Si l'on est prêt à pardonner les énormes invraisemblances médicales, c'est un très beau film, tout en nuances, et servi par de splendides décors et une musique d'Ilayaraja divine.



1983 - Sagara Sangamam - de K. Viswanath, avec Jayaprada, Geetha, Sarath Babu, S.P. Sailaja - telugu (Salangoi Oli en version tamoule)

Balu, un danseur talentueux mais pauvre, reçoit le soutien d'une jeune femme riche, qui l'aide à se faire connaître. Mais la mort de sa mère empêche Balu de participer au spectacle qui aurait pu lancer sa carrière. Il ne parvient pas non plus à épouser Madhavi (Jayapradha), et s'éloigne d'elle. Des années plus tard, alors qu'il a sombré dans l'alcoolisme, elle lui demande d'enseigner la danse à sa pimbêche de fille.

Kamal est un acteur formidable, mais c'est aussi un des meilleurs danseurs du cinéma indien, et Sagara Sangamam lui laisse tout le loisir de prouver son talent dans ces deux domaines. Même pour quelqu'un qui comme moi n'a aucune connaissance particulière en danse classique indienne, les chorégraphies sont splendides à regarder et communiquent beaucoup d'émotion : essayez un peu de garder les yeux secs quand Kamal danse pour sa mère mourante, ou quand il tente d'oublier son chagrin d'amour en dansant comme un fou sur la plage...

Répétitions champêtres :



Les ravages de l'alcool :



1985 - Geraftaar, de Prayag Raj, avec Amitabh Bachchan, Poonam Dhillon, Madhavi - hindi

Le petit Karan est chassée par sa mère qui le juge responsable de la mort de son père. Il grandit et devient Amitabh. Son petit frère Kishan devient Kamal, et enchaîne les petits boulots. Un jour il se brouille avec la fille d'un puissant mafieux (Poonam Dhillon), qui pour se venger décide de le séduire et de l'abandonner. Mais sa famille la double et fait mettre Kishan en prison. Et devinez qui il y retrouve ?


Bref, une classique histoire de frères séparés puis réunis, mais ce n'est pas tous les jours qu'on a dans un même film Kamal et Amitabh (qui se partagent le film à parts égales). Sans compter qu'une troisième star, et pas des moindres, fait une courte apparition :


A part ça, pas grand chose à signaler. Le film est assez mollasson, et ni Kamal ni Amitabh ne semblent enthousiasmés par leur rôle. La musique n'est pas plus originale que le scénario :



1987 - Nayakan, de Mani Ratnam, avec Saranya, Janagaraj, Tinnu Anand


Au milieu de Sacred Games, Ganesh Gaitonde, le gangster inventé par Vikram Chandra, coincé avec son équipe sur son bateau, passe le temps en regardant les films. Voici ce que Vikram Chandra lui fait dire au sujet de Nayakan :
« Mukund, one of the boys, was Tamil, and he translated Nayakan for us, and it was true, the Tamil version with Kamalahasan was a lot better. It was strange to see Bombay in Tamil, through Tamil, but the film had dum. It was true, just like life. We watched Vardarajan's life in complete silence, from his beginnings in the slums and his rise up to power and fame. When his son was killed, when that choking cry came from Kamalahasan’s throat, we felt that pain, it was ours. »
("dum", दम : souffle, vie, énergie)

Il paraît que l'histoire est partiellement inspirée du Parrain de Coppola. Je ne sais pas dans quelle mesure, je ne l'ai pas vu. Ce que je sais, en revanche, c'est que Nayakan est un chef-d’œuvre, et que je suis entièrement d'accord avec le compte-rendu qu'en fait Ganesh Gaitonde.
Le personnage joué par Kamal, Velu, serait aussi inspirée par le gangster Varadarajan Muniswami Mudaliar. Nayakan raconte son ascension dans la pègre de Bombay : d'abord pauvre orphelin recueilli par une famille de contrebandiers, son intelligence et son charisme lui permettent d'étendre son pouvoir et de devenir le protecteur de quartiers entiers. Mais ces succès vont peu à peu détruire sa famille : ceux ses proches qui ne sont pas tués dans des affrontements entre gangs choisissent de s'éloigner de lui.


Je vais essayer de ne pas abuser des superlatifs, mais ça ne va pas être facile. Nayakan est un film très rigoureusement construit, qui possède un excellent scénario, digne d'une tragédie classique. Il est en outre plein de ces scènes qui vous laissent la gorge serrée dont Mani Ratnam a le secret, telle la première rencontre de Velu avec la (très) jeune prostituée qui deviendra sa femme. L'extrait donne également un aperçu de la musique composée par Ilayaraja. Enfin, tous les seconds rôles sont très bien joués, qu'il s'agisse de la famille de Velu, de l'acteur qui joue son ami, ou de Tinnu Anand (qui joue le fils handicapé mental d'une des victimes de Velu).

Un autre extrait : "Thenpandi Cheemaiyile", le morceau qui accompagne toutes les étapes de la vie de Velu.



La suite bientôt...

29.5.11

Que se passait-il à Bollywood l'année de votre naissance ?

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La réponse se trouve sur le site de David Courtney qui compile année après année les évènements marquants de Bollywood. Méfiez-vous, c'est très addictif !

1986, l'année de ma naissance, est ainsi l'année de la mort d'une de mes actrices préférées, Smita Patil (la mère de Prateik Babbar)


mais c'est aussi cette année là que Juhi Chawla est apparue pour la première fois au cinéma, dans :



Tandis que le film Saagar triomphait aux Filmfare Awards (meilleur acteur pour Kamal Hasan, meilleure actrice pour Dimple Kapadia, meilleur chanteur pour Kishore Kumar) :



24.4.11

Quelques images collectées en préparant mes posts sur Naseer...

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...pour compléter cette rétrospective.


Un plan joliment composé dans Bhumika (1977) de Shyam Benegal. Naseer y tient le court rôle d'un réalisateur nihiliste :



En prêtre d'un petit village du Karnataka dans Godhuli (1977) :



Amoureux dans Sparsh (1980) :



Il a dans Bezubaan (1982) un rôle négatif, comme l'indiquent clairement ses choix vestimentaires. Shashi joue aussi dans ce film qu'il faut vraiment que je voie :



En train de faire le clown pour Shabana dans Masoom (1983) :



Avec Shabana dans Paar (1984) :



Khandhar, de Mrinal Sen (1984). Ne vous fiez pas à l'image, le film est parfaitement déprimant :


Chevelu et furieux dans Karma (1986) :


Policier déguisé en hippie dans Jalwa (1987) :


Libaas (1988), un film de Gulzar absolument introuvable. La filmo de Naseer est pleine de films apparemment jamais sortis en DVD, et pour certains jamais sortis au cinéma non plus, si ce n'est dans le cadre de festivals :



Le feuilleton réalisé en 1986 par Gulzar sur Ghalib donne parfois l'impression de passer à côté d'un sujet en or, et nous en apprend autant, sinon plus, sur Gulzar que sur le poète dont il est censé parlé, mais il m'est désormais impossible de me représenter Ghalib autrement que sous les traits de Naseer :



Une photo non identifiée :



Ah, Tridev (1989)... je n'ai jamais réussi à finir ce film, mais il faut voir Tirchi Topiwale au moins une fois, pour l'enthousiasme avec lequel Naseer danse et pour les figurants déguisés en animaux de la jungle (vers 1'01'') :



Vishwatma (1991) surfe sur le succès commercial de Tridev : même réalisateur, presque les mêmes acteurs, un titre aussi prétentieux*, et à l'arrivée un film presque aussi mauvais. Ici, Naseer, un peu pompette, dit à Renuka tout le bien qu'il pense de son bindiya :



En directeur de journal faussement aveugle mais vraiment méchant (et affublé de lentilles oculaires vertes) dans Mohra (1994) :


Le producteur psychopathe de Bombay Boys (1998) :








Dans Firaaq (2008), en vieux professeur de musique. L'un personnages les plus marquants de ce film choral sur les lendemain des violences de 2002 au Gujarat :



Et en bonus, la chanson titre du très bizarre Hero Hiralal (1988) :





* Tridev signifie "Trinité", et Vishwatma "l'âme universelle".