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25.2.08

16 Vayathinile (1977) - Tamoul

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Parce qu'il n'y a pas que Mani Ratnam au sud de l'Inde, quelques mots sur l'intéressant 16 Vayathinile de Bharathi Rajaa, qui réunit Sridevi, Kamal Hassan (acteur que j'aime énormément) et Rajnikanth (que j'ai un peu plus de mal à apprécier).

Mayil (Sridevi), 16 ans, vient de finir ses études et revient dans son petit village. Elle y retrouve sa mère, ainsi que Chappani (Kamal Hassan), un simple d'esprit qui sert d'homme à tout faire à celle-ci. Chappani n'a d'yeux que pour la jeune fille qu'il vénère et s'imagine être sa future épouse. Mais Mayil, qui a atteint un niveau d'instruction sans équivalent chez les femmes de son village, rêve d'un beau mariage avec un citadin éduqué, espèce cruellement sous-représentée dans son village. Tandis que les villageois, et en particulier Parattayan (Rajnikanth), raillent sa prétention, Mayil attend le prince charmant, qui finit par surgir en la personne d'un vétérinaire anglophone, dont les costumes élégants et les lunettes d'intellectuel séduisent immédiatement notre villageoise. Mais les intentions du vétérinaires sont loin d'être pures...

Le film vaut surtout pour l'extraordinaire performance de Kamal Hassan, toujours crédible dans un rôle difficile. Il ne surjoue jamais, et on sent que ça performance et le résultat d'un vrai travail, visible dans la démarche de son personnage, son élocution, son expression. Il faut dire que le scénario lui offre un rôle très bien construit et réaliste, à la différence par exemple de celui de Vikram dans Pithamagan. Le personnage évolue au cours du film, mais de façon mesurée et progressive, sans miracle. Kamal n'en fait jamais un bouffon, mais un homme extrêmement émouvant. Cet acteur de génie rend touchant le moindre geste, le moindre regard de Chappani.


Rajnikanth, qui n'apparaît que peu de temps à l'écran, livre également une bonne performance, dans un de ces rôles de méchant qui ont jalonné le début de sa carrière. Il glace vraiment le sang dans la peau d'un homme lubrique et violent. Sridevi avait alors 14 ans et déjà plusieurs dizaines de films à son actif. Elle livre une bonne composition, malheureusement un peu éclipsée par celle de Kamal. Elle a néanmoins un peu tendance à surjouer (les battements de paupières...). Elle arrive cependant à marier à l'espièglerie d'une toute jeune fille la gravité que nécessite le scénario, faisant là encore évoluer son personnage en douceur.


Vous l'aurez compris, 16 Vayathinile bénéficie d'un bon scénario. Le film s'ouvre sur l'image de Mayil debout, les yeux baignés de larmes, au bord de la voie ferrée, puis débute un long flash-back qui ne s'achèvera qu'avec le générique de fin. En donnant quelques indices du dénouement sans le révéler entièrement le procédé renforce la noirceur de l'ensemble du film tout en préservant le suspens (je n'avais aucune idée de comment tout cela allait se finir jusqu'à la dernière minute). Cette fin, d'ailleurs, est peut-être un peu brusque, mais cette rapidité permet néanmoins d'éviter tout pathos superflu et s'accorde bien avec la dignité du personnage de Mayil telle qu'elle apparaît au début et à la fin du film.
Tout le film est marqué par un certain réalisme : l'atmosphère d'un petit village est bien rendue, avec ses querelles de voisinages, les hommes qui jouent aux cartes au pied de l'arbre et regardent passer les filles, ou encore à travers les menus travaux que pratique Chappani. Dans ce milieu rural le vétérinaire arrive comme un intrus, ce que souligne autant son langage que le contraste entre ses costumes et ceux des villageois. Il représente la ville, le lointain, et c'est ce qui séduit Mayil. Le réalisateur s'éloigne cependant par moments de ce réalisme pour oser quelques métaphores naïves (des oiseaux en liberté, une plante qui pousse ou qu'on écrase...) qui font un peu datées aujourd'hui.
Les chorégraphies sont fort simples et s'intègrent ainsi assez bien au récit. Je n'ai pas trouvé la musique d'Ilayaraja inoubliable, à l'exception d'une chanson qui scande le film et qui est pour le coup très belle :


25.10.07

Chak De ! India (2007)

5 commentaires


Chak de ! India est l'une des premières adaptations indiennes du genre très américain du film de sport. On y retrouve les thèmes et les figures imposées de ce genre très codifié : valorisation de l'effort, du sport comme dépassement de soi, de l'esprit d'équipe, personnage de l'entraineur bougon mais finalement pas si mauvais bougre, équipe en qui personne ne croit et qui ne croit pas elle-même en ses chances avant l'arrivée du dit entraineur...

En un mot, Chak de!, c'est l'histoire d'un joueur de hockey musulman, Kabir - Shahrukh- Khan, accusé de trahison après un pénalty manqué contre le Pakistan, qui revient, après un exil de 7 ans, pour entraîner l'équipe nationale féminine, sur laquelle personne ne parierait une roupie, avec l'objectif affiché de lui faire remporter la coupe du monde.

Mais voilà, comme le dit un commentateur au début du film à propos du match Inde-Pakistan, "ce n'est pas que du sport". Et je pense que l'implantation du sport movie en terroir indien n'est pas étrangère au renouvèlement du genre réalisé par Chak de !. Dans un pays ou de si nombreuses cultures cohabitent et où il reste tant à faire, les notions d'union et de solidarité forcément un sens différent.



Mais Chak de ! India se distingue d'abord de la masse des films de ce genre par une mise en scène et une photo très soignées. Rien de tape-à-l'oeil, mais une photo qui joue sur les contraste de luminosité à la fois au sein d'images au cadrage étudié qu'entre les séquences, et plus largement entre la première partie étonnamment sombre, et l'éclairage plus vif de la partie australienne. La caméra très mobile pendant les matchs fait aisément entrer le spectateur dans l'action.

Les personnages ne sont pas des caricatures. Kabir Khan n'est pas un misanthrope antipathique. A l'inverse de Dev dans Kabhi Alveda na Kehna, autre sportif interprété par SRK, il ne sombre pas dans l'amertume mais sublime son traumatisme. C'est un personnage intéressant, à la fois dur et sec lors des entrainements et presque paternel parfois, voire enjôleur quand il le faut. Cette complexité se retrouve à des degrés divers chez l'ensemble des joueuses, même si certaines sont inévitablement un peu sacrifiées (voir les scènes coupées - non sous-titrées - pour l'histoire de Gul Iqbal, issue d'une famille de hockeyeurs et écrasée par la peur de ne pas être à la hauteur). Les actrices choisies (toutes très bonnes, même si j'ai une préférence pour celle qui joue la petite Komal) surprennent par la diversité de leurs physiques et de leurs styles de jeu. Chacune d'entre elles est l'image d'une facette de l'Inde, que ce soit d'un Etat (et là on retrouve quand même quelques stéréotypes, genre la fille du Punjab au fort caractère) ou d'une situation problématique (prédominance excessive du cricket sur les autres sports, question de la carrière des femmes mariées - le thème de la condition de la femme parcourt tout le film - ...). Mais aucun des personnages ne se limite à cela. Ces éléments ne constituent qu'un arrière plan donnant de la consistance aux joueuses et expliquant leurs motivations. Elles présentent toutes une vraie cohérence psychologique. Ainsi l'hostilité que Bindya affiche envers le nouveau coach n'est-elle pas gratuite : en tant que joueuse la plus expérimentée, elle espérait sans doute avoir un certain ascendant sur ses collègues et n'entend pas voir Kabir Khan l'en priver. Tout cela rend sensible la difficulté qu'il peut y avoir à constituer une équipe à partir d'autant de forces opposées qui cherchent toutes à s'imposer aux dépends des autres et se regroupent dans des alliances fluctuantes (très bonnes descriptions des clans qui se font et se défont au gré des circonstances). La scène de l'arrivée des joueuses souligne le poids des préjugés qu'il va falloir combattre : l'attitude de l'assistant qui reçoit les jeunes femme est carrément insultante envers les deux jeunes femmes du Jharkand, et même ses efforts pour se montrer accueillant se soldent par des échecs (il offense notamment une joueuses originaire de l'extrême est de l'Inde, en lui souhaitant la bienvenue comme si elle était étrangère).

En fait, Chak de ! India bénéficie d'un excellent scénario (signé Jaideep Sahni, scénariste du futur Aaja Nachle), ce qui n'a pas échappé à la plupart des critiques tant cela contraste avec la faiblesse de beaucoup de films hindis sur ce point. Les matchs ne durent pas une seconde de trop et alternent avec des moments plus intimes ; de même les histoires parallèles de Kabir et de son équipe s'entremêlent parfaitement. Mieux, il y a un réel suspense lors des matchs au cours desquels on ressent vraiment les émotions des personnages. C'est flagrant lors de la fin du dernier match, lorsque (Spoiler) Kabir se remet lui même dans des circonstances similaires à celles qui ont causé sa disgrâce en prenant la responsabilité de donner une directive précise à la gardienne de but - il prend évidemment un risque immense, et la tension est palpable, ainsi que son choc lorsqu'il réalise que cette fois il a gagné.

Et c'est dans cette scène qu'on prend le mieux la mesure du talent de Sahrukh Khan. Si dans la première séquence son jeu ressemble encore un peu à celui auquel on est habitué, dès son retour - et l'apparition de la barbe - c'est un tout autre Shahrukh qui apparaît (remarque hors sujet : et en plus ça lui va carrément trop bien la barbe, dommage qu'il ne la porte pas plus souvent - fin de la remarque hors sujet). Le travail effectué sur sa voix et ses intonations est particulièrement sensible et très impressionnant. Les journalistes ont rapporté que Shimit Amin faisait systématiquement rejouer chaque scène de nombreuses fois, jusqu'à ce que chaque acteur soit parfait ; je veux bien le croire. En outre, Shahrukh n'écrase jamais ses partenaires mais laisse s'exprimer leur talent : là encore un vrai travail d'équipe !



image tirée des scènes coupées

Enfin, et j'en reviens au scénario, Chak de ! India a l'immense mérite de ne pas prendre les spectateurs pour des enfants. Le film n'enfonce jamais le clou, et laisse entendre plus qu'il n'affirme. Le mot "musulman" n'est ainsi jamais prononcé. Le message passe plus par l'action que par les discours - bien que celui prononcé par Kabir avant le dernier match (et reproduit sur le cd de la BO) soit particulièrement émouvant.
Ce qui me fait penser que j'ai oublié de mentionner combien la musique, même les chansons les plus faibles, était particulièrement bien exploitées malgré l'absence de chorégraphies.




je remets la bande-annonce :

19.7.07

Virumaandi (2004, Tamoul)

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Une jeune juriste, qui réalise un film contre la peine de mort, interviewe gardiens et condamnés dans une prison. Un homme condamné à la prison à vie pour complicité de meurtre, Kotharala Thevar, lui raconte les circonstances qui l'ont conduit en prison.
Dans un petit village miné par la guerre des clans, il a eu le malheur de s'allier avec un fermier ivrogne et violent, Virumaandi (Kamal Hassan), qui a fini par massacrer 24 personnes avant de violer et d'assassiner sa nièce Annalakshmi que Kotharala lui avait promise en mariage.
La juriste interviewe ensuite Virumaandi, qui attend son exécution dans la même prison et dont la version des faits est bien différente de celle de son complice présumé.


Sur les plans narratif et cinématographique ce genre de procédé est toujours intéressant, car il souligne le pouvoir de manipulation du cinéaste, capable de faire croire à des faits pendant une heure pour les démentir dans la suite du film. Une telle méthode conduit parfois le spectateur à renoncer à savoir ce qui s'est passé, quand le film ne tranche pas entre les versions proposées, ou quand il apparaît que chaque personnage a sa vérité, ni plus ni moins valable que celle des autres.
Attention plein de spoilers à venir :
Ce n'est pas le cas ici. La version de Kotharala est clairement dénoncée comme mensongère par Kamal Hassan, qui veut montrer comment un homme a pu être injustement condamné à mort. L'effet suscité chez le spectateur est donc moins le doute que la compassion pour Virumaandi, renforcé par le fait que nous avons, nous aussi, pendant une heure, cru à tort à sa culpabilité.
Ce procédé présente en outre le risque d'ennuyer le spectateur en lui racontant deux fois les mêmes événements, dont on connaît l'issue. Kamal Hassan évite ce piège, car le récit de Virummandi insiste beaucoup plus sur ses moments d'intimité avec Annalakshmi, dont Kotharala n'avait pas connaissance, et parce qu'il va plus loin que celui de Kotharala, qui s'achevait sur un acquittement et n'expliquait donc pas comment les personnages s'étaient retrouvés en prison. En outre, quand les deux personnages rapportent les même faits, ce qui était au premier plan dans la version de Kotharala ne sert que de décor dans le deuxième récit. Ainsi en est-il de la fête au cours de laquelle Viruumandi se fait agressé.


Kamal Hassan est un acteur qui sait tout faire, dont je commence juste à découvrir les films et qui m'impressionne de plus en plus. Interpréter tour à tour un Virumaandi violent et sans scrupules puis sensible et amoureux était un défi dont il se sort très bien, surtout dans la deuxième partie. Abhirami, qui joue Annalakshmi, est elle aussi excellente.





C'est le deuxième film réalisé par Kamal Hassan que je vois, après le génial Hey Ram, et ce qui frappe avant tout, dans les deux films, c'est l'extrême violence de certaines scènes, au point qu'on se demande parfois si elle est bien nécessaire. L'usage qu'en fait Kamal Hassan dans Virumaandi est cependant intéressant. Dans le récit de Kotharala Thevar, bien que l'histoire qu'il raconte soit horrible, la violence saute moins aux yeux. On voit nettement moins d'hémoglobine, les meurtres sont présentés comme de simples faits par un personnage qui semble assez distant de ce qu'il raconte. Et pour cause, puisque son récit, que Kamal Hassan choisit logiquement de filmer d'une façon moins réaliste, moins frappante que la suite du film, se révélera être un tissu de mensonges, une fiction, dépourvue de la charge de réalité que porte la version de Virumaandi. En revanche, dans le récit véridique de Virumaandi, qui a été très affecté par les évènements, tout comme dans la dernière partie du film, après les flashbacks, la violence est présente dans toute sa monstruosité, et rejoint le message de Kamal Hassan : un meurtre, dans la réalité, est toujours un acte violent et monstrueux, qu'il soit puni par la loi ou légal.