28.12.07

bilan de l'année 2007

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... sous la forme de mes awards personnels


edit : Je viens de voir Jab We Met et modifie en conséquence mon award de la meilleure actrice.
re-édit : Aaja Nachle vient déloger Om Shanti Om dans la catégorie des meilleures chorés.

sachant que je n'ai vu aucun film tamoul récent cette année (beaucoup d'anciens, par contre, j'ai entrepris de voir toute la filmographie de Mani Ratnam, mais c'est une autre histoire), je me limite aux films hindis.

les catégories sont celles des "Filmfare Awards", les "Oscars" du cinéma indien




Meilleur acteur - surprise surprise ... Shahrukh Khan pour Chak de! India. Un travail très impressionnant dans tous les domaines, de l'attitude de Kabir Khan à sa voix, pas une once de sur-jeu, et une performance bouleversante dans les moments d'émotion (la fin du dernier match). Rien à voir avec son jeu dans Om Shanti Om, remarquable là aussi dans son genre, très drôle mais beaucoup plus extériorisé, plus proche de ce que l'on attend de Shahrukh.

mention spéciale à Abhishek Bachan dans Guru. Là aussi un investissement personnel indéniable, et une performance surprenante et efficace.

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Meilleure actrice : Kareena Kapoor dans Jab We Met. Incroyable comme son jeu a pu progresser. Toujours autant d'énergie mais maintenant bien canalisée. Elle est aussi convaincante en fille fofolle et bavarde que dans les passages tristes.

Suivie par les filles de Chak de ! India

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Meilleur réalisateur : Shimit Amin pour Chak de! India. Il n'y a rien de plus difficile que rendre passionnant un match fictif dont on devine assez aisément l'issue - et je ne parle même pas des séances d'entraînement. Shimit Amin a réussi.

Mani Ratnam arrive deuxième avec Guru, auquel je reprocherais un certain académisme, une certaine froideur. Réalisation remarquable néanmoins.

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Meilleur film - Om Shanti Om. Sans doute pas le plus parfait si on prend séparément chaque aspect technique, mais le plus drôle, le plus entraînant, le plus riche, celui qui à mon avis supportera le mieux les revisionnages.

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Meilleur acteur dans un second rôle - Shreyas Talpade dans Om Shanti Om.

et en second Bobby Deol dans Jhoom Barabar Jhoom. Je ne suis pas une grande fan mais là je l'ai trouvé parfait.

Meilleure actrice dans un second rôle - Kirron Kher dans Om Shanti Om

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Meilleure performance dans un rôle comique - encore Shreyas Talpade pour Om Shanti

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Meilleure performance dans un rôle de méchant- non mais c'est quoi ces catégories ? déjà pour "Meilleure performance dans un rôle comique" je me suis demandé s'il fallait compter tous les rôles de Jhoom Barabar Jhoom comme des rôles comiques. Et là meilleur méchant... je suppose que le président de la ligue de Hockey de Chak de India n'est pas à proprement parler un villain typique du cinéma indien.. c'est pourtant à lui que va mon award : best villain, Anjan Srivastav pour Chak de ! India

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je passe les espoirs masculins parce que je ne sais qui choisir ;

mon meilleur espoir féminin sera Deepika Padukone, qui livre une première performance pleine de promesses dans Om Shanti Om, bien que son rôle soit assez peu développé.

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Meilleur compositeur : difficile... ex aequo Shankar - Ehsaan - Loy pour Salaam-e-ishq et Vishal-Shekkar pour Om shanti Om

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Meilleur parolier - je passe étant donnée ma méconnaissance de l'hindi. J'aime bien les paroles volontairement débiles de "Dard-e-disco" cependant.

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Meilleur chanteur de play-back - KK pour "Alvida" (Life in a Metro), suivi par Rahat Fateh Ali Khan pour "Jag Soona Soona Lage"

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Meilleure chanteuse de play-back - Shreya Ghoshal pour "Jaane Do Na" de Cheeni Kum. Globalement une bonne année pour Shreya

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Meilleur direction artistique - Sabu Cyril pour Om Shanti Om

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Meilleure Photographie - Rajeev Ravi pour No Smoking. Il est en grande partie responsable de l'aspect angoissant du film.

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Meilleur montage :Amitabh Shukla pour Chak de India

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Meilleur Scénario - Jaideep Sahni pour Chak de India, pour son scénario habile et jamais pesant.

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Meilleure chorégraphie : Vaibhavi Merchant pour "Aaja Nachle" dans le film du même nom. Cette chorégraphe à un style très original, qui change de celui de Farah Khan et de ses disciples. En outre elle a très bien su mettre en valeur le talent de Madhuri.
en deuxième néanmoins :Farah Khan pour "Dhoom Tana" dans Om Shanti Om

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Meilleurs dialogues celui-là est facile : Om Shanti Om sans hésitation. Une mine de futures répliques cultes signées Mayur Puri.

ça fait donc 11 mentions pour Om Shanti Om, 6 pour Chak de India, 2 pour Guru, 1 pour Aaja Nachle, No Smoking, Life in a Metro, Cheeni Kum, Jab we Met, Jhoom Barabar Jhoom et Salaam-e-ishq.
Je n'ai cependant pas encore vu Taare Zameen Par

2.12.07

Fantastikindia

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Un petit mot pour signaler que Fantastikindia, un des principaux sites français sur le cinéma indien, fonctionne à nouveau après une longue absence, et c'est encore mieux qu'avant : le design est plus clair et plus élégant, et en plus des critiques de films Kollywood et Bollywood, il y a maintenant des critiques de musiques et des recettes de cuisine !

25.11.07

Om Shanti Om (2007)

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Est-il vraiment necessaire de dire de quoi ça parle ? Disons que c'est l'histoire d'un figurant (Om Prakash Makhija -SRK) aspirant à la célébrité, et d'une star (Shanti- Deepika), dont Om est un fan absolu, que tout les deux se rencontrent dans les années 70, et sont assassinés par un méchant producteur (Mukesh Mehra - Arjun Rampal) . - entr'acte - Om renaît de nos jours dans la peau d'Om Kapoor, dit OK, superstar , fils à Papa arrogant et antipathique. Jusqu'au jour où il prend conscience de sa vie antérieure...


Un scénario de masala typique pour un film qui en reprend les clichés, en les exagérant le plus possible (le méchant habillé de cuir noir, la filmi Maa qui ne vit que pour son fils...), et qui en même temps ne cesse de faire référence au cinéma des années 70 et de nos jours. De ce point de vue c'est très réussi, on croit sans peine que Shantipriya a été une grande star qui a joué avec les plus grands acteurs des 70s (grâce aux effets spéciaux, mais aussi grâce à l'aura de Deepika qui a tout d'une star dès son premier film). La satire des année 70 est drôle et gentille, on sent l'affection de Farah Khan (la réalisatrice) pour le cinéma de cette époque.

Wah ! la chemise de Shreyas !


Elle est un peu plus méchante (mais toujours aussi drôle) quand elle s'en prend au cinéma d'aujourd'hui, qu'elle s'attaque aux réalisateurs de films d'art et d'essai qui considèrent que pour être "sérieux" un film doit être le plus déprimant possible (personnellement je vois dans l'hilarant "crippled love", et dans son héros sourd, aveugle, muet, manchot et en chaise roulante une petite pique contre Black - et contre son réalisateur qui sortait un film en même temps que OSO) , aux item numbers et à leurs danseuses (ou danseur dans le cas présent) dénudées, ou plus généralement au népotisme qui règne à Bollywood. Mais tout cela reste bon enfant, parce que Shahrukh et Farah sont les premiers à se moquer d'eux-mêmes (Phir Bhi Dil hai NRI, LOL), et que les très nombreuses stars qui apparaissent dans la séquence des Filmfare Awards font preuve d'un sens de l'humour surprenant, que ce soit Amitabh qui fait semblant d'ignorer jusqu'à l'existence d'Om Kapoor (toute allusion à sa prétendue guerre avec Shahrukh est bien sûr parfaitement volontaire), ou Shabana Azmi venue protester contre les Awards.

Le seul défaut du film est à mon avis un net relâchement au milieu de la seconde partie, à partir du moment où Om retrouve Mukesh -Mike -Mehra. Heureusement que le final, surprenant et très dramatique fait oublier les temps morts. Et puis Deewangi est un peu trop long. Je ne sais pas s'il était nécessaire de faire intervenir autant de guest stars - les seules à avoir été vraiment applaudies ont été Juhi Chawla, Vidya Balan, Kajol, Govinda, Dharmendra, Saif Ali Khan et Salman Khan (les spectateurs étaient assez réactifs).


Pour rappeler de bons souvenirs, mes passages préférés :

  • La reprise de "Om Shanti Om" de Karz. Une chanson super, un Shahrukh Khan déchainé, un cameo de Farah Khan, on est tout de suite dans l'ambiance.
  • Dhoom Taana
  • le passage où Om se met à danser dans la salle de ciné, et où son ami Pappu (Shreyas Talpade) commence à danser lui aussi par solidarité, pour qu'il ait l'air moins bête.
  • lors d'un tournage dans les années 70 le réalisateur explique qu'il a mis trois caméras, une pour faire un angle à la Satyajit Ray, une autre pour un angle à la Bimal Roy, et une dernière pour un angle à la Guru Dutt (trois réalisateurs de films d'"auteur") ; ce à quoi le producteur répond : "Faites un angle à la Manmohan Desai (réalisateur de films commerciaux), c'est ce qui marche". L'esthétique masala assumée et revendiquée !
  • Les mimiques de Om Prakash incapable d'exprimer son amour pour Shanti.
  • Main Agar Kahoon
  • La parodie de Rajinikanth ("Yenna Rascala, Mind it !") avec le tigre en peluche
  • "He's so short in real life !"
  • Tous les faux films, qu'un jour peut-être quelqu'un aura la bonne (?) idée de réaliser en vrai, et surtout :
- "Crippled Love" , pour le très parodique "Dard-e-disco" (là, la salle était carrément hystérique)
- "Dhoom 5" , pour la pique contre les rôles de plus en plus petits d'Abhi dans les numéros 1 et 2
- "Mohabbat Man" (traduit par "love-man"), juste pour le titre et son jeu de mot à deux balles
  • le rôle à la Karan Arjun de Kirron Kher
  • "Dastaan-e-Om Shanti Om", la dernière chanson

Idéalement, il faudrait voir Om Shanti Om trois fois :

-une fois pour admirer Shahrukh Khan (ou Deepika selon les goûts)
-une fois pour s'intéresser à l'histoire
-et une dernière fois pour saisir toutes les allusions au cinéma indien (à peu près trois par minutes)



Pour l'avoir vu deux fois, je peux confirmer que le film gagne à être revu !

ma note :

* * * * * pour la musique
* * * * pour le film

PS : suis-je la seule à voir dans le personnage d'Om Kapoor une image de Hrithik Roshan : un père célèbre, des films de super-héros, Dard-e-disco qui évoque un peu Dil Laga de Dhoom ? sans parler de l'arrivée en moto qui rappelle trop Kabhi Khushi Kabhie Gham (a.k.a. La Famille Indienne) ...


Par ailleurs Indiafm a mis en ligne les clips detoutes les chansons. L'image est très bonne, mais il faut être patient, les vidéos mettent du temps à charger.


25.10.07

Chak De ! India (2007)

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Chak de ! India est l'une des premières adaptations indiennes du genre très américain du film de sport. On y retrouve les thèmes et les figures imposées de ce genre très codifié : valorisation de l'effort, du sport comme dépassement de soi, de l'esprit d'équipe, personnage de l'entraineur bougon mais finalement pas si mauvais bougre, équipe en qui personne ne croit et qui ne croit pas elle-même en ses chances avant l'arrivée du dit entraineur...

En un mot, Chak de!, c'est l'histoire d'un joueur de hockey musulman, Kabir - Shahrukh- Khan, accusé de trahison après un pénalty manqué contre le Pakistan, qui revient, après un exil de 7 ans, pour entraîner l'équipe nationale féminine, sur laquelle personne ne parierait une roupie, avec l'objectif affiché de lui faire remporter la coupe du monde.

Mais voilà, comme le dit un commentateur au début du film à propos du match Inde-Pakistan, "ce n'est pas que du sport". Et je pense que l'implantation du sport movie en terroir indien n'est pas étrangère au renouvèlement du genre réalisé par Chak de !. Dans un pays ou de si nombreuses cultures cohabitent et où il reste tant à faire, les notions d'union et de solidarité forcément un sens différent.



Mais Chak de ! India se distingue d'abord de la masse des films de ce genre par une mise en scène et une photo très soignées. Rien de tape-à-l'oeil, mais une photo qui joue sur les contraste de luminosité à la fois au sein d'images au cadrage étudié qu'entre les séquences, et plus largement entre la première partie étonnamment sombre, et l'éclairage plus vif de la partie australienne. La caméra très mobile pendant les matchs fait aisément entrer le spectateur dans l'action.

Les personnages ne sont pas des caricatures. Kabir Khan n'est pas un misanthrope antipathique. A l'inverse de Dev dans Kabhi Alveda na Kehna, autre sportif interprété par SRK, il ne sombre pas dans l'amertume mais sublime son traumatisme. C'est un personnage intéressant, à la fois dur et sec lors des entrainements et presque paternel parfois, voire enjôleur quand il le faut. Cette complexité se retrouve à des degrés divers chez l'ensemble des joueuses, même si certaines sont inévitablement un peu sacrifiées (voir les scènes coupées - non sous-titrées - pour l'histoire de Gul Iqbal, issue d'une famille de hockeyeurs et écrasée par la peur de ne pas être à la hauteur). Les actrices choisies (toutes très bonnes, même si j'ai une préférence pour celle qui joue la petite Komal) surprennent par la diversité de leurs physiques et de leurs styles de jeu. Chacune d'entre elles est l'image d'une facette de l'Inde, que ce soit d'un Etat (et là on retrouve quand même quelques stéréotypes, genre la fille du Punjab au fort caractère) ou d'une situation problématique (prédominance excessive du cricket sur les autres sports, question de la carrière des femmes mariées - le thème de la condition de la femme parcourt tout le film - ...). Mais aucun des personnages ne se limite à cela. Ces éléments ne constituent qu'un arrière plan donnant de la consistance aux joueuses et expliquant leurs motivations. Elles présentent toutes une vraie cohérence psychologique. Ainsi l'hostilité que Bindya affiche envers le nouveau coach n'est-elle pas gratuite : en tant que joueuse la plus expérimentée, elle espérait sans doute avoir un certain ascendant sur ses collègues et n'entend pas voir Kabir Khan l'en priver. Tout cela rend sensible la difficulté qu'il peut y avoir à constituer une équipe à partir d'autant de forces opposées qui cherchent toutes à s'imposer aux dépends des autres et se regroupent dans des alliances fluctuantes (très bonnes descriptions des clans qui se font et se défont au gré des circonstances). La scène de l'arrivée des joueuses souligne le poids des préjugés qu'il va falloir combattre : l'attitude de l'assistant qui reçoit les jeunes femme est carrément insultante envers les deux jeunes femmes du Jharkand, et même ses efforts pour se montrer accueillant se soldent par des échecs (il offense notamment une joueuses originaire de l'extrême est de l'Inde, en lui souhaitant la bienvenue comme si elle était étrangère).

En fait, Chak de ! India bénéficie d'un excellent scénario (signé Jaideep Sahni, scénariste du futur Aaja Nachle), ce qui n'a pas échappé à la plupart des critiques tant cela contraste avec la faiblesse de beaucoup de films hindis sur ce point. Les matchs ne durent pas une seconde de trop et alternent avec des moments plus intimes ; de même les histoires parallèles de Kabir et de son équipe s'entremêlent parfaitement. Mieux, il y a un réel suspense lors des matchs au cours desquels on ressent vraiment les émotions des personnages. C'est flagrant lors de la fin du dernier match, lorsque (Spoiler) Kabir se remet lui même dans des circonstances similaires à celles qui ont causé sa disgrâce en prenant la responsabilité de donner une directive précise à la gardienne de but - il prend évidemment un risque immense, et la tension est palpable, ainsi que son choc lorsqu'il réalise que cette fois il a gagné.

Et c'est dans cette scène qu'on prend le mieux la mesure du talent de Sahrukh Khan. Si dans la première séquence son jeu ressemble encore un peu à celui auquel on est habitué, dès son retour - et l'apparition de la barbe - c'est un tout autre Shahrukh qui apparaît (remarque hors sujet : et en plus ça lui va carrément trop bien la barbe, dommage qu'il ne la porte pas plus souvent - fin de la remarque hors sujet). Le travail effectué sur sa voix et ses intonations est particulièrement sensible et très impressionnant. Les journalistes ont rapporté que Shimit Amin faisait systématiquement rejouer chaque scène de nombreuses fois, jusqu'à ce que chaque acteur soit parfait ; je veux bien le croire. En outre, Shahrukh n'écrase jamais ses partenaires mais laisse s'exprimer leur talent : là encore un vrai travail d'équipe !



image tirée des scènes coupées

Enfin, et j'en reviens au scénario, Chak de ! India a l'immense mérite de ne pas prendre les spectateurs pour des enfants. Le film n'enfonce jamais le clou, et laisse entendre plus qu'il n'affirme. Le mot "musulman" n'est ainsi jamais prononcé. Le message passe plus par l'action que par les discours - bien que celui prononcé par Kabir avant le dernier match (et reproduit sur le cd de la BO) soit particulièrement émouvant.
Ce qui me fait penser que j'ai oublié de mentionner combien la musique, même les chansons les plus faibles, était particulièrement bien exploitées malgré l'absence de chorégraphies.




je remets la bande-annonce :

20.10.07

Aaja Nachle -critique de la BOF par Jordan White

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Ce blog a le plaisir d'accueillir un nouveau rédacteur invité en la personne de Jordan White, animateur actif du topic bollywood de dvdclassik. C'est la critique qu'il a publiée dans ce forum qui est reproduite ici.


"L'année dernière révélait au monde la BOF de Dor, composée par un duo répondant au nom de Salim-Suleiman (pour Salim et Suleiman Merchant). Merveille parmi les merveilles, cette bande originale entrait dans toutes les mémoires pour y rester ancrée.

Un an plus tard, à l'aune d'une fin d'année qui s'annonce particulièrement alléchante, les deux génies reviennent avec un second miracle composé de neuf titres. Ils illustrent ici le retour à l'écran de Madhuri Dixit, danseuse faramineuse, ayant eu une heure de gloire dans les années 90 puis en 2002 avec Devdas dans lequel Aishwarya Rai triomphait pour ensuite laisser le ciné de côté pour s'occuper de sa famille. Revoilà donc Madhuri qui invite tout le monde à danser.

Dense, ambitieuse, la BOF d' Aaja Nachle l'est. Les compositions se suivent et ne se ressemblent pas tout au long de quarante minutes intenses. Entre ballade extraordinairement subtile et ambiance punjabi. Entre reprise rêvée des Supremes dans l'esprit et remix techno. Les deux compères ont bien saisi l'essence de la danse ensorcelante de Madhuxi qui pratique cet art depuis son enfance et est devenue une des figures les plus respectées dans cette discipline qui demande rigueur voire perfectionnisme.
A peine la plage d'ouverture ouverte, "Aaja Nachle" que la pleine mesure de la Bof s'exprime d'abord par la douceur des tintements des bijoux puis par le roulement foudroyant des tablas qui emportent tout, instrument à vent et voix suprêmement mature de Sunidhi Chauhan dans ce qui s'apparente comme un de ses sommets vocaux avec "Beedi" ou "Iman Ka Asar". On tutoie déjà la grandeur d'un certain "Dhoom Taana" sur la BOF d'Om Shanti Om, frère musical presque jumeau par ses recherches mélodiques élaborées. Un "Aaja Nachle" qui va faire un carton, sans doute en rotation dans toutes les boutiques et sur les lèvres dans très peu de temps. Salim et Suleiman ne pouvaient pas mieux commencer. La force de la musique vient sans doute du fait ici d'avoir pris la crème de la chanson pour interpréter une musique si puissamment évocatrice. Et ce alors même que d'autres BOf bénéficiant du même prestige se sont plantées par paresse.

Curieusement "Ishq Hua" a été placé en deuxième plage. Etonnant car le morceau bien qu'excellent est un poil inférieur ne serait-ce que sur le plan vocal, bien que le pont soit très surprenant et agréable. Le ton plus léger presque pub ou clip pourra décontenancer dans un premier temps, enfin c'est surtout la voix de Sonu Nigam qui peut un peu gêner. Le morceau s'apprécie bien plus à la quatrième écoute, où ses variations prennent du sens et s'imposent comme des évidences. D'autant que le refrain est très beau car très éthéré grâce à sa flûte de pan (une des utilisations les plus modernes jamais entendues dont Salim-Suleiman se sont fait les spécialistes aujourd'hui).

A peine le temps de souffler, emporté par l'émotion, que "Show me your jalwa "vient d'entamer ses premières et phénoménales premières notes, tout en explosivité, tout en rythme, porté de bout en bout par les voix chaudes et entraînantes de Richa Sharma, Kailash Kher et Salim Merchant qui sont presque pour les deux premiers des découvertes pour moi mais pas pour la musique pop indienne contemporaine. Richa est connue pour avoir participé à des duos avec Sukhwinder Singh lui aussi présent sur le disque. En tout cas dès les premières paroles, c'est un vent de folie et de joie qui vient souffler, bien aidé par les voix littéralement subjugantes. Les trouvailles musicales sont encore une fois nombreuses : flow isolé féminin puis masculin puis en duo par intermittence, guitare acoustique mixée en avant, tablas en renforts, pont audacieux (avec synthé), etc.

Bien décidés à prouver que les cartouches sont loin d'être épuisées, les deux musiciens délivrent ensuite un "O Re Piya" qui rappellera forcément Dor avec "Yeh Onsla" ou encore "Imaan Ka Asar". Chanté en solo par Rahat Fateh Ali Khan, le morceau est simplement sublime. Ambiance sereine ou teintée d'une nostalgie selon les points de vue (certains pourront même y sentir du soufisme), mettant en avant une mélodie travaillée, ce morceau de 6'15 pose d'ores et déjà la clé de voûte, le point central d'une bande originale dédiée à l'originalité, à la chaleur, aux sons fourmillants de détails, portée par des voix toutes plus magnifiques les unes que les autres. Jamais répétitif, ce titre se renouvelle en permanence, avec un solo vocal étourdissant à trois minutes.

C'est le moment pour que "Soniye Mil Ja" résonne. Madhuri se prête volontiers à l'exercice du talk over, comme l'avaient fait auparavant Aamir Khan et Kajol dans Fanaa ou SRK dans Chak de India. Là encore une mélodie fine, facile à retenir, avec un sens aigu de la construction rythmique (boucle de tablas, percussions au coeur des arrangements), refrain qui fait immanquablement penser à "Lodi" de Veer-Zaara (les oh oh et ah ah vous y feront penser ;-) ).

Que peut encore nous réserver comme surprise cette BOF déjà formidable sur bien des points à ce niveau. Et bien pourquoi pas un petit "Is Pal" chanté par Sonu et Shreya deux des trois artistes avec Sunidhi les plus présents ici. Encore une fois difficile de ne pas applaudir une telle inventivité. Impossible de passer sous silence le mélodramatique et émotionnellement chargé "Koi Pattar se na maare" qui entretient encore une fois une gémellité surprenante avec Om shanti Om et la plage quatre en particulier de ce dernier.

La grosse surprise et probablement le morceau qui va le plus diviser est "Dance with me", beaucoup moins classique que les autres titres, très Dreamgirls dans l'âme. Certains vont penser que ça n'a rien à faire ici. Je dirais qu'il est stupéfiant de voir que le duo est encore capable de nous pondre un morceau pareil, presque hors-sujet par ses arrangements par rapport au reste du disque et pourtant en plein dedans, single à part entière, ovni dance qui va décontenancer mais qui me fascine. Ca aurait pu sortir sur la BOF de Dreamgirls c'est sûr.

Le remix final n'est que la cerise sur le gâteau.

Une BOF très variée (aucun morceau ne se ressemble, si ce n'est l'omniprésence des flûtes de pan). Si vous aimez les BOF qui s'articulent autour des tablas et des percus ça va être du bonheur. Je pense que j'aime un chouia plus celle d' Om Shanti Om pour son ambiance très marquée 70's, mais tout ça est en gestation. Sinon, vous avez de quoi faire avec une palette de sons, de couleurs et de parfums aussi riche. Qui peut aujourd'hui refuser une aussi belle invitation à la danse ?"






la musique peut être écoutée ici



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Om Shanti Om - dernière bande-annonce

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16.10.07

Bombay sur Arte

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Bombay de Mani Ratnam passe mercredi 17 octobre sur Arte à 23 h 10


Bombay, c'est le deuxième volet de la "trilogie du terrorisme" de Mani Ratnam (après Roja et avant Dil se), où l'on retrouve Arvind Swamy, déjà présent dans Roja, et Manisha Koirala, qui sera époustouflante dans Dil se. Comme dans les deux autres films cependant, ce n'est pas le terrorisme, qui donne à la trilogie son unité, qui est au coeur de l'histoire.

Bombay, c'est l'exploration des rapports des communautés hindoue et musulmane, sur le plan lyrique et personnel d'abord, avec l'histoire des amours de Sheila et de Shekkar en butte avec leurs familles respectives, récit qui se fond ensuite dans l'histoire collective quand éclatent les émeutes de Bombay.

Bombay, c'est une superbe musique de A.R. Rahman, et des chorégraphies là encore inoubliables, notamment celle des enfants, qui fait écho à "Rukkumani" de Roja et à sa danse des vieillards.

Bombay, c'est enfin le premier film à avoir représenté les terribles émeutes inter-communautaires de 1992 -1993.

Alors surtout n'oubliez pas de l'enregistrer, ne serait-ce que pour le plaisir d'avoir des sous-titres en français.


et espérons que Arte aura la bonne idée de diffuser le film en tamoul, les chansons sonnent nettement mieux dans leur langue originale.

24.9.07

Mangal Pandey, The Rising (2005) - par Nandini

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Inde, 1857. Mangal Pandey (Aamir Khan), soldat indien incorporé au régiment des Cipayes, prend la tête d'une insurrection contre les abus de l'East India Company. Le peuple indien ne semble plus que l'ombre de lui même, une curiosité exotique, à l'image de Heera (Rani Mukerjee), si méprisée par la bonne société anglaise. En effet, certains commettent les pires exactions tels le viol ou le passage à tabac. Pourtant, nous ne sommes pas du tout dans l'exagération et d'autres figures viennent contrebalancer ces stéréotypes. Le capitaine William Gordon (Toby Stephens), par exemple, parle hindi et accepte volontiers de lutter, en toute amitié, dans l'arène avec Mangal Pandey. Ce drame historique n'est pas une restitution parfaitement manichéenne (Anglais/Indiens) d'événements véridiques froidement relatés. Au contraire, le spectateur assiste à une véritable réflexion sur la complexité des sentiments humains, sur les dilemmes susceptibles de tourmenter les individus situés au juste milieu. Ainsi vivons-nous le déchirement du héros entre son amitié indéfectible envers Gordon et la fureur éprouvée face à ces colons irrespectueux des indigènes. Que faire quand on vous intime l'ordre de tirer sur vos propres frères, quand on incendie leur village sous vos yeux ? La goutte d'eau : les nouvelles cartouches. Pour les décapsuler, il faut les mordre. Or, les munitions sont enduites de graisse animale quoique cela bafoue les interdits alimentaires des musulmans et des hindous qui composent le régiment Cipaye. Ce qui ne manquera pas de rappeler vaguement l'histoire d'un certain pantalon rouge, en d'autres temps et en d'autres lieux.

Une fois de plus, Ketan Mehta se veut un réalisateur engagé contre l'oppression et les abus du pouvoir, comme en 1980 dans Bhavani Bhavai puis, en 1985, dans Mirch Masala. Aussi met-il à profit cette histoire pour aborder d'autres aspects de la société indienne du XIXème siècle : le trafic d'êtres humains, l'esclavage, le système de castes ou encore la cruauté de certaines traditions. Un Intouchable serait-il finalement digne d'amitié ? Qu'en est-il de vendre son corps aux envahisseurs quand un soldat leur vend son âme ? Une veuve (Amisha Patel) n'a t-elle plus droit qu'à la mort ? Autant de questions qui ne peuvent, bien que d'autres les disent particulièrement clichées, laisser le spectateur indifférent. Il est dès lors difficile de ne pas vibrer à l'unisson de ces hommes et de ses femmes en route pour leur émancipation.

A la lecture de plusieurs critiques, il ressort que beaucoup s'attendaient à un remake de Lagaan dont le contexte historique est proche et, surtout, dans lequel jouait déjà Aamir Khan. La différence entre ces deux films : Lagaan mettait en relief une histoire d'amour sur un fond colonial sans grande portée. Cette fois, nous sommes bien loin des productions habituelles de Bollywood. La romance sans fioritures ni niaiseries qui naît entre le héros et Heera est, en effet, à peine esquissée pour ne pas dénaturer l'intérêt premier du film. Nous ne sommes en présence que d'un couple réaliste d'amoureux déchirés par les événements. Leurs apparitions ensemble à l'écran restent limitées. Je retiendrai surtout la séquence, émotionnellement forte, de leur mariage à la sauvette, dans la cellule de Mangal, la veille de son exécution. Par contre, j'émettrai plus de réserves sur la manière dont l'idylle survient entre le capitaine Gordon et Jwala (Amisha Patel). Si elle illustre à merveille le fait qu'il n'est pas d'obstacle insurmontable entre les cultures, je trouve un peu cliché la scène où le merveilleux soldat vole au secours d'une jeune femme en détresse, pour tomber amoureux ensuite de sa protégée.


En tout cas, il est impossible de ne pas être scandalisé face à l'acharnement que déploient les villageois pour emmener Jwala au bûcher funéraire. D'autant plus que, dans la demeure de Gordon, elle ne représente plus un fardeau pour eux et l'objet de leur requête devient nul. D'aucuns prétendent que le personnage de Jwala n'est pas d'une grande utilité. Je trouve au contraire qu'elle est le complément indispensable à Gordon, l'élément qui nous permet de saisir le choix cornélien du capitaine entre ce qui semble bien être sa patrie de cœur et sa nation de naissance. Je pense que c'est elle qui, surtout, achève de le convertir définitivement à la cause des Indiens (nous apprenons à la fin qu'un certain William Gordon, officier anglais, avait véritablement rejoint la rébellion). Il est toujours bienvenu de basculer d'un point de vue à l'autre pour ne pas sombrer dans une caricature stérile. Pour les sceptiques, il est de toute façon précisé en introduction que certains faits sont de pures inventions dont le but n'est autre que de romancer un film qui pourrait d'ailleurs vite devenir une leçon d'histoire ennuyeuse et insipide.




Enfin, il est indispensable d'aborder la BO du film. Ar Rahman et Javed Akhtar ont composé de superbes morceaux pour Mangal Pandey. Je me contenterai de citer ceux qui m'ont le plus plu. Mangal Mangal nous permet de faire connaissance avec ces chanteurs juchés sur un éléphant magnifiquement orné qui nous accompagneront tout au long du film et dont le chant devient vite obsédant. Cette chanson ouvre le film sur une image remarquable de l'animal sacré tout en majesté. Rani Mukherjee danse avec brio sur Main Vari Vari pour appeler l'âme sœur, je dirai juste que sa tenue rose bonbon ne lui sied pas autant qu'on aurait pu l'espérer.

Ce chant annonce Rasiya, qui accompagne le fameux baiser de Jwala et Gordon et remplace, au moyen de mouvements et de paroles particulièrement explicites, une scène qui aurait pu choquer les sensibilités. Quant à Holi Re, quoique la fête soit des plus réussies et constitue un topos du cinéma indien, on en saisit difficilement le lien avec le reste de l'histoire, si ce n'est qu'elle favorise le rapprochement entre Mangal et Heera. Je dirai même que c'est un des rares moments d'insouciance et de bonheur du film, excepté le passage où Gordon et Mangal Pandey, ivres, sont pris d'un fou rire communicatif après avoir joué un tour à leur ennemi commun.

Autrement dit, le spectateur ne peut être qu'agréablement surpris par cette œuvre magistralement interprétée. En tant qu'admiratrice d'Aamir Khan je ne saurais passer sous silence sa prestation et, sans sombrer dans l'excès, je dirais simplement qu'il a bien su saisir l'ampleur du personnage qu'il incarne. On reste bouche bée quand, à l'instant où la corde va lui ôter la vie, Mangal trouve encore le courage de lancer le signal de l'attaque. Le sacrifice accompli n'est que le point de départ d'une première guerre d'indépendance fort coûteuse pour l'Angleterre, qui se soldera par une reprise en main par la reine Victoria elle-même une fois les insurgés matés. Un avertissement. Bref, Mangal Pandey est mélange subtil d'amitié, d'amour et de trahison où les ingrédients sont savamment dosés.

welcome...

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J'ai la chance d'accueillir une nouvelle rédactrice sur ce blog, Nandini, qui suit actuellement une formation pour devenir la spécialiste mondiale d'Aamir Khan et va incessamment poster sa première critique. J'espère que sa présence contribuera à rétablir quelque peu la balance des Khan sur ce blog, qui penche pour l'instant un peu trop en faveur de l'un d'entre eux. Elle insiste pour que j'en appelle à votre indulgence pour son premier post, bien qu'elle n'en ait nul besoin.

15.9.07

Autres compositeurs d'aujourd'hui

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Un dernier post consacré aux artistes dont le succès est le plus récent. J'omets volontairement Himesh Reshammiya , malgré le succès que rencontrent ses albums, car je connais mal cet artiste et n'aime pas trop ce que j'ai pu entendre de lui.

Merci de laisser un commentaire si vous pensez que j'oublie quelqu'un d'important, ou que j'aurais du choisir d'autres morceaux.

Pritam

Un style reconnaissable des les premiers accords de guitare (son instrument de prédilection), des influences très occidentales, et des BOF efficaces bien qu'assez répétitives.

Metro - Alvida
Woh Lamhe - Chal Chale
Just Married - Gudgudee (juste pour me faire mentir, car ce morceau ne ressemble pas du tout à du Pritam standard)


Mithoon Sharma

Le choix n'est pas trop compliqué : il n'a encore que trois album à son actif. Après le coup d'éclat d'Anwar, Mithun aborde un registre plus occidental pour créer deux autres BOF remarquables malgré quelques tics un peu crispants (des influences techno pas toujours maitrisées), The train et Aggar.
Un dernier reproche : ses musiques ont presque toujours quelque chose de déprimant. A quand un morceau franchement joyeux ?


Anwar - dilbar mera
The Train - Woh Ajnabee
Aggar -Aggar


Vishal-Shekhar

Des trucs que j'aime beaucoup, d'autres que j'aime moins (Cash), voire que je ne supporte pas (Salaam Namaste), mais impossible de passer sous silence des compositeurs à l'origine de deux des plus belles BOF de 2007, Honeymonn Travel et Om Shanti Om et qui semblent capables d'aborder des registres très variés (l'excellente BOF d'Om Shanti Om suffit à le prouver - donnez votre avis à ce sujet dans le sondage svp).


Honeymoon travels - Pyaar ki Yeh Kahani
Cash - Naughty Naughty
Om Shanti Om - http://www.dishant.com/album/Om-Shanti-Om.html


Salim-Sulaiman

Je les cite surtout pour Dor, leur seul album remarquable à ma connaissance.

Dor -Allah Hoo
Dor - Yeh Honsla
Chak de India - Chak de India

Ismail Darbar

Surtout connu pour les musiques des films de Sanjay Leela Bhansali. Il aime bien les instrumentations riches, son style est parfois un peu boursouflé, je préfère personnellement très nettement la musique de Devdas à celle de Hum Dil De Chuke Sanam, que je trouve vite saoulante, à l'exception de la chanson titre.

Devdas -Silsila Yeh Chaahat Ka
Devdas - Woh Chand Jaisi Ladki
Hum Dil De Chuke Sanam - Hum Dil De Chuke Sanam

Shankar -Ehsaan - Loy

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De leur vrai nom Shankar Mahadevan (également chanteur), Loy Mendonsa et Ehsaan Noorani, ils représentent pour moi le son des années 2000. Réceptifs aux influences les plus variées, moyen-orientales comme latinos ou africaines, n'hésitant pas, à la suite de Rahman, à mélanger intruments traditionnels et technologies modernes, privilégiant les voix chaudes et les rythmes entrainants, ils se sont créé un style dont ils n'hésitent pas à s'écarter au besoin, prouvant l'étendue de leur talent (cf. Johnny Gaddaar).

Toute suggestion ou remarque est la bienvenue !

Les incontournables
Dil Chahta Hai - Dil Chahta Hai
Bunty aur Babli - Kajra Re
Salaam-e-ishq - Dil Kya Kare
Jhoom Barabar Jhoom - Jhoom Barabar Jhoom
Johnny Gaddaar - Johnny Gaddaar

Mes Préférés

Heyy Babyy - Jaane Bhi de
Aalavandhan - Affrica
Dil Chahta Hai - Tanhaye
Kal Ho Naa Ho - Kal Ho Naa Ho
Kabhi Alveda Na Kehna - Mitwa



et en bonus Mera Jahaan de Taare Zameen Par, qui plaît visiblement à beaucoup de monde. J'aime bien la mélodie, mais je ne la mettrais pas spontanément parmi les meilleures compositions du trio. Je ne doute pas cependant que dans le film ce morceau ait une puissance émotionnelle certaine.

Jatin -Lalit

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Jatin et Lalit Pandit, deux frères, ont composé la BOF de quelques uns des plus gros succès commerciaux du cinéma indiens (notamment ceux de Shahrukh Khan). Avec Anu Malik (dont je parlerai peut être également, bien que j'aime moins sa musique), ils incarnent pour moi l'esprit du Bollywood des années 1990. Leur musique est parfois un peu datée, certains morceaux paraissent un peu mièvre avec le recul (ils abusent un peu des instruments à cordes), mais ils sont quand même à l'origine de quelques excellentes BOF. J'apprécie particulièrement leurs morceaux romantiques, et l'usage qu'ils font des percussions traditionnelles

Toute suggestion ou remarque est la bienvenue !

Les incontournables

Dilwale Dulhania Le Jayenge -Tuhje Dekha To
Kuch Kuch Hota Hai - Kuch Kuch Hota Hai
Mohabbatein - Pairon Mein Bandhan Hai
Kabhi Khushi Kabhi Gham - Bole Chudiyan
Fanaa - Chand Sifarish

Mes préférés

Kabhi Haan Kabhi Naa - Aana Mere Pyar Ko
Yes Boss - Chand Tare
Kabhi Khushi Kabhi Gham - Kabhi Khushi Kabhi Gham (sad)
Raju Chacha - Tune Mujhe Pehchana Nahin
Dilwale Dulhania Le Jayenge - Mehndi Laga Ke Rakhna

A.R. Rahman

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Ce post est le premier d'une série consacrée aux compositeurs incontournables du cinéma indien d'aujourd'hui. Je n'ai pas d'autres ambitions que de faire découvrir ces musiques remarquables à ceux qui ne les connaissent pas encore, et de proposer aux autres de les ré-écouter.

Les suggestions et remarques sont comme toujours plus que bienvenues, car je suis loin de connaître toute les oeuvres des compositeurs dont je vais parler, et que mes choix sont forcément subjectifs.

Je mets quand c'est possible deux liens : vers bollyextreme qui propose un excellent son mais ne marche pas sur tous les ordinateurs et propose un choix limité, et vers dishant.com.

Et comme il convient je commence par le plus grand, A.R. Rahman. Ce compositeur, qu'un critique surnommait récemment - sans rire - "Rahman The Great" est peut être le plus connu, et un des rares compositeurs de musiques de films dont les compilations sont achetées même par des gens qui n'ont jamais entendus parler de Bollywood (allez chez Gibert, il figure en bonne place au rayon musique du monde). Son style, marqué par des influences du Sud de l'Inde (il est du Tamil Nadu) est immédiatement reconnaissable, au point qu'on a pu l'accuser de se répéter un peu. Il n'en reste pas moins que ce compositeur génial a été à l'origine des expérimentations les plus innovantes des vingt dernières années et a profondément renouvelé la musique de film indienne. Il chante également, c'est sa voix qu'on entend dans Tere Bina (Guru).

Je ne suis pas très douée pour parler de musique, alors je vais plutôt vous laisser écouter les morceaux.

Les incontournables (par ordre chronologique)

Roja - Chinna Chinna Aasai
Bombay - Kuchi Kuchi Rakkama
Dil se - chaiyya chaiyya) (peut être le morceau le plus connu de toute la musique indienne)
Lagaan -Mitwa
Guru- Tere Bina

(oups... je n'ai choisi presque que des films de Mani Ratnam ^^)

Mes préférés

Swades - Pal Pal Hai Bhaari
Indian - Kapaleri Poyachu (encore un autre site de musique, désolée)
One 2 Ka 4 - Khamoshiyan , choisir Khamoshiyan 1 - "Silence", joli nom pour une musique.
Kisna - Hum Hain Iss Pal Yahaan
Dil se -Jiya Jale

11.9.07

King of Bollywood : Shah Rukh Khan and the seductive world of Indian cinema

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Voici un livre aussi intéressant pour les inconditionnels de ShahRukh Khan (dont je suis) que pour les amoureux du cinéma hindi et même pour tous ceux qui sans y connaître grand chose voudrait découvrir l'Inde et son cinéma : tout est fait pour faciliter leur découverte de ce monde.

Car comme son titre l'indique, il ne s'agit pas d'une biographie écrite par une fan pour les fans, mais d'une description du monde du cinéma de Bombay à travers la figure emblématique qu'est devenue ShahRukh Khan. Une approche mi-chronologique mi-thématique permet d'aborder des sujets aussi variés que les grands mouvements du cinéma hindi, les conditions de tournage des films, leur mode de financement, les rapports complexes de Bollywood avec la mafia, la publicité, la presse à scandale. Et l'auteur n'hésite jamais à remettre tout cela en contexte, évoquant au besoin la situation économique et politique de l'Inde.

La partie biographique n'en est pas moins riche. Nourrie par de longues heures d'entretien avec Shahrukh et par de nombreuses interviews de ses amis et collègues, elle commence avant même sa naissance, par l'histoire de ses parents, et surtout de son père, pris dans la tourmente de la partition. L'auteur évoque la jeunesse de son héros dans une famille de la classe moyenne moyenne musulmane de Delhi, les difficultés financières, sa relation pas toujours idyllique avec sa future épouse Gauri (le couple a du faire résister à la fois à l'opposition des parents hindous de la jeune fille et à la jalousie presque pathologique de Shahrukh).
Puis l'on découvre le culot incroyable d'un jeune homme arrivé à Bombay comme deux à trois cents autres jeunes gens ce jour là, la galère des premières années, des débuts qui s'apparentent à une tentative de suicide professionnel (ses rôles de méchants dans Darr et Baazigar) mais qui à la surprise de tous le propulse sur le devant de la scène, puis le succès et la popularité inouïe qui suivent la rencontre de Yash et Aditya Chopra puis de Karan Johar. Les difficultés ne sont pas occultées, qu'il s'agisse de la longue période de tension provoqués par les menaces de mort émanant du parrain de la mafia de Bombay Abu Salem, dangereux personnage qui semble néanmoins - aussi incroyable que cela puisse paraître - avoir lui aussi été fasciné par Shahrukh Khan et ne mit jamais ses menaces à exécution, ou de l'écroulement des rêves de producteur de Shahrukh après le flop de Phir Bhi Dil Hai Hindustani. Cet évènement, contemporain de la montée en puissance de Hrithik Roshan, a été fort mal vécu par la star. Qui se rappelle aujourd'hui que la presse de l'époque a eu vite fait d'enterrer Shahrukh et de lui faire succéder son jeune rival ?


Anupama Chopra, qui connaît bien le milieu du cinéma hindi, auquel elle a déjà consacré plusieurs livres, a l'art de faire s'animer les différents personnages qui sont intervenus dans la vie du King Khan, qu'ils soient ou non connus (le garde du corps de Shahrukh fait l'objet d'un développement au même titre que les réalisateurs Karan Johar ou Sanjay Leela Bhansali). Son récit foisonne d'anecdotes surprenantes, et elle ne manque jamais de surprendre le lecteur par le choix des évènements qu'elle rapporte, et ne se départit jamais d'un regard critique à la fois sur l'industrie du film et sur son personnage.

Quelques petites choses m'ont néanmoins agacée : une erreur regrettable (mais qui ne porte pas à conséquence) sur le nom d'un personnage d'un film très connu, le fait que pour l'auteur le cinéma indien se réduise au cinéma de langue hindi, et enfin son choix (que je peux cependant comprendre) de privilégier les films qui ont marqué la carrière de Shahrukh et non les plus importants sur le plan artistique (elle ne dit ainsi que quelques mots sur Dil se, qui n'a eu aucun succès en Inde, mais consacre un chapitre entier au tournage mouvementé de Devdas)

Le livre fait 250 pages, il est écrit dans un anglais abordable, et peut se commander sur Amazon.
Il est aussi disponible dans la librairie anglaise Galignani rue de Rivoli à Paris.

9.9.07

Dor (2006)

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Voici sans doute un de mes derniers posts avant les prochaines vacances, car l'année universitaire s'annonce assez chargée.

Zeenat (Gul Kirat Panag), qui vit dans le Cachemire, est mariée à Amir. Loin de là, dans le Rajasthan, Meera (Ayesha Takia) a épousé Shankar. Les deux hommes, comme des millions d'Indiens, partent travailler en Arabie Saoudite. Jusqu'au jour où Amir tue accidentellement Shankar. Il est condamné à mort. Seul recours : que la veuve de sa victime signe une lettre demandant sa grâce. Zeenat, femme déterminée et indépendante, part alors à la recherche de Meera, qu'elle n'a jamais vue.

Meera téléphone à son mari ; ou comment faire d'un simple coup de fil une scène magnifique

L'accroche de Dor demande "How far would you go to save the one you love?", donnant l'impression que le sentiment amoureux et le lien (sens du mot "dor") entre mari et femme sont au coeur de l'intrigue. En réalité les maris ne sont jamais présents en tant que sujets, et l'accent n'est pas mis sur les sentiments qui ont pu exister au sein des couples.

Zeenat

On a l'impression qu'Amir est de plus en plus abstrait, que la quête de Zeenat se met à exister de façon presque autonome, parce que la femme libérée qu'elle veut être a besoin de se fixer un but, quel qu'il soit, et d'agir en conséquence. Quant à Shankar, il ne commence à exister qu'à partir du moment ou sa mort prive Meera de tout ce qu'elle avait. Il est significatif que le film ne présente aucun de ses flash-back si fréquents dans le cinéma hindi, ressorts mélodramatiques qui soulignent par le rappel des jours heureux le malheur des personnages. Plus remarquable encore est le fait que le film s'achève sur l'évocation des deux femmes, sans qu'Amir ne réapparaisse à l'écran. J'en vient presque à me demander si la première séquence présentant les deux couples était bien nécessaire. Non pas qu'elle soit mauvaise, visuellement c'est même splendide, mais il me semble que le film aurait encore gagné en force et en unité si elle n'avait pas été là. Si elle peut se justifier dans le cas de Meera, car elle introduit certains thèmes (notamment musicaux) qui ont leur importance dans le reste du film, la partie kashmiri - jusqu'au départ d'Amir - ne me semble pas servir à grand chose, si ce n'est à établir une symétrie.


Le seul homme qui est un rôle important (en dehors de ceux de la belle famille de Meera et de leur amis, strictement réduit à leur rôle d'opposants) est Behroopiya, le comédien-arnaqueur (Shreyas Talpade, vraiment très fort) qui apporte son aide à Zeenat. Ce personnage intéressant se situe d'emblée hors des rapports hommes-femmes classiques, puisque qu'il sait très bien que l'amour que lui inspire un personnage défini par sa fidélité à son mari est voué à l'échec. Pas de tragédie pourtant : lui même ne semble pas prendre très au sérieux des sentiments qui relèvent plus de la fascination et de l'admiration. La scène où il déclare sa flamme à une femme mariée aurait été dans beaucoup de films soulignée par de nombreux coup de tonnerre et des mouvements de caméra expressifs : rien de cela ici, mais une scène tendre et drôle, où la tristesse reste sous-jacente.Ce sympathique personnage, spécialiste des imitations de héros de films hindi (voir son interprétation très Bachchan-ienne du flic indien), qui aide Zeenat moitié pour soulager sa mauvaise conscience (il lui a volé son sac) moitié par désoeuvrement, est aussi un relai offert au regard du spectateur masculin : il prend peu à peu conscience, au contact de Zeenat, des épreuves que doivent affronter les femmes, - et notamment les veuves, réduites dans ce milieu très conservateur à n'être plus que des esclaves au service de leur belle-famille, contraintes de s'envelopper dans un vêtement bleu foncé, privé de tout loisir et sans droit à la parole - avant de repartir aussi soudainement qu'il est venu, laissant Zeenat accomplir seule sa mission.

L'une des caractéristiques des films hindi à laquelle j'ai le plus de mal à m'habituer est l'existence fréquente d'un motif comique totalement indépendant de l'intrique principale et qui l'interrompt à intervalle régulier. Ce procédé très caractéristique tend cependant à s'atténuer, et si le mélange des genres est toujours la règle, la fusion s'opère souvent de façon plus harmonieuse. Le fait que dans Dor le personnage comique intervienne dans l'intrigue, et ne soit pas un simple pantin source de gags invraisemblables mais un personnage aussi subtile et nuancé que les deux héroïnes contribue à l'unité du film, renforcé par l'omniprésence des sables du Rajasthan, qui, passée la première séquence dans un Cachemire verdoyant, donne l'impression d'une unité de lieu, même lorsque les personnages s'éloignent du petit temple isolé qui abrite les rencontres des deux femmes pour s'aventurer dans des palais peints autrefois somptueux ou dans les dunes du désert lors d'une ballade à dos de chameaux récalcitrants (sont-ce des chameaux ou des dromadaires ? Je n'ai pas pensé à compter les bosses).

Shreyas Talpade et l'animal susdit

Quelques colonnes de couleur ocre, un toit, une enceinte basse et un arbre, voici le cadre dans lequel se meuvent les silhouette si différentes de Zeenat et de Meera, le décors minimaliste et élégant qui met bien en valeur l'essentiel du film, les sentiments complexes qui naissent entre ces deux femmes, dont l'une, contrainte à la manipulation, se laisse peu à peu prendre au piège d'une amitié qu'elle croyait factice, tandis que l'autre découvre la liberté et revient peu à peu à la vie au contact d'une femme qui pourtant lui ment (magnifique scène où tout enveloppée de son lourd vêtement de veuve, elle esquisse furtivement quelques mouvements de danse sur un air qu'elle écoutait autrefois avec Shankar). Le film ne porte aucun jugement sur les deux personnages. On souhaite bien entendu qu'Amir vive, mais le réalisateur souligne combien les conséquences de la mort de son mari sont lourdes à supporter pour Meera, et ne cache rien du manège ambigu de Zeenat, dont le personnage n'est pas toujours sympathique. La condamnation de l'hypocrisie que permettent des coutumes misogynes est en revanche sans appel.


Il n'y a que très peu de passages dansés dans ce film court (147 min.) mais la musique y est néanmoins très présente, contribuant pour une grande part à l'émotion ressentie. Associé au jeu sensible des acteurs, elle évite que l'austérité du sujet ne transforme Dor en film à thèse. Je regrette juste que la magnifique chanson Allah Hoo n'ai pas été intégrée au film.




Dor
envoyé par sarakatashy




Selon moi le meilleur film de l'année dernière. Il faut absolument que je vois les autres films du réalisateur, Nagesh Kukunoor


A venir : critique d'un livre, pour changer, King of Bollywood : Shah Rukh Khan and the seductive world of Indian cinema, d'Anupama Chopra.





30.8.07

bandes annonces diverses et promo de Ajab Si et Dard e disco (Om Shanti Om)

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youtube a récemment inauguré un nouvel outil que je teste ici.

J'en profite pour présenter les bandes -annonces de trois films qui ont l'air prometteur : Saawariya (de Sanjay Leela Bhansali), Om Shanti Om (de Farah Khan, avec Shahrukh Khan), et No Smoking (avec John Abraham).

Om Shanti Om d'abord :





Saawariya : assez logiquement la BA ne met pas en avant les deux acteurs, peu connus (Ranbir Kapoor et Sonam Kapoor), mais plutôt le style Bhansali : photo super travaillée, jeu sur les couleurs et omniprésence de la musique (signée Ismail Darbar, qui avait déjà composé celle de Devdas).
ça en jette, mais la BA n'annonce rien de bien original côté scénario.

Om Shanti Om : là aussi ça en jette, et même encore plus. Les deux BA sont très complémentaires, la première plus axée sur le côté fun et grand spectacle, la deuxième sur l'aspect dramatique (ah la petite musique au début ). La façon dont SRK déclame son texte ne m'emballe pas trop dans la première, mais il se rattrape avec son "king of thee world". J'attends beaucoup de Deepika Padukone, qui est presque autant mis en avant que SRK bien que ce soit son premier film. Et niveau musique et danse, ça a l'air au top. Et il y a Shreyas Talpade, de Dor
Et puis un film Bollywood sur Bollywood, que demander de plus ?


et tant que j'y suis, je viens de découvrir la première promo chanson, Ajab Si :





promo chanson de Dard-e-Disco, apparemment parodique (ceux qui ont vu Dhoom 2 comprendront) et pas franchement dans le style de Shahrukh Khan. La musique est moins bien, la choré pas terrible et franchement vulgaire (une tenue de mineur, vraiment ?! ), mais vu que SRK est censé joué un acteur dansant dans un film d'aujourd'hui, c'est peut-être volontaire ;-), d'autant que Farah a affirmé vouloir présenter une version masculine des scènes en sari mouillé. Et puis je n'arrive pas à en vouloir à Farah Khan ;-D .




No smoking : Là par contre c'est surtout John Abraham qui est mis en avant ;-). Le réalisateur Anurag Kashyap (Black Friday, Paanch) est pour moi un parfait inconnu. Le film était présenté comme "une étude des effets psychologiques provoqués par le sevrage du tabac", mais la deuxième partie de cette BA surprenante s'oriente plutôt vers un thriller, et peut-être un film à charge sur le commerce du tabac.

20.8.07

Aa Gale Lag Jaa (1973)

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réalisateur: Manmohan Desai
Avec : Sharmila Tagore, Shashi Kapoor

Prem, jeune homme au chomage, et Preeti, étudiante en médecine, ont un enfant hors mariage. A sa naissance, le père de Preeti, qui ne considère pas Prem comme un parti convenable, fait croire à la mère qu'il est mort-né et le confie à Prem, lui ordonnant de ne jamais plus s'approcher de sa fille. Celle-ci doit se marier, mais fort heureusement son fiancé passe son temps à reculer la date de la cérémonie (pourquoi ? parce que CEDLS* ). Prem élève seul son enfant handicapé, et finit par rencontrer de nouveau Preeti.


Aa Gale Lag Jaa suit à la lettre la recette de tout film commercial indien des années 70, dosant habilement les ingrédients : des amours contrariées, de l'humour, de l'action, de l'émotion, des chemises seventies qui font sourire aujourd'hui, et une méthode pour lutter contre l'hypothermie qui fait un peu grincer des dents ... j'ai un doute sur le consentement de Preeti, à moitié morte de froid. Le résultat, sans être un chef d'oeuvre, (il manque quand même une pointe d'originalité) est très réussi.




Le scénario présente bien quelques invraisemblances (voir ci-dessus), mais les plus graves sont toute concentrées au même moment, juste avant l'entracte (spoiler : une incroyable série de coïncidences réunit Prem, sa mère, Preeti et son père dans la clinique où la jeune femme va accoucher, tandis que pour des raisons scénaristiques un peu longues à expliquer la grand mère meurt donc d'une crise cardiaque qu'on voit venir à trois kilomètres et qui constitue un grand moment de pathos raté.), et ne mettent pas en question la crédibilité de l'ensemble du film. L'humour n'est jamais lourd, il provient surtout des tentatives insistantes de Prem pour attirer l'attention de Preeti (le filon a souvent été exploité, et pourtant ça passe). Et honnêtement, il est difficile de ne pas verser une petite larme ou deux, tant on sent l'amour de Prem pour son fils (lors de Ae Mere Bete entre autres, lorsque père et fils se consolent mutuellement).



La musique est d'ailleurs assez bonne, là encore assez typique de la production de cette époque par le mélange des genres et des influences. Il y a bien sûr une intrigue secondaire parfaitement inutile (l'amour de la soeur de Preeti pour Prem, qui est son professeur de patins à roulettes), mais elle sonne juste et ne parasite pas trop l'histoire principale, qui avance par ailleurs à un rythme soutenu.




Mais ce qui fait surtout le charme de Aa Gale Lag Jaa, ce sont les deux acteurs, Shashi Kapoor et Sharmila Tagore (la mère de Saif Ali Khan), qui portent avec entrain le film sur leurs épaules. Les yeux rieurs de celle-ci et le sourire malicieux de son partenaire font merveille dans la première partie. Sharmila Tagore s'efface malheureusement un peu par la suite, mais Shashi Kapoor est par chance aussi fort dans le registre de l'émotion que dans celui de l'humour.



En un mot, un excellent divertissement, et une jolie histoire d'amour paternel.


Note : beaucoup de gens veulent savoir le nom du jeune acteur qui joue le fils de Prem. Il s'agit de Master Tito.





Découvrez Various Artists!


* CEDLS : C'Est Dans Le Script, la justification ultime pour toute les aberrations présentes dans un film. Au delà d'un certain nombre de CEDLS, un film n'est plus regardable au premier degré.

8.8.07

Swades (2004)

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Swades est bien souvent l'objet d'un malentendu : parce qu'il s'écarte des conventions de la plupart des films grand public, parce qu'il revendique jusque dans son titre une visée sociale et patriotique (je n'attache à ce mot aucune connotation négative), on a voulu y voir un film réaliste. Et l'on se récrie sur la mauvaise foi d'Ashutosh Gowariker qui ne montre d'une Inde édulcorée que des villages bien proprets où les problèmes les plus graves n'attendent que l'arrivée de ShahRukh Khan pour se régler en trois heures et demie. Or Swades n'est pas plus un film réaliste que Lagaan, auquel on le compare souvent, n'était un film historique.

Mais revenons au sujet : Mohan, ingénieur à la NASA, revient en Inde dans le dessein de ramener aux Etat-unis sa vieille nourrice, dont il est sans nouvelles. Kaveriamma vit dans un petit village en compagnie de sa fille adoptive Geeta (Gayatri Joshi). Celle-ci, institutrice, apprécie peu l'intrusion de Mohan, qui arrive avec ses gros sabots et ses préjugés d'occidental et prétend changer le monde pendant ses deux semaines de vacances. Pour vaincre ses réticences et convaincre la vieille Kaveriamma de l'accompagner, Mohan entreprend à la fois d'assurer au village une source d'électricité permanente et de convaincre les villageois d'envoyer leur enfants à l'école. Ces deux tâches, on s'en doute, ne manqueront pas de transformer profondément notre ingénieur.


Alors que Mohan s'attendait à faire venir dans le monde moderne une vieille dame fatiguée, il tombe amoureux d'une jeune femme active et déterminée. L'allégorie est claire : l'Inde que Mohan découvre n'est pas tout à fait celle qu'il avait imaginée en Amérique. Elle est jeune et pleine de ressources. Première révélation. Les problèmes (pauvreté, immobilisme, discrimination) ne sont cependant pas inexistants. Cela, Mohan le savais bien, et se plaisait à le rappeler autour d'un bon repas, critiquant à l'envi l'inefficacité du gouvernement. Mais il y a loin de la connaissance théorique à l'expérience vécue, et il faut la rencontre bouleversante d'un paysan réduit à la plus extrême pauvreté pour convaincre Mohan qu'il ne peut pas rester indifférent aux malheurs de son pays. Et c'est à peu près la thèse du film : l'Inde a des problèmes, mais si les Indiens en prennent conscience ils ont les moyens de les résoudre. Avec l'aide des NRIs (expatriés) mais sans renoncer à leur identité. Le film dit en substance : "Notre pays n'est pas le meilleur pays du monde, mais si nous le voulons, il le deviendra".

Sur ce point Swades se montre plus subtil que bien d'autres films (je pense par exemple à l'insupportable xénophobie de Pardes). Plutôt que des discours, il met en scène des débats, entre Mohan et Kavieramma, Geeta, les villageois. Mohan doit convaincre pour accomplir ses projets, mais il est bien souvent à cours d'arguments. Il venait en Inde persuader que l'avenir est en Amérique, ou à défaut dans une Inde occidentalisée (comme le montre ses réticences à revêtir le costume approprié lors de la fête religieuse : "un jeans ferait l'affaire, non ?" - s'ensuit une scène mémorable et très drôle -). Conduit par ses sentiments à aider Geeta, il adopte finalement, lors de son unique longue tirade, la position de celle-ci, aussi intransigeante sur le respect dû à la culture et à la tradition que sur la nécessité de la modernisation et du progrès vers l'égalité (des castes, de l'homme et de la femme). Et c'est une fête "traditionnelle" qui offre au film son plus beau morceau musical.

Voilà pour le film à message. Je me suis un peu trop étendue sur ce point, mais cela m'a semblé nécessaire, car Swades n'est pas une histoire d'amour qui aurait des connotations sociales. C'est vraiment ce message qui est au coeur du film, qui en subordonne la narration et la mise en scène, et qui donne son sens et sa profondeur à l'histoire de Mohan et de Geeta.


Et c'est lui qui permet de comprendre ce prétendu réalisme. Ashutosh Gowariker n'a jamais voulu nous montrer la "vraie" Inde. Que voit-on lorsque le camping-car de Mohan, intrusion de la modernité matérielle de toute évidence incongrue en ce lieu, s'engage pour la première fois dans les ruelles du village : une galerie de caricatures, de personnage pitoresques plus surprenants les uns que les autres, vaguement inquiétants, tel ce lutteur en caleçon rouge qui s'agite sans raison apparente. Et que dire de la première apparition de Mela Ram, le cuisinier qui guidera Mohan tout au long du film, qui surprend celui-ci à son réveil, le visage collé contre la vitre du camping-car ? Ce qui apparaît devant nos yeux, c'est le village tel que le voit Mohan à son arrivée, avec son regard de NRI. Et ce sont ces mêmes personnages, devenus familiers et attachants, (et bien différents de ce qu'on aurait pu penser d'eux : le lutteur est ainsi en réalité un postier féru de modernité) que l'on regrettera autant que lui de quitter. Car, ce n'est pas une surprise, Mohan s'attache de plus en plus à l'Inde. Le spectateur aussi : comment en serait-il autrement, vu la beauté des paysages et des couleurs, vives sans être jamais kitches. J'en profite pour souligner la beauté plastique du film : chaque image semble avoir été composée avec soin.

De même, le film ne montre pas la vie de tous les jours du village, mais présente une succession de petites scènes significatives, souvent drôles, qui évitent la monotonie et mettent en jeu un grand nombre de personnages représentatifs (le père qui se croit progressiste mais n'envoie pas ses filles à l'école, l'Intouchable, le notable traditionaliste...). Mais cette diversité ne nuit jamais au déroulement dramatique de l'action, à laquelle tous ces tableaux sont étroitement rattachés.


Pour qu'un film aussi riche, et si strictement orienté par sa thèse puisse être humain et intéressant - et Swades l'est - , il fallait une interprétation exceptionnelle. Celle de Shahrukh Khan ne déçoit pas. C'est le seul film où je ne l'ai - presque - pas vu sur-jouer. Il est extrêmement sobre (on ne rigole pas) et subtil, et abandonne tous ses tics. J'aime particulièrement la scène, lors de la chanson Dekho Na, où, la cigarette à la main et un sourire sûr de lui aux lèvres il lance à Geeta assise à côté de lui dans le camping-car son habituel regard de dragueur ("The Look"comme dirait les Goodness Gracious me). Parfaitement indiférente, celle-ci lui ordonne d'un mouvement de la tête de jeter sa cigarette. Et Raj/Rahul, penaud, disparaît pour le restant du film.

Enfin, il est impossible de ne pas parler de la musique de Rahman, qui est, à mon humble avis, la plus belle BOF qu'il m'ai été donné d'entendre. Yun Hi Chala Chal est peut-être le morceau le moins remarquable, mais il vaut néanmoins par l'inteprétation d'Udit Narayan. Il présente la re-découverte de l'Inde par Mohan en route vers le village. La mise en images alterne paysages indiens et plans un peu inutiles sur le camping-car. La chorégraphie de Yeh Tara woh Tarah met à l'honneur un élément important de la culture indienne contemporaine : le cinéma. C'est cette chanson qui révèle le plus ce qui unit Swades à Lagaan et ce qui sépare les deux films. Le thème est le même : seuls nous sommes impuissants, ensemble nous vaincrons. Mais l'ennemi extérieur a été remplacé par l'intolérance et l'immobilisme, et Rahman renonce presque totalement aux accents guerriers de Chale Chalo, et compose une chanson à la fois douce et déterminée, où des voix d'enfants succèdent à celle d'Udit Narayan.

Saanwariya est un solo amoureux de Yalka Yagnik, fidèle à la tradition du genre et de toute beauté. Il permet à Gayatri Joshi d'apporter de l'émotion dans sa composition et révèle un autre visage de Geeta. Pal Pal Hai Bhari met en scène une pièce de théâtre représentant les lamentations de Sita et sa libération par le dieu Ram. C'est le morceau le plus indien du film, le plus exigeant aussi, et le plus beau. La mise en scène dépouillée de la chorégraphie en souligne l'élégance.



Dekho na est le morceau le plus romantique. Geeta cligne des yeux dans la lumière des phares que Mohan utilise comme des projecteurs de cinéma. Mohan et Geeta se tiennent par la main, de dos, dans l'obscurité. Il suffit de peu de choses pour dire l'intimité et la paix de ce couple. Yeh Jo Des Hai Tera, du pur Rahman, qui préfigure un peu Tere Bina de Guru, est le morceau le plus émouvant, un appel de leur terre natale à tous les exilés. Enfin le DVD Bodega offre en bonus une chanson coupée, qui s'insérait en effet mal dans la narration, mais n'en est pas moins magnifique. Il s'agit d'une berceuse, Aahista Aahista.

En un mot, Swades est un film assez extraordinaire par la façon dont il mélange dureté et douceur, tendresse (pour tous les personnages ) et sévérité (envers l'injustice). C'est un film paisible qui incite à l'action.