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8.7.12

Trishna (2012)

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Trishna, issue d'une famille pauvre, travaille de temps à autre comme serveuse dans un hôtel. Jay, un riche touriste, la remarque, et lui offre un emploi plus stable à Jaipur, dans un des hôtels que possède son père. Une idylle se noue, et après quelques péripéties, Jay lui propose de partir avec lui à Bombay. Trishna accepte. Mais leur relation, qui ne réussit pas à effacer la différence de classe, se déséquilibre encore plus lorsque Jay reprend les commandes d'un hôtel, et embauche de nouveau Trishna comme employée. 

Trishna est librement adapté de Tess d'Urberville, transposé de nos jours, dans un Rajasthan décidément très photogénique. L'histoire est considérablement simplifiée, notamment en faisant disparaître un des deux hommes qu'a aimés Tess. Pas sûr que cette simplification ait été une bonne chose car cela affaiblit considérablement l'enjeu de l'aveu de Trishna à Jay : dans le livre, Tess hésite à avouer à Angel qu'elle a connu un autre homme avant lui, elle craint qu'Angel ne la quitte en l'apprenant ; ici, puisque les deux hommes ont été fusionnés, Michael Winterbottom a dû inventer un autre secret : Trishna a avorté d'un enfant qu'elle attendait de Jay, au début de leur liaison. Mais ce secret n'est pas utilisé comme ressort dramatique : on n'a pas l'impression que Trishna est prise dans un dilemme et hésite à le révéler, si bien que la partie à Bombay, qui aurait dû correspondre à l’apparition du deuxième homme de la vie de Tess si le film avait choisi de suivre le livre sur ce point, est la plus faible du film : trop longue, et sans enjeu. 

Ce défaut est d'ailleurs présent, quoique de façon moins marqué, dans l'ensemble du film : Trishna manque d'enjeu dramatique : tout est très joli, les paysages comme les acteurs, mais reste hélas surtout illustratif. Et Freida Pinto et Riz Ahmed, que j'ai pourtant apprécié dans Four Lions, n'arrivent malheureusement pas à donner de l'épaisseur à leur personnage. A noter une apparition de Roshan Seth (le Nehru du film Gandhi), qui se fait rare au cinéma depuis quelques années.


La musique est belle, trop belle presque : signée Shigeru Umebayashi, le compositeur de In The Mood For Love et de 2046, elle évoque irrésistiblement les films de Wong Kar-Wai. Une musique très ample, très dramatique, qui accompagnait à merveille les films du réalisateurs hongkongais, mais souligne par contraste la relative fadeur de Trishna. On entend également, et c'est toujours un plaisir, deux morceaux de Nusrat Fateh Ali Khan. Amit Trivedi signe les chansons originales, jolies mais sans plus.

Le compositeur indien fait d'ailleurs une apparition dans son propre rôle, aux cotés du réalisateur Anurag Kashyap et de l'actrice Kalki Koechlin. Le clin d’œil est sympathique, mais n'apporte pas grand chose au film.

24.8.08

Khuda Kay Liye - 2007 - خدا کے ليے

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J'arrive enfin à écrire en urdu sur cet ordinateur, et ça tombe très bien puisque justement cet article est consacré à un film pakistanais, le premier sur lequel je poste, et le deuxième que j'ai vu, après Zinda Laash, un film d'horreur des années 60.

Khuda Kay Liye, sorti en 2007, est rapidement remarqué dans différents festivals internationaux : il remporte ainsi des prix au festival du Caire et à celui de Muscat (Oman). C'est également le premier film pakistanais à être diffusé en Inde, en réponse à une certaine ouverture du Pakistan aux films de Bollywood. Le sujet, actuel mais également relativement consensuel, a sans doute joué un rôle dans le retentissement de Khuda Kay Liye hors des frontières du Pakistan : il s'agit en effet d'une dénonciation à la fois de l'intégrisme islamique et des excès de la lutte anti-terroriste, à travers l'histoire de deux frères, musiciens au Pakistan, et de leur cousine Maryam (Iman Ali) vivant à Londres. L'aîné, Mansoor, joué par Shaan, parti à Chicago étudier la musique, épouse une Américaine avant d'être arrêté , soupçonné de terrorisme lors de la psychose collective qui a suivie le 11 septembre. Le cadet, Sarmad (Fawad Khan), se laisse entraîner par un imam intégriste, Maulana Tahiri, qui le persuade d'arrêter la musique, considérée comme haram (interdite par l'islam). Lorsque son oncle lui demande d'épouser sa cousine, amoureuse d'un Anglais, il accepte malgré l'opposition de la jeune femme, pour éviter qu'elle ne se marie avec un non musulman. Et tandis que Maryam cherche à s'enfuir, il s'engage de plus en plus dans le djihad.


Voici pour l'histoire, dont je connaissais les grandes lignes avant de mettre mon dvd dans le lecteur. Je partais avec un a priori positif, les critiques étant unanimement élogieuses.

Mais je ne m'attendais pas un choc pareil.

ça faisait longtemps que je n'étais pas à ce point entrée dans un film. Lorsque j'ai réalisé que ça n'allait pas bien se terminer du tout pour l'un des personnages, je n'ai vraiment pas voulu y croire, j'espérais jusqu'au bout qu'il y allait y avoir un retournement de dernière minute (même si ce n'était visiblement pas le genre de film), ou au moins une petite lueur d'espoir à la fin. J'étais tellement dans le film que je n'ai pas vu un certains nombres de problèmes pourtant évidents au niveau du scénario, qui me sont apparus quand j'y ai repensé (la famille de Mansoor n'a pas l'air de s'inquiéter plus que ça pour lui, c'est un peu surprenant, et surtout on aurait aimé que l'attitude de la belle-mère de Maryam soit plus clairement expliquée, il y a vraiment quelque chose qui cloche de ce point de vue là). Et tant qu'on parle du scénario, le dénouement ne m'a pas satisfaite du tout en ce qui concerne Maryam. [Spoiler] Elle ouvre une école pour filles en Afghanistan, très bien, rien à redire, mais pourquoi ne pouvait elle pas le faire avec Dave, son copain anglais ? On dirait bien que les films pakistanais font face aux mêmes tabous que les films indiens en ce qui concerne les personnages féminins.


Mais ça fait vraiment plaisir de voir un film s'attaquer avec autant de finesse à ce genre de sujets sensibles. A première vue le scénario semble sorti d'un exposé sur le thème "l'islam après le 11 septembre", où chaque personnage représente une attitude possible : la fille née d'un père musulman mais qui se fiche pas mal de la religion, jusqu'à ce qu'elle soit victime de l'intégrisme de certains, le type pratiquant, profondément croyant mais tout aussi profondément tolérant, et enfin le jeune homme influençable qui se laisse séduire par une pratique intégriste de l'islam. On peut trouver que les débats au tribunal font retomber l'intensité dramatique, mais ils sont d'un grand intérêt, et ils ont le mérite de développer suffisamment les arguments des intégristes pour qu'on comprenne comment Sarmad a pu se laisser embobiner C'est aussi à ce moment qu'apparaît Naseeruddin Shah, le seul acteur que je connaissais, dans le rôle du Maulana Wali, pour contrer ces arguments.


Si les deux Maulanas font vraiment figure de gentil et de méchant, les deux frères ont droit à un traitement nettement moins manichéen : Mansoor est certes un peu trop parfait face à une police américaine qui en prend pour son grade, mais en revanche Sarmad n'a jamais l'air à 100 % convaincu du bien fondé de ce qu'il fait. C'est un personnage qui doute, mais qui fait appel à la mauvaise personne pour dissipper ces doutes. Chacune de ses tentatives pour sortir de l'engrenage échoue.

Le casting est très bon : outre que le jeu des acteurs est plus que correct (d'autant qu'apparemment c'est le premier film de Fawad Khan, avant il était chanteur), le contraste entre les deux frères est immédiatement visible : le physique plutôt massif de Shaan est parfait pour interpréter le rôle d'un homme calme, sûr de ses principes, capable d'endurer presque tout, et en face le visage extraordinairement délicat de Fawad Khan, qui souligne la jeunesse du personnage et permet qu'on continue à compatir un peu et à le considérer aussi en partie comme une victime même quand ses actes ne sont plus excusables.


Et puis difficile de ne pas adhérer au message du film : face à doctrine du choc des civilisations et à la logique d'affrontemment qui est celle à la fois de l'administration Bush et de l'islamisme radical, les personnages positifs de Khuda Kay Liye refusent de répondre à la haine par la haine (Mansoor), proposent une entente harmonieuse illustrée par la musique du film et dénoncent la confusion entre religion (qui se veut universelle) et culture, forcément particulière (Maulana Wali).

une des chansons du film :






* * * * *

Shoaib Mansoor n'est pas le premier à s'intéresser à la question de la musique dans l'islam. Il peut être intéressant de regarder, sur le même sujet, Le Destin (Al Massir), film de Youssef Chahine qui présente de nombreuses similitudes avec Khuda Kay Liye, tout en se plaçant dans un cadre spatio-temporel tout à fait différent (l'Andalousie du 12è siècle).

6.7.08

Fanaa (2006) - par Nandini

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Avertissement : cette critique relate l’histoire de bout en bout, au cas où vous ne voudriez pas connaître la fin avant d’avoir vu le film…


Fanaa. Qu’en dire pour en faire ressortir l’originalité ? Dans la grande tradition de Bollywood il s’agit encore d’une histoire d’amour impossible. Zooni (Kajol), jeune fille aveugle de naissance et par conséquent vulnérable, quitte son cocon familial dans le Kashmir pour Delhi, où elle doit présenter un spectacle avec sa compagnie de danse. L’esprit empli des poèmes évoquant le prince charmant que lui récite sa mère, Nafisa (Kiron Kher), Zooni part pour la ville. Comment la jeune ingénue va-t-elle affronter cet univers inconnu et menaçant ? Un des thèmes de Fanaa : la confiance en l’autre, en l’inconnu… à qui peut-on vraiment se fier ? Zooni, quoique protégée par ses camarades, ne tarde guère à tomber sous le charme d’un guide séducteur, Rehan (Aamir Khan), qui lui déclame de doux poèmes, auxquels elle répond volontiers, emportée par son âme de poétesse, et n’hésite jamais à profiter de son handicap pour chercher le contact physique. Ce qui devait arriver arrive… mais, surprise pour le spectateur, c’est Zooni elle-même qui met un terme rapide à la relation avant de repartir chez elle. Peu habitué à se trouver dans cette situation de l’amant congédié, Rehan comprend son amour pour elle et retourne la chercher dans le train… La romance débute avec la bénédiction des parents de Zooni, et un miracle, tel qu’on en trouve qu’à Bollywood, se produit : la maladie de Zooni, mal diagnostiquée, se soigne aisément par une simple opération que finance Rehan… Toutefois, sinon le film serait bien trop court (!), le jour où la jeune femme recouvre la vue, Rehan meurt dans un attentat.



Du moins c’est ce qu’il tente de lui faire croire, soi disant pour la protéger. Car le charmant guide n’est autre qu’un terroriste qui se trouvait à Delhi dans le cadre de sa mission. Zooni, abandonnée, regagne le foyer parental. Cependant, elle n’y retourne pas vraiment seule puisqu’elle accouche bientôt d’un petit Rehan, fruit de ses brèves amours avec celui qui restera en partie pour elle un inconnu, une ombre de sa précédente vie….


Jusqu’au jour où un militaire en cavale et blessé, qui n’est autre que Rehan, frappe à sa porte par une nuit d’hiver. Il la reconnaît immédiatement mais elle non, pour ne l’avoir jamais vu. Situation inversée, cette fois c’est Zooni, ignorante, qui soigne ce soldat inconnu. Ce dernier, surpris de se découvrir une famille, repousse d’abord le petit Rehan qui est tout heureux de s’être trouvé un père de remplacement. Des sentiments renaissent et Rehan finit par révéler sa véritable identité, avant d’épouser Zooni pour de bon. Mais là encore rebondissant : il ne faut pas oublier que ce soldat est en réalité un terroriste, un héros qui au terme d’une aventure rocambolesque est parvenu à dérober une tête nucléaire qu’il entend faire exploser en Inde… Le père (Rishi Kapoor) de Zooni le devine par le biais du journal télévisé et y laisse la vie. Quelle décision va prendre Zooni ? Pour le savoir il ne vous reste qu’à voir le film, si ce n’est déjà fait.



Trivialement, Fanaa se présente comme la découverte de l’amour et de ses dangers par une jeune Indienne, sur fond de guerre pour l’indépendance du Kashmir. Au début, le spectateur pense qu’il va avoir affaire à l’inévitable question de l’émancipation des jeunes filles. Quand Zooni cède à Rehan et quand nous apprenons l‘existence de leur fils, nous avons immédiatement à l’esprit le blâme à venir quant au comportement d’une jeune femme, qui s’est voulue libérée et n’a réussi qu’à devenir fille mère. Et pourtant non, puisque, comme je l’ai dit, c’est Zooni qui, en femme moderne, décide de mettre un terme à sa relation avec Rehan avant de revenir avec lui, et à aucun moment, reproche n’est fait, même pas dans la bouche du père, de ce fils illégitime. Certes, le retour de Rehan est l’occasion de régulariser la situation. Le spectateur perçoit que le sujet est plus profond que cela, malgré le côté bateau du film.
Si nous parvenons à nous écarter de l’aspect rebattu de l’intrigue, nous découvrons que Fanaa est un film qui repose essentiellement sur le dilemme. En effet, Zooni doit-elle quitter le foyer parental ? Son père pense que non pour protéger sa fille adorée de la malveillance du monde, sa mère au contraire pense que cette expérience peut l’enrichir et l’émanciper. Zooni doit-elle se laisser séduire par ce bel inconnu ? Non, car visiblement, nous le constatons lorsqu’ils sont au restaurant, Rehan est un séducteur invétéré, qui aime profiter des touristes. Oui, parce qu’il trouve les mots justes. Rehan doit-il tout abandonner pour la femme qu’il aime ou doit-il répondre aux pressions de son groupe ? Zooni doit-elle laisser agir son mari pour préserver égoïstement sa famille ou doit-elle l’empêcher de tuer des millions de gens ? Le spectateur vit ce déchirement à l’unisson d’une jeune femme qui ne semble pas avoir droit au bonheur… En effet, chaque fois qu’elle le touche du doigt, elle paye son succès d’une nouvelle perte. Sa guérison se solde par la mort de Rehan, la naissance de son fils s’accompagne du décès de sa mère, son mariage enfin concrétisé se clôt aussitôt par la mort du mari (il fallait bien le révéler à un moment où à un autre de la critique). Fanaa est avant tout le supplice de Tantale infligé à Zooni, une course vaine pour le bonheur.



Zooni, est la douceur même, la joie de vivre. Rehan, un esprit torturé. Zooni est l’émissaire de la paix quand elle parle de son Kashmir natal en dansant sur Des Rangila. Rehan est la violence des attentats. Finalement, c’est le message de paix qui l’emporte dans la douleur sur la haine. Et cette douleur atteint, à mon sens, son paroxysme dans la scène finale, quand Zooni et le petit Rehan se recueillent sur les tombes de Rehan et de Zulfikar, le père de Zooni, unis côte à côte pour l’éternité. Nous pouvons juste regretter qu’à nouveau nous n’ayons qu’une vision manichéenne de la situation : d’un côté le terrorisme, de l’autre l’amour, et pas de compromis. De toute façon, le titre du film annonce ce cheminement vers l’anéantissement, puisqu’en Urdu « Fanaa » signifie destruction. Autrement dit l’échec scande inexorablement l’histoire et, bien que nous ayons envie d’y croire autant que Zooni, nous savons que tout espoir restera vain.
Je soulignerai également qu’il est rare d’avoir un protagoniste féminin. Kajol adopte à merveille les traits de son personnage que nous voyons évoluer de jeune fille innocente à l’état de mère de famille accablée de responsabilités envers son pays. Mention spéciale pour elle car il n’est pas évident d’interpréter le rôle d’une personne non voyante…
Je ne peux vous livrer une tentative de critique de Fanaa sans en évoquer les musiques et j’avoue avoir un faible pour Des Rangila. A l’instar d’Aisa Des Hai Mera pour l’Inde dans Veer-Zaara, cette chanson célèbre le chatoiement du Kashmir et la douceur de vivre qui y règne. Cependant, si les arrangements et les costumes sont très Kashmiri, le contexte de fête nationale et le refrain Vande Mataram (venant du national song indien) montre que l'amour que Zooni porte à son Etat n'est pas exclusif et se marie sans heurt avec son patriotisme, à la différence de l'attachement de Rehan pour le Kashmir. Kajol parvient encore à exprimer avec grâce ses talents de danseuse. Mais pour ce qui est de l’esthétique du décor et des costumes, je préfère Mere Haath Mein qui décline un univers fantasmagorique digne des contes de fées allié à des extraits du mariage de Zooni et Rehan. Cette chanson est l’occasion pour nous de constater comme un repentir de Rehan, qui signe le début du dilemme qui conduira ce personnage à choisir la mort en guise de libération. En réalité, j’ai apprécié toute les musiques du film pour des raisons diverses : Chanda Chamke pour ses intonations de comptine, Dekho Na pour son introduction mêlant le bruit de la pluie à un instrument traditionnel par exemple.
Pour conclure sur un mode plus humoristique que le thème de la destruction, j’aimerais souligner des invraisemblances frappantes qui nous confirment que Fanaa est bel et bien un bollywood traditionnel. En effet, outre la guérison miraculeuse de Zooni, il est amusant de constater que sous le pansement qui lui couvre le visage, la jeune femme est parfaitement maquillée. Elle ne plisse pas non plus les yeux quand on lui ôte le bandage alors qu’elle découvre la lumière pour la première fois. Enfin, pour répondre à une question qu’on m’a posée et pour anticiper sur les réflexions ironiques : je ne saurais dire pourquoi Aamir Khan, ou plutôt le costumier, a opté pour un look digne de Frodon Sacquet dans la première partie du film… Le moins que l’on puisse dire c’est que ce n’est pas particulièrement réussi !

6.4.08

Sadma (1983)

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de Balu Mahendra. Version Hindi de Moondram Pirai


Après un accident de voiture, une jeune femme (Sridevi) est victime d'amnésie et se retrouve avec le psychisme d'une enfant de six ans. Elle atterrit dans une maison close où on la rebaptise Reshmi. Elle y fait la connaissance de Somu (Kamal Hassan), un client qui s'aperçoit vite qu'elle n'est pas à sa place dans endroit. Le jeune homme, instituteur solitaire et mal dans sa peau, prend l'initiative de l'enlever et l'emmène dans son village, où il s'occupe d'elle comme si elle était sa fille.

Sadma est un film très simple, dont le scénario tient en quelques lignes. L'essentiel du film réside dans la description de la vie de Reshmi et de Somu, et dans l'analyse de leurs relations, forcément peu communes. Il n'est pas forcément facile de captiver le public pendant deux heures trente avec une histoire de ce genre, et pourtant je n'ai pas vu le temps filer. Les rapports entre les deux personnages sont décrits avec une justesse incroyable, des premiers temps, où Somu peine encore à réaliser que Reshmi raisonne comme une enfant (il faut voir le passage où il commence à répondre à ses questions horripilantes de petite fille, du genre "Pourquoi il fait froid ? -Parce qu'on est en montagne. - Et pourquoi il fait froid en montagne ? - Parce que on est en altitude ? -Et pourquoi on est en altitude ?" avant de s'arrêter et de sourire lorsqu'il comprend que les questions vont se succéder sans fin, comme toujours avec les gamins de cet âge), jusqu'à leur apprivoisement mutuel, et la naissance d'une profonde affection entre les deux.
Affection évidemment pas toujours dépourvue d'ambiguïté, malgré toute la bonne volonté et la gentillesse de Somu : ainsi, lorsqu'il lui achète un sari de mariée, on peut se demander si c'est juste dans une volonté paternelle de voir sa fille se marier et avoir une existence normale, ou si son désir est moins clair. Le film semble suggérer que la première option est celle qui guide ouvertement Somu, mais lorsqu'il s'endort, ses rêves laissent libre cours à ses désirs. Le retour à la réalité - la vision de Reshmi mal fagotée dans son sari mais ravie de pouvoir s'habiller "comme une grande" - est dans tous les cas poignante.

C'est d'ailleurs le film dans son ensemble qui est bouleversant. Quasiment exclusivement centré sur Reshmi et Somu, isolés dans un décors de montagne bucolique, il laisse aux acteurs tout loisir de réaliser d'excellente performance. Sridevi, que j'ai découverte il y a quelques mois dans 16 Vayathinile achève de me convaincre de son talent. Je ne s rien sur l'extraordinaire performance de Kamal, puisque de toutes façons, connaissant la vénération que je voue à cet acteur, personne ne croira que je suis objective. Ce type apporte à la plupart de ses rôles une profondeur et une émotion proprement incroyables. C'est quand il s'écarte de son sujet principal que Sadma est le plus faible, c'est à dire surtout dans l'intrigue secondaire impliquant la femme totalement nympho du patron de Somu, intéprétée par Silk Smitha, dont le jeu outré fait un peu tache au milieu de tant de délicatesse. Mais bon, elle permet quand même l'introduction d'une chanson d'anthologie. Les autres chansons sont là encore mémorables, surtout "Ae Zindagi Gale Laga Le" et "Surmayee Akhiyon Mein", centrées sur les sentiments de Somu.



"Ae Zindagi Gale Laga Le" - L'intro est splendide



"Surmayee Akhiyon Mein" - dadidadum - o dadidum - je vais pleurer :-(



Et le film résumé en 15 minute par Shemaroo. Pas de sous-titres hélas :


26.2.08

Pithamagan (2003) - tamoul

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Chiththan (Vikram), orphelin élevé par le gardien d'un cimetière, grandit en incinérant les cadavres à ses côtés. Il se retrouve livré à lui-même à la mort de son père adoptif. Incapable de communiquer, violent, souffrant de plus de discriminations du fait de sa profession, il doit pourtant s'aventurer dans le village pour acheter à manger. Il y est pris en charge par Gomathi (Sangitha), petite dealeuse de cannabis. Sur sa recommandation, Chiththan trouve un travail dans son gang. En parallèle, on suit les aventures sentimentales de Sakthi (Surya), un petit arnaqueur, et de l'étudiante Manju (Laila). Lorsque Chiththan et Sakthi se retrouvent tous deux en prison, ce dernier se prend d'affection pour cet homme sauvage et rejeté, et décide de l'aider. Les deux hommes se lient peu à peu d'amitié.

ll faut tout d'abord souligner le louable soucis de réalisme dont fait preuve le réalisateur Bala. Naissance et mort sont dépeintes sans fard : le bébé Chiththan nous est montré tout sanguinolent, avec son cordon ombilical, les plans sur les cendres et les ossements humains sont légions. C'est assez dérangeant, on n'est pas habitué à voir cela en Europe. De même la culture du cannabis, et la société parallèle qui se développe autour d'elle sont décrites avec précision et nuances, d'une façon quasi documentaire.


Là où ça cloche, c'est que cette approche exigeante est combinée avec tous les ingrédients du masala classique, essentiellement scènes comiques et grosses bastons, et que ça passe mal. Le problème est surtout sensible en ce qui concerne le personnage de Chiththan. D'un côté Vikram construit sans concession un personnage dépourvu de tout sens des rapports humains, ignorant la morale la plus élémentaire ; visiblement il n'a pas cherché à faire naître chez le spectateur une piété facile pour Chiththan, en exploitant son handicap. Regard dans le vague, indifférent à ce qui l'entoure, son personnage est inabordable, impénétrable. Rien à redire sur le travail d'acteur (si ce n'est que j'ai été déconcentrée au début par la ressemblance frappante de Vikram avec Jean Reno). Ce qui m'a gênée c'est que Chiththan hérite du héos masala une force surhumaine, qu'il a l'occasion de prouver lors de longues bagarres filmées avec complaisance, et qui décrédibilise tout. D'habitude les combats over the top de certains films tamouls ne me dérange pas du tout, mais ici le problème vient de l'association des "super-pouvoirs" et du handicap : on a la désagréable impression de regarder une bête de foire, le mec qui sait pas parler mais éclate trois mafieux et autant de flics ripoux d'une seule main. Ces scènes, qui sont en plus extrêmement violentes, m'ont vraiment mise mal à l'aise.
Même problème de scénario en ce qui concerne Sakthi (en moins grave). Surya et ses beaux yeux livrent une performance intéressante, comique au début, puis plus sérieuse. Malheureusement les gags (les différentes arnaques qu'il invente) sont trop longs et un peu répétitifs (mais j'ai bien aimé les enchères d'objets ayant prétendument appartenus à des stars). Les rôles féminins sont nettement moins convaincants, Laila est falote et agaçante, Sangitha surjoue.

Du côté de la musique (Ilayaraja) et de la danse, c'est le grand vide, je n'ai retenu que le Medley avec Simran en guest star.




(d'ailleurs est-ce que quelqu'un connaît le titre de la première chanson reprise après la prière ? )


Le réalisateur a du talent, apparemment il a l'ambition de faire des films différents de ce qu'on voit habituellement, et pourtant, pendant les trois quarts du film (je mets la fin à part), on ne ressent aucune émotion, juste une vague gêne et du regret devant un si beau gâchis.


* * *

Je m'aperçois que je n'ai parlé que de deux films dont la musique est signée Ilayaraja, et que ,manque de chance, à chaque fois la BO était moyenne. Pour compenser un peu, et parce que ce sont de magnifiques compositions, quelques autres morceaux de ce grand compositeur.



25.2.08

16 Vayathinile (1977) - Tamoul

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Parce qu'il n'y a pas que Mani Ratnam au sud de l'Inde, quelques mots sur l'intéressant 16 Vayathinile de Bharathi Rajaa, qui réunit Sridevi, Kamal Hassan (acteur que j'aime énormément) et Rajnikanth (que j'ai un peu plus de mal à apprécier).

Mayil (Sridevi), 16 ans, vient de finir ses études et revient dans son petit village. Elle y retrouve sa mère, ainsi que Chappani (Kamal Hassan), un simple d'esprit qui sert d'homme à tout faire à celle-ci. Chappani n'a d'yeux que pour la jeune fille qu'il vénère et s'imagine être sa future épouse. Mais Mayil, qui a atteint un niveau d'instruction sans équivalent chez les femmes de son village, rêve d'un beau mariage avec un citadin éduqué, espèce cruellement sous-représentée dans son village. Tandis que les villageois, et en particulier Parattayan (Rajnikanth), raillent sa prétention, Mayil attend le prince charmant, qui finit par surgir en la personne d'un vétérinaire anglophone, dont les costumes élégants et les lunettes d'intellectuel séduisent immédiatement notre villageoise. Mais les intentions du vétérinaires sont loin d'être pures...

Le film vaut surtout pour l'extraordinaire performance de Kamal Hassan, toujours crédible dans un rôle difficile. Il ne surjoue jamais, et on sent que ça performance et le résultat d'un vrai travail, visible dans la démarche de son personnage, son élocution, son expression. Il faut dire que le scénario lui offre un rôle très bien construit et réaliste, à la différence par exemple de celui de Vikram dans Pithamagan. Le personnage évolue au cours du film, mais de façon mesurée et progressive, sans miracle. Kamal n'en fait jamais un bouffon, mais un homme extrêmement émouvant. Cet acteur de génie rend touchant le moindre geste, le moindre regard de Chappani.


Rajnikanth, qui n'apparaît que peu de temps à l'écran, livre également une bonne performance, dans un de ces rôles de méchant qui ont jalonné le début de sa carrière. Il glace vraiment le sang dans la peau d'un homme lubrique et violent. Sridevi avait alors 14 ans et déjà plusieurs dizaines de films à son actif. Elle livre une bonne composition, malheureusement un peu éclipsée par celle de Kamal. Elle a néanmoins un peu tendance à surjouer (les battements de paupières...). Elle arrive cependant à marier à l'espièglerie d'une toute jeune fille la gravité que nécessite le scénario, faisant là encore évoluer son personnage en douceur.


Vous l'aurez compris, 16 Vayathinile bénéficie d'un bon scénario. Le film s'ouvre sur l'image de Mayil debout, les yeux baignés de larmes, au bord de la voie ferrée, puis débute un long flash-back qui ne s'achèvera qu'avec le générique de fin. En donnant quelques indices du dénouement sans le révéler entièrement le procédé renforce la noirceur de l'ensemble du film tout en préservant le suspens (je n'avais aucune idée de comment tout cela allait se finir jusqu'à la dernière minute). Cette fin, d'ailleurs, est peut-être un peu brusque, mais cette rapidité permet néanmoins d'éviter tout pathos superflu et s'accorde bien avec la dignité du personnage de Mayil telle qu'elle apparaît au début et à la fin du film.
Tout le film est marqué par un certain réalisme : l'atmosphère d'un petit village est bien rendue, avec ses querelles de voisinages, les hommes qui jouent aux cartes au pied de l'arbre et regardent passer les filles, ou encore à travers les menus travaux que pratique Chappani. Dans ce milieu rural le vétérinaire arrive comme un intrus, ce que souligne autant son langage que le contraste entre ses costumes et ceux des villageois. Il représente la ville, le lointain, et c'est ce qui séduit Mayil. Le réalisateur s'éloigne cependant par moments de ce réalisme pour oser quelques métaphores naïves (des oiseaux en liberté, une plante qui pousse ou qu'on écrase...) qui font un peu datées aujourd'hui.
Les chorégraphies sont fort simples et s'intègrent ainsi assez bien au récit. Je n'ai pas trouvé la musique d'Ilayaraja inoubliable, à l'exception d'une chanson qui scande le film et qui est pour le coup très belle :


9.9.07

Dor (2006)

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Voici sans doute un de mes derniers posts avant les prochaines vacances, car l'année universitaire s'annonce assez chargée.

Zeenat (Gul Kirat Panag), qui vit dans le Cachemire, est mariée à Amir. Loin de là, dans le Rajasthan, Meera (Ayesha Takia) a épousé Shankar. Les deux hommes, comme des millions d'Indiens, partent travailler en Arabie Saoudite. Jusqu'au jour où Amir tue accidentellement Shankar. Il est condamné à mort. Seul recours : que la veuve de sa victime signe une lettre demandant sa grâce. Zeenat, femme déterminée et indépendante, part alors à la recherche de Meera, qu'elle n'a jamais vue.

Meera téléphone à son mari ; ou comment faire d'un simple coup de fil une scène magnifique

L'accroche de Dor demande "How far would you go to save the one you love?", donnant l'impression que le sentiment amoureux et le lien (sens du mot "dor") entre mari et femme sont au coeur de l'intrigue. En réalité les maris ne sont jamais présents en tant que sujets, et l'accent n'est pas mis sur les sentiments qui ont pu exister au sein des couples.

Zeenat

On a l'impression qu'Amir est de plus en plus abstrait, que la quête de Zeenat se met à exister de façon presque autonome, parce que la femme libérée qu'elle veut être a besoin de se fixer un but, quel qu'il soit, et d'agir en conséquence. Quant à Shankar, il ne commence à exister qu'à partir du moment ou sa mort prive Meera de tout ce qu'elle avait. Il est significatif que le film ne présente aucun de ses flash-back si fréquents dans le cinéma hindi, ressorts mélodramatiques qui soulignent par le rappel des jours heureux le malheur des personnages. Plus remarquable encore est le fait que le film s'achève sur l'évocation des deux femmes, sans qu'Amir ne réapparaisse à l'écran. J'en vient presque à me demander si la première séquence présentant les deux couples était bien nécessaire. Non pas qu'elle soit mauvaise, visuellement c'est même splendide, mais il me semble que le film aurait encore gagné en force et en unité si elle n'avait pas été là. Si elle peut se justifier dans le cas de Meera, car elle introduit certains thèmes (notamment musicaux) qui ont leur importance dans le reste du film, la partie kashmiri - jusqu'au départ d'Amir - ne me semble pas servir à grand chose, si ce n'est à établir une symétrie.


Le seul homme qui est un rôle important (en dehors de ceux de la belle famille de Meera et de leur amis, strictement réduit à leur rôle d'opposants) est Behroopiya, le comédien-arnaqueur (Shreyas Talpade, vraiment très fort) qui apporte son aide à Zeenat. Ce personnage intéressant se situe d'emblée hors des rapports hommes-femmes classiques, puisque qu'il sait très bien que l'amour que lui inspire un personnage défini par sa fidélité à son mari est voué à l'échec. Pas de tragédie pourtant : lui même ne semble pas prendre très au sérieux des sentiments qui relèvent plus de la fascination et de l'admiration. La scène où il déclare sa flamme à une femme mariée aurait été dans beaucoup de films soulignée par de nombreux coup de tonnerre et des mouvements de caméra expressifs : rien de cela ici, mais une scène tendre et drôle, où la tristesse reste sous-jacente.Ce sympathique personnage, spécialiste des imitations de héros de films hindi (voir son interprétation très Bachchan-ienne du flic indien), qui aide Zeenat moitié pour soulager sa mauvaise conscience (il lui a volé son sac) moitié par désoeuvrement, est aussi un relai offert au regard du spectateur masculin : il prend peu à peu conscience, au contact de Zeenat, des épreuves que doivent affronter les femmes, - et notamment les veuves, réduites dans ce milieu très conservateur à n'être plus que des esclaves au service de leur belle-famille, contraintes de s'envelopper dans un vêtement bleu foncé, privé de tout loisir et sans droit à la parole - avant de repartir aussi soudainement qu'il est venu, laissant Zeenat accomplir seule sa mission.

L'une des caractéristiques des films hindi à laquelle j'ai le plus de mal à m'habituer est l'existence fréquente d'un motif comique totalement indépendant de l'intrique principale et qui l'interrompt à intervalle régulier. Ce procédé très caractéristique tend cependant à s'atténuer, et si le mélange des genres est toujours la règle, la fusion s'opère souvent de façon plus harmonieuse. Le fait que dans Dor le personnage comique intervienne dans l'intrigue, et ne soit pas un simple pantin source de gags invraisemblables mais un personnage aussi subtile et nuancé que les deux héroïnes contribue à l'unité du film, renforcé par l'omniprésence des sables du Rajasthan, qui, passée la première séquence dans un Cachemire verdoyant, donne l'impression d'une unité de lieu, même lorsque les personnages s'éloignent du petit temple isolé qui abrite les rencontres des deux femmes pour s'aventurer dans des palais peints autrefois somptueux ou dans les dunes du désert lors d'une ballade à dos de chameaux récalcitrants (sont-ce des chameaux ou des dromadaires ? Je n'ai pas pensé à compter les bosses).

Shreyas Talpade et l'animal susdit

Quelques colonnes de couleur ocre, un toit, une enceinte basse et un arbre, voici le cadre dans lequel se meuvent les silhouette si différentes de Zeenat et de Meera, le décors minimaliste et élégant qui met bien en valeur l'essentiel du film, les sentiments complexes qui naissent entre ces deux femmes, dont l'une, contrainte à la manipulation, se laisse peu à peu prendre au piège d'une amitié qu'elle croyait factice, tandis que l'autre découvre la liberté et revient peu à peu à la vie au contact d'une femme qui pourtant lui ment (magnifique scène où tout enveloppée de son lourd vêtement de veuve, elle esquisse furtivement quelques mouvements de danse sur un air qu'elle écoutait autrefois avec Shankar). Le film ne porte aucun jugement sur les deux personnages. On souhaite bien entendu qu'Amir vive, mais le réalisateur souligne combien les conséquences de la mort de son mari sont lourdes à supporter pour Meera, et ne cache rien du manège ambigu de Zeenat, dont le personnage n'est pas toujours sympathique. La condamnation de l'hypocrisie que permettent des coutumes misogynes est en revanche sans appel.


Il n'y a que très peu de passages dansés dans ce film court (147 min.) mais la musique y est néanmoins très présente, contribuant pour une grande part à l'émotion ressentie. Associé au jeu sensible des acteurs, elle évite que l'austérité du sujet ne transforme Dor en film à thèse. Je regrette juste que la magnifique chanson Allah Hoo n'ai pas été intégrée au film.




Dor
envoyé par sarakatashy




Selon moi le meilleur film de l'année dernière. Il faut absolument que je vois les autres films du réalisateur, Nagesh Kukunoor


A venir : critique d'un livre, pour changer, King of Bollywood : Shah Rukh Khan and the seductive world of Indian cinema, d'Anupama Chopra.





16.10.06

Kabhi Alvida Naa Kehna (2006)

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Le dernier film de Karan Johar, réalisateur de la famille Indienne et de Kuch Kuch Hota Hai était naturellement attendu avec impatience. Il déçoit beaucoup.

Maya (Rani Mukherjee) est mariée depuis quatre ans à Rishie (Abhishek Bachchan), un homme charmant et attentionné mais avec lequel elle n'a aucun point commun. Elle n'a toujours pas d'enfant, et vit cette situation comme un échec.


Dev (Shah Rukh Khan) est un ancien footballeur contraint par une blessure à une retraite anticipée. Marié à la dynamique Rhéa (Preity Zinta), ambitieuse rédactrice d'un magazine à la mode, et père d'un petit garçon qu'il ne comprend pas, il fait payer l'échec de sa vie privée à tous les gens qu'il rencontre.


Lorsqu'à la suite d'un malentendu il assomme Maya et, du fait d'un second malentendu, se retrouve dans la même chambre d'hopital, leur vie bascule (et l'histoire commence enfin). Dev reconnaît en effet l'inconnue à qui il a conseillé de se marier quatre ans plus tôt. S'apercevant qu'ils rencontrent les mêmes difficultés dans leurs couples respectifs, ils décident de se revoir pour chercher à les résoudre. Alors que leurs tentatives échouent lamentablement, ils tombent peu à peu amoureux l'un de l'autre.

Si La Famille indienne était "parfois joyeuse parfois triste", la tonalité de KANK est en revanche résolument sombre. Dev, qui fait office de narrateur rappelle régulièrement aux spectateurs qu'une tempète est sur le point d'emporter les personnages. Ceux-ci ne connaissent que peu de moments de bonheur. Les rencontres de Dev et de Maya sont assombries par le caractère clandestin de leur union (voir la scène dans le hall de l'hôtel, courte mais éloquente); et comme pour se punir de la transgression dont ils se rendent coupables, ils se condamnent eux-mêmes à la solitude. L'ambiance hivernale et la prépondérance de la couleur bleue renforcent l'impression générale de désespoir. Les touches de gaîté sont rares, et ne sont jamais exemptes de tristesse, à l'image du personnage de Sam (Amitabh Bachchan), le père de Rishie, toujours accompagné d'une nouvelle blonde à forte poitrine, et dont la désinvolture dissimule un profond chagrin. Quand à l'humour, rare et grinçant, il a pour principal ressort la misanthropie de Dev.


Le problème est que l'émotion ne passe pas, ou si peu. Les dialogues truffés de clichés et le scénario, entièrement prévisible, y sont bien sûr pour quelque chose. Mais la responsabilité de cet échec revient surtout aux acteurs. A l'exeption d'Amitabh Bachchan, ils sont tous mauvais. Preity Zinta est catastrophique, elle joue sans aucune nuance et fait de Rhéa une véritable harpie, alors que son personnage aurait dû susciter un peu de compassion. Shah Rukh Khan, assez convaincant en bougon, est étonnament mauvais dans le rôle pourtant bien rodé de l'amoureux-en-butte-à-la société-qui-l'empêche-de-vivre-son-amour.Il n'a pas l'air d'y croire et nous non plus. Rani Mukherjee et Abhishek Bachchan sont un peu meilleurs, mais leur performance ne restera pas dans les annales. Finalement c'est peut-être Kajol qui fait l'apparition la plus mémorable, en guest-star dans Rock'n'roll Soniye!


KANK aurait pu sauver les meubles si sa musique lui avait insuflé une certaine énergie et avait été capable de porter l'émotion, ce qu'elle ne réussit pas vraiment, en tout cas pour le premier point. Les morceaux dansants sont mauvais, sans la moindre originalité, en pariculier Where's the party tonight. Tumhi Dekho Na semble sorti d'une production Disney. Seuls Mitwa (voir la vidéo) , très bien interprété ( par Shafqat Amanat Ali, Shankar Mahadevan et Caralisa) et Kabhi ALvida Naa Kehna (émouvant mais un peu long) tiennent (bien) la route.




10.9.06

Dil Se (1998)

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Une histoire d'amour impossible, des chorégraphies, des chants, Shah Rukh Khan : à priori, les ingrédients sont ceux de n'importe quel drame bollywood. Et pourtant Dil se, tout en étant profondément indien, n'a pas grand chose à voir avec l'image que l'on se fait habituellement de Bollywood.
SRK est Amar, reporter envoyé par la radio All India dans une région frontalière pour enquêter sur l'état d'esprit des populations à l'occasion du cinquantième anniversaire de l'indépendance de l'Inde. Bien décider à comprendre les motivations de tous les Indiens, il part dans la jungle interviewer des activistes.
Au cours de son voyage, il rencontre à plusieurs reprises une jeune femme silencieuse dont il tombe vite amoureux (et ce love at first sight est la seule concession du scénariste aux topoï du genre), mais qui semble prête à tout pour qu'il cesse de la suivre.


Amar finit par se résoudre à oublier cette inconnue. Mais quand celle-ci, de passage à Delhi et sans ressource vient lui demander de l'aide, Amar, si obstiné lorsqu'il s'agit d'interviewer un leader terroriste, ne semble pas vraiment vouloir découvrir les raisons de ce soudain changement d'attitude à son égard.
Le spectateur accompagne Amar dans sa découverte d'une région au climat hostile et à la population peu accueillante. Les décors (quai de gare sombre et glacial, désert, montagne...) sont aussi loin des champs de fleurs de Veer-Zaara que des palais de Devdas.

Cette ambiance fait vite comprendre que le début du scénario, proche, quand on le résume, de celui d'une comédie romantique (toutes les tentatives de l'amant éperdu échouent devant le dedain de sa belle), n'est qu'un leurre et Amar apprend à ses dépends que la pauvreté et la guerre ne laisse que peu de place au romantisme. Mani Ratnam s'emploie par ailleurs à détourner les éléments récurrents des histoires d'amour bollywoodiennes. Meghna laisse entendre qu'elle est mariée, puis que sa famille s'opposerait à une union avec un homme originaire d'une autre région, mais ce ne sont que mensonges. Le véritable obstacle à leur amour est bien plus difficile à surmonter, et le triomphe final de la passion est loin d'être assurer.

Une image de la chanson Dil se re, très représentative de l'esthétique du film : l'émotion n'est pas assénée, il faut la découvrir derrière une façade plus austère que dans d'autres films

Il faut dire que Dil se n'idéalise pas l'amour. Celui-ci, fort et violent, n'en est pas pour autant tout-puissant. Bien qu'il aime Meghna "du fond du coeur" (traduction du titre), Amar comprend bien que ce sentiment n'a rien de raisonnable et accepte un mariage arrangé, tandis que Meghna refuse d'emblée d'éprouver le moindre sentiment pour Amar, et s'enfuit lorsqu'elle sent que sa résolution commence à faiblir. Mani Ratnam à en outre l'ambition de livrer une peinture de l'amour qui s'inspire de la tradition arabe évoquée par l'une des chansons et par le titre: l'amour "Dil se " est le septième et dernier degrès de la passion. C'est dire si on est loin de l'image monolithique de l'amour habituellement présentée!
Ce souci de réalisme et de nuance se retrouve dans le caractère des personnages. Amar est loin d'être parfait, il n'est pas l'habituel "héros de l'amour". Il est certes prêt à mettre sa vie en danger pour sauver Meghna, mais celle-ci est par certains aspects plus forte que lui. Amar sent que Meghna lui cache quelque chose d'important mais accepte bien facilement que celle-ci refuse de répondre à ses questions, persuadé qu'il est que l'amour peut tout arranger, attitude bollywoodienne par excellence dont le caractère illusoire apparaît clairement . Cet aveuglement, que seules de douloureuses mésaventures parviennent peu à peu à estomper, le précipite dans la tragédie. En outre sa tolérance et sa compassion ne sont pas sans limites : il ne supporte pas que l'on critique l'armée, dans laquelle son père était officier. Shah Rukh Khan prouve qu'il peut être un très bon acteur lorsqu'on lui propose des rôles consistants et exprime très bien toutes les nuances de son personnage.

Tandis que Preeti cherche à attirer son attention, Amar monte son reportage sur le bilan des cinquante ans d'indépendance.
Les extraits d'interviews qui constituent la bande-son sont un véritable réquisitoire contre la politique de l'Inde dans les régions reculées.

Le rôle de Meghna (interprété par une actrice que je ne connaissais pas, Manisha Koirala) est lui aussi tout en finesse. Cette jeune femme, qui se croit destinée à la mort et à la haine et ne perd jamais de vue le but qu'elle s'est fixé semble néanmoins vaciller devant l'amour d'Amar. Manisha Koirala laisse transparaître la souffrance de cette femme qui comprend que seule l'amour pourrait la sauver de la violence, mais se refuse cependant à y céder.


A la mort et à la haine incarnées Meghna fait contrepoint la figure de la jolie Preety (Preity Zinta) , la fiancée d' Amar. Celle-ci est aussi franche que Meghna est secrète (elle n'hésite pas à questionner Amar sur ses expériences sexuelles), aussi libre que celle-ci se sent prisonnière de ses engagements.
Tout le film baigne dans une ambiance de tension et de violence. La violence de la guerre, dès les premières images, celle de l'amour et du désir exprimée par de brusques éruptions de couleurs vives dans les chorégraphies (qui permettent d'apprécier la qualité de la photographie), sont servies par une mise en scène intelligente et sobre (pas de frime, pas de complaisance douteuse). Les scènes d'action qui ponctuent la montée de la tension sont pour une fois crédibles.


Les passages musicaux respectent ce climat général. La musique moderne et originale d'A. R. Rahman est à juste titre célèbre (notamment la chanson "Chaiyya Chaiyya" reprise par Spike Lee dans Inside Man). Les chorégraphies sont impressionnantes, et les mises en image constamment inventives. La plupart d'entre elles semblent exprimer les pensées et les rêves des personnages. Ainsi, dans "Dil se re", Amar s'imagine sauvant Meghna par la seule force de son amour et l'arrachant à la violence, avant de se réprésenter vivant avec elle, entouré d'innombrables enfants. Si la chorégraphie de "Jiya Jale" surprend un peu, elle peut néanmoins s'expliquer comme une dernière ode à la vie et au désir avant la violence des dernières séquences.


Chaiyya Chaiyya

Enfin, et surtout, Mani Ratnam refuse tout manichéisme, et livre une réflexion intéressante sur la liberté à travers la mise en parallèle des attitudes de Meghna et de Preety face aux contraintes sociales.




3.9.06

Veer-Zaara (2004)

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Vous allez vite vous en rendre compte, j'ai du mal à parler objectivement de ce film qui malgré quelques défauts m'a vraiment beaucoup plu.

Une jeune avocate (Rani Mukherjee) du Conseil pakistanais des droits de l'Homme s'intéresse au cas d'un prisonnier indien, convaincu d'espionnage il y a 20 ans et détenu depuis lors à Lahore. Veer Pratap Singh (Shah Rukh Khan), qui n'avait plus dit un mot depuis son incarcération, accepte de confier son histoire à la jeune femme. Le long flash-back qui s'en suit constitue le coeur du film.



Veer, secouriste en montagne, sauve la vie de la jeune Pakistanaise Zaara (Preity Zinta) partie immerger en Inde les cendres de sa nourrice hindoue, et, séduit par le fort caractère de la belle, l'invite à venir célébrer la fête de Lodi dans sa famille.


Zaara laisse se développer l'amour de Veer sans lui dire qu'elle doit épouser le fils d'un allié politique de son père dès son retour au Pakistan. Lorsque l'Indien l'apprend enfin, Zaara comprend à quel point celui-ci est amoureux d'elle. Séparée de lui, elle tombe alors à son tour amoureuse de cet homme capable de ressentir pour elle un amour si grand, au point qu'une de ses servantes, ne supportant plus de la voir malheureuse, prend l'initiative de contacter Veer.

Yash Chopra exploite au maximum tout ce que cette histoire pouvait offrir de larmes, de retrouvailles émouvantes et de séparations déchirantes. Mais même si ces ficelles sont un peu grosses, l'émotion est bien là, porté par une musique d'une tristesse infinie (magnifiques chansons "Do pal" et "Main Yahaan Hoon" illustré par quelques superbes mouvements de caméra, voir par exemple le passage où Zaara est assise à son balcon en robe jaune - c'est quoi, d'ailleurs ? Une espèce de zoom doublée d'un panoramique ?).




Le personnage de Zaara est très convaincant. Preity Zinta interprète (avec beaucoup plus de subtilité que ne le laisse présager sa première apparition à l'écran) une jeune femme courageuse et déterminée, consciente que son mariage, qu'elle ne songe pourtant pas à refuser, mettra fin à son indépendance, et bien décidée à profiter le plus possible des derniers instants de liberté qui lui reste.

l'animation vient de http://www.srk4ever.de/

C'est ce qui la conduit à se laisser entraîner par l'enthousiaste Veer à la découverte d'une Inde colorée et joyeuse, et lui fait oublier, plus ou moins consciemment, de l'avertir de son mariage imminent. Au passage, on comprend que malgré son message de réconciliation le film ait reçu un accueil plus que réservé au Pakistan : il suffit de comparer la description de l'Inde et des Indiens avec celle faite du pays voisin...

Le retour à la réalité est brutal, y compris pour le spectateur qui connaît pourtant la situation de Zaara depuis le début. La jeune femme, accompagné par Veer, est accueillie à la gare par son fiancé tout de noir vêtu, dans une des meilleure séquences du film. Zaara prend soudain conscience que ce qu'elle ne pensait être qu'une petite omission va être lourd de conséquences et le chant élégiaque Do Pal traduit très bien le désarroi et la tristesse des deux amants. En outre, lorsque Veer déclare sa flamme à Zaara, en présence du fiancé pakistanais de plus en plus menaçant, la scène est, fait exceptionnel, dénuée de toute mièvrerie (merci Shahrukh, jamais meilleur que dans ce genre de scènes).

Veer et Zaara ne se voient en tout que quelques jours, et sont bien conscients du contraste tragique entre le peu de moments passés ensemble ("Pour deux instants seulement l'histoire de nos coeurs a pris vie", dit l'une des chansons), le peu de faits concrets, de souvenirs communs sur lesquels s'appuie leur amour et l'intensité, la violence presque mythique de celui-ci (le film à pour sous-titre a love legend, et les témoins de la tragédie insistent sur cet aspects), très bien exprimée par les deux interprètes.

Cette grosse production au casting de stars (Amitabh Bachchan fait une apparition mémorable) est très convaincante quand elle se concentre sur l'amour de ses deux héros, isolant le couple dans des décors monumentaux.


Elle est en revanche moins réussie lorsqu'elle prône avec générosité mais sans grande subtilité l'amitié entre les peuples et l'émancipation de la femme. Ainsi, le procès final (tout droit sorti d'un trial movie américain), au cours duquel se joue la libération de Veer, est alourdi par l'opposition trop manichéenne entre la jeune avocate féministe et tolérante et son ancien mentor malhonnête et machiste, et par un suspense un peu artificiel (les témoins arriveront-ils à temps). Ces défauts sont cependant tout à fait secondaires, et vite oubliés.

Fiza (2000) - Rambo djihadiste?

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Voilà exactement le genre de film dont on ne sait pas trop que penser. J'ai abordé avec un a priori favorable l'histoire de cette jeune musulmane partie à la recherche de son frère disparu lors des affrontements inter-communautaires de 1992-1993 (évoqués dans des scènes assez violentes) : le scénario semble assez différent des habituelles romances (les histoires d'amour sont effectivement tout à fait secondaires), et c'était la première fois que je voyais un film bollywood situé dans la communauté musulmane. En outre, le parti pris de réalisme du réalisateur Khalid Mohamed était plutôt une agréable surprise ( alors que Fiza, l'héroïne, fait la queue en pleine chaleur pour obtenir un emploi, une jeune femme lui propose de l'eau en précisant "Je l'ai fait bouillir, et j'ai désinfecté la bouteille")par rapport à ce que j'ai pu voir jusqu'à présent.

L'actrice principale, Karisma Kapoor (vue récemment dans Shakti) est vraiment excellente, tout comme Jaya Bachchan (la mère), et le beau Hrithik Roshan, qui joue son frère Amaan, réussit parfois à faire sentir la fragilité de son personnage.

Le film n'est cependant pas réussi. D'abord, les morceaux musicaux, sans grand intérêt, n'apportent strictement rien à l'histoire, et on a vraiment l'impression que le réalisateur ne les a insérés dans son film que pour se plier aux règles du genre. C'est toujours un peu dommage.

Le scénario est en outre assez mal construit, ne reliant que lâchement une première partie consacrée à la quête de Fiza et une deuxième centrée sur l'engagement de son frère.

Le troisième défaut est à mes yeux plus grave. Le réalisateur a visiblementvoulu faire de Fiza un film politique, dénonçant le racisme dont sont victimes les musulmans et l'hypocrisie des partis communautaires des deux bords. Il prèche la concorde entre tous les Indiens ("Notre drapeau est safran et vert", rappelle l'héroïne). Pourquoi alors un message aussi ambigu sur le djihad?




Tant qu'Amaan est présenté comme un jeune homme paumé, et que le personnage positif de Fiza fait contrepoids, la condamnation du terrorisme semble claire. Mais une séquence particulièrement ratée fait basculer le film de l'autre côté, pas très loin de la glorification de la guerre sainte : un quasi plagiat de Rambo, ( Stallone est l'idole de Roshan) , dans lequel Hrithik Roshan s'exerce pour le combat et montre longuement au spectateur navré son imposante musculature.

Dommage, car il y avait de quoi faire un film vraiment intéressant.


2.9.06

Devdas (2002)

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Première critique sur un film assez bien connu ici, peut-être parce qu'il a été présenté à Cannes en 2002, plus probablement parce que la somptuosité des décors et des costumes ainsi que la beauté des danses et des chants forcent l'admiration.
Devdas fait partie des tous premiers films indiens que j'ai découvert.s Il m'a fait un vrai choc, qu'exprime cette critique. Aujourd'hui je l'ai revu plusieurs fois, et je suis plus sensible aux défauts du film que je ne l'été lors de la rédaction de cet article.



Devdas, réalisé par Sanjay Leela Bhansali, est une adaptation du roman le plus lu en Inde, publié au debut du XXème siècle et déjà adapté une dizaine de fois au cinéma. Paro (Ashwarya Rai) et Devdas (Shah Rukh Khan) s'aime depuis l'enfance, mais la famille du jeune homme s'oppose à leur union. Celui-ci s'enfuit alors et trouve refuge auprès de la courtisane Chandramukhi, tandis que Paro est mariée à un riche aristocrate.


La qualité de ce genre de film tient avant tout aux musiques et aux danses. Celles de Devdas, fortement inspirées par la danse classique indienne, sont exceptionnelles et s'insèrent parfaitement dans le récit. Ces chorégraphies (qui mettent en scène, à plusieurs reprises, des mythes renvoyant à l'histoire vécue par Paro et Devdas) sont pour les protagonistes le seul moyen d'exprimer leurs sentiments, ce qui n'est pas sans conséquence sur le déroulement de l'histoire : la danse de Sumitra, comme celle de Paro et de Chandramukhi, provoque une catastrophe.
C'est peut-être parce que les morceaux musicaux ne sont donc pas réduits, comme souvent, à une simple fonction décorative que les trois personages principaux ont une vraie consistance.

Shah Rukh Khan incarne ainsi très bien Devdas, jeune homme extrèmement attachant dans son désir de pureté et d'amour, mais conduit par son immaturité d'enfant gâté à blesser à la fois sa famille et les deux femmes qui l'aiment.

Une scène illustre bien son caractère : après avoir abandonné Paro, Devdas se rend compte de son erreur et retourne la voir le jour même du mariage de celle-ci, pour lui demander avec aplomb de s'enfuir avec lui, comme s'il était évident, puisqu'il l'aime, qu'elle ne peut que lui appartenir, sans réaliser qu'elle a elle aussi un honneur à défendre.

Le fait que certains personnages secondaires soient très stéréotypés (Kumud, la méchante belle-soeur, évoque une sorcière de Walt Disney) n'empêche absolument pas d'adhérer à l'histoire, et renforce même au contraire sa dimension mythique et universelle.

On sort de ce film ébloui par la beauté des images où le rouge et l'or cèdent peu à peu la place au blanc du deuil à mesure que Devdas sombre dans l'auto-destruction. Le bleu profond de la nuit dans laquelle Paro, sur la terasse de son palais, pressent le retour imminent de Devdas fait écho à la première nuit du film, lorsque celui-ci voit pour la première fois le visage de sa bien-aimée.


Devdas est donc un film splendide, très prenant et accessible, une très bonne introduction à l'univers de Bollywood.