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4.8.12

Jour 17 - Un film qui m'a déçue

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Dasavatharam. Plus qu'une déception, presque une trahison. Comment le réalisateur de Hey Ram a-t-il pu créer ce truc boursouflé, moche, inintéressant au possible ? Comment a-t-il pu croire qu'une entrée dans le livre des records (Kamal Haasan joue dix rôles différents) suffisait à faire un film ? Comment a-t-il pu croire que des effets spéciaux (pas très réussis) permettraient de cacher la médiocrité des scènes d'action, ou qu'il valait mieux se fier à un mauvais maquillage plutôt que d'essayer d'incarner réellement ces dix personnages ? Rendez-nous l'acteur génial de Salangai Oli !
Bref, Dasavatharam, le premier film tamoul que j'ai vu au cinéma, a aussi été ma plus grosse déception.

12.6.11

Kamal Hassan (partie 2 : après 1990)

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Autant le dire tout de suite, je préfère Kamal l'acteur dans ses films plus anciens. Certains de ses choix les plus récents n'ont pas été à la hauteur de son talent. Il a néanmoins continué de jouer dans un certain nombre de films intéressants après 1990. Surtout, il a commencé à en réaliser, et s'est révélé aussi doué comme réalisateur que comme acteur.

1992 - Guna, de Santhana Bharathi, avec Roshini


Guna, un jeune homme mentalement dérangé, vit chez sa mère, tenancière d'une maison close. Obsédé par la déesse Abirami, il enlève une jeune femme qui lui semble en être l'incarnation. La réalisation est parfois brillante, mais Kamal cabotine méchamment (hé oui, ça lui arrive parfois), et je déteste les histoires dans lesquelles la jeune femme enlevée finit par réaliser que son ravisseur est l'homme de sa vie.

Le plan-séquence qui ouvre le film (dommage que l'image ne soit pas meilleure) :



1996 - Indian, de Shankar, avec Manisha Koirala, Urmila Matondkar

Fable anti-corruption à grand spectacle qui ne m'a vraiment pas passionnée. Seuls de sympathiques chorégraphies et un très beau flashback, plein d'émotion et d'intensité dramatique, sauvent le film de l'ennui.


2000 - Hey Ram, de et avec Kamal Hassan, scénario de Kamal Hassan, avec une distribution de dingue Vasundhara Das, Girish Karnad, Shah Rukh Khan, Atul Kulkarni, Hema Malini, Rani Mukerji, Om Puri, Naseeruddin Shah - tamoul/hindi

Hey Ram est un film extrêmement ambitieux, qui suit le cheminement d'un homme dont la femme est violée et assassinée lors du Direct Action Day de Calcutta et qui est recruté par des extrémistes hindous pour assassiner le Mahatma Gandhi, rendu responsable de son malheur. Un sujet sensible traité de façon très expressionnistes et avec beaucoup d'audace, et un rôle superbe pour Kamal dont le personnage ne cesse d'évoluer mentalement et physiquement.

La très belle "Hey Ram Symphony" (illustrée par quelques unes des hallucinations de Ram) :



2001 - Aalavandhan, de Suresh Krishna, avec Raveena Tandon, Manisha Koirala

Certainement pas le meilleur film de Kamal, mais sans aucun doute l'un des plus divertissants. Aalavandhan réussit parfaitement le mélange masala - film d'action à l'américaine. Kamal y joue un policier qui doit protéger son épouse de son propre frère jumeau psychopathe (joué aussi par Kamal). Le film réussit à être vraiment effrayant par moment, les nombreuses scènes d'action sont impressionnantes et inventives, et Kamal excelle dans deux registres différents (assez réaliste dans le rôle du policier, très cartoonesque dans celui de son frère).



2003 - Anbe Sivam, de Sundar C., avec Madhavan, Kiran Rathod, Santhana Bharathi



Anbe Sivam est le parcours initiatique de Anbarasu (Maddy), jeune publicitaire arrogant et égoïste forcé de voyager avec Nallasivam (Kamal), un militant communiste défiguré à la suite d'un accident. Ce n'est pas subtil pour deux sous, mais Madhavan est mignon comme tout, le personnage de Kamal très attachant, les personnages féminins ne sont pas juste des potiches décoratives, et le film est plein d'humour (drôle même quand on doit se fier aux sous-titres pour comprendre). Bref ça vaut le coup d’œil.


Le capitalisme expliqué par Kamal :


2004 - Virumandi - de Kamal Hassan, avec Nasser, Pasupathy, Napoleon


Une jeune femme qui réalise un film contre la peine de mort se rend dans une prison pour interviewer deux condamnés, Kothala Thevar (Pasupathy) et Virumaandi (Kamal). Il se trouve que les condamnations des deux hommes sont liées aux mêmes évènements. Ils vont tour à tour raconter leur version des faits. Comme Hey Ram, Virumaandi est un film ambitieux et surprenant, dans lequel des scènes d'une grande tendresse côtoient la plus extrême violence.


2006 - Vettaiyaadu Vilaiyaadu, de Gautham Menon avec Jyothika, Kamalinee Mukherjee, Prakash Raj

Raghavan (Kamal) est un policier, veuf, envoyé aux Etats-Unis pour enquêter sur un meurtre. Il y sauve une jeune femme, jouée par Jyothika, qui cherchait à mettre fin à ses jours car son mari l'a abandonnée. Bientôt Raghavan s'aperçoit qu'il est sur la piste d'un tueur en série.
Pas beaucoup de souvenirs de ce film vu il y a déjà longtemps. J'avais été choquée par la complaisance avec laquelle les tueurs étaient dépeints (ils ont droit à une choré, ce qui m'avait paru d'assez mauvais goût). Mais le souvenir le plus marquant reste l’atmosphère mélancolique - que j'ai depuis retrouvée dans les autres films de Gautham Menon, qui entoure ces deux personnages blessés. Jyothika est comme souvent très bien.


2008 - Dasavatharam, réalisé par K.S. Ravikumar, scénario de Kamal Hassan, avec Asin

Un film à gros budget, avec Kamal dans dix rôles différents (une femme, un tueur à gage américain, le président des Etats-unis, un chanteur de bhangra...), c'est tentant, non ? Sauf que l'histoire est sans intérêt (mais propose un traitement révolutionnaire du cancer de la gorge...), la musique de Himesh Reshammiya très mauvaise, les effets spéciaux pas du tout à la hauteur du budget, et les maquillages absolument pas crédibles. C'est vraiment du gâchis, car Kamal était clairement capable de jouer dix rôles différents sans recourir à un maquillage aussi lourd qui enlève toute expressivité à son visage. Bref un film très prétentieux à oublier très vite.

Kamal Hassan (partie 1 : avant 1990)

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Retour sur la carrière d'un de mes acteurs préférés, Kamal Hassan. Kamal Hassan occupe une place particulière dans mon cœur, car c'est en grand partie grâce à lui que j'ai découvert le cinéma tamoul. Un jour, à l'époque (lointaine) où j'hésitais encore à regarder un film sans Shahrukh, j'ai acheté Hey Ram, en hindi. Le rôle de la star de Bollywood était bien plus court que ne le suggérait l'illustration de la jaquette, mais quelle importance ? J'avais découvert un acteur extraordinaire, qui m'a littéralement hypnotisée pendant toute la durée du film. Et quand je me suis rendu compte qu'il en était aussi le réalisateur, je me suis dit qu'il était temps que j'en sache plus sur ce Kamal Hassan.
Cette rétrospective récapitule tous les films que j'ai vus : quatorze seulement.

Si je devais sortir du lot certains films, ceux que je considère comme les meilleurs, et que je conseillerais à quelqu'un qui ne connaîtrait pas encore Kamal Hassan, je choisirais sans doute, dans le désordre, Nayakan, Hey Ram, Sadma, Sagara Sangamam. Si l'on me demandais mes films préférés, j'ajouterai Aalavandhan, qui est un excellent divertissement.

Lorsque j'ai déjà eu l'occasion de parler d'un film, un lien renvoie vers le post concerné.

* * * * *

1977 - Pathinaru Vayathinile, de Bharathi Rajaa, avec Sridevi et Rajinikanth

Un beau film rural, tout simple. La jeune Sridevi, de retour dans son village après ses études, attire tout les regards masculins, pas toujours bien intentionnés (dont ceux de Rajinikanth qui était alors abonné aux rôles négatifs), et ignore l'affection que lui porte l'idiot du village joué par Kamal, le seul à l'aimer vraiment. Très jolie chanson "Senthoora poove" (Ilayaraja).


1981 - Ek Duuje Ke Liye, de K. Balachander, avec Rati Agnihotri (Sapna) - hindi (remake du film telugu Maro Charithra, également avec Kamal Hassan)

Kamal joue Vasu, un jeune Tamoul qui rejoint sa famille installée dans le nord de l'Inde, et tombe amoureux de sa voisine Sapna. Problème, la voisine ne parle pas un mot de tamoul, et Vasu ne comprend pas le hindi. S'en suit une romance interlinguistique vite interrompue par les familles, ni l'une ni l'autre favorables à un mariage. Les parents décident de mettre leurs enfants à l'épreuve : ils leur demandent de se séparer un an, et leur promettent de consentir à un mariage s'ils le souhaitent encore après cette année.

J'ai beaucoup aimé la première partie, très romantique et originale, centrée sur les difficultés de communication entre les deux amoureux. J'ai bien aimé le personnage rebelle joué par Kamal. Le film prend ensuite un tour dramatique moins convaincant, il traine en longueur, et l'on doit supporter un personnage "comique" absolument pas drôle en la personne du jeune homme choisi pour Sapna par ses parents. Heureusement, le scénariste trouve un prétexte pour faire danser du bharatanatyam à Kamal (mais trop brièvement). La fin est à mes yeux complétement ratée et tombe comme un cheveu sur la soupe.

Mon passage préféré : "Mere jeevan saathi", une chanson filmée entièrement dans un ascenseur, et dans laquelle Vasu, qui ne parle pas encore bien hindi, s'exprime uniquement à l'aide de titres de films.



1983 - Sadma, de Balu Mahendra, avec Sridevi (version hindi de Moondram Pirai)

Somu, un jeune instituteur qui vit seul dans un village de montagne, recueille une jeune fille retombée en enfance à la suite d'un traumatisme. Si l'on est prêt à pardonner les énormes invraisemblances médicales, c'est un très beau film, tout en nuances, et servi par de splendides décors et une musique d'Ilayaraja divine.



1983 - Sagara Sangamam - de K. Viswanath, avec Jayaprada, Geetha, Sarath Babu, S.P. Sailaja - telugu (Salangoi Oli en version tamoule)

Balu, un danseur talentueux mais pauvre, reçoit le soutien d'une jeune femme riche, qui l'aide à se faire connaître. Mais la mort de sa mère empêche Balu de participer au spectacle qui aurait pu lancer sa carrière. Il ne parvient pas non plus à épouser Madhavi (Jayapradha), et s'éloigne d'elle. Des années plus tard, alors qu'il a sombré dans l'alcoolisme, elle lui demande d'enseigner la danse à sa pimbêche de fille.

Kamal est un acteur formidable, mais c'est aussi un des meilleurs danseurs du cinéma indien, et Sagara Sangamam lui laisse tout le loisir de prouver son talent dans ces deux domaines. Même pour quelqu'un qui comme moi n'a aucune connaissance particulière en danse classique indienne, les chorégraphies sont splendides à regarder et communiquent beaucoup d'émotion : essayez un peu de garder les yeux secs quand Kamal danse pour sa mère mourante, ou quand il tente d'oublier son chagrin d'amour en dansant comme un fou sur la plage...

Répétitions champêtres :



Les ravages de l'alcool :



1985 - Geraftaar, de Prayag Raj, avec Amitabh Bachchan, Poonam Dhillon, Madhavi - hindi

Le petit Karan est chassée par sa mère qui le juge responsable de la mort de son père. Il grandit et devient Amitabh. Son petit frère Kishan devient Kamal, et enchaîne les petits boulots. Un jour il se brouille avec la fille d'un puissant mafieux (Poonam Dhillon), qui pour se venger décide de le séduire et de l'abandonner. Mais sa famille la double et fait mettre Kishan en prison. Et devinez qui il y retrouve ?


Bref, une classique histoire de frères séparés puis réunis, mais ce n'est pas tous les jours qu'on a dans un même film Kamal et Amitabh (qui se partagent le film à parts égales). Sans compter qu'une troisième star, et pas des moindres, fait une courte apparition :


A part ça, pas grand chose à signaler. Le film est assez mollasson, et ni Kamal ni Amitabh ne semblent enthousiasmés par leur rôle. La musique n'est pas plus originale que le scénario :



1987 - Nayakan, de Mani Ratnam, avec Saranya, Janagaraj, Tinnu Anand


Au milieu de Sacred Games, Ganesh Gaitonde, le gangster inventé par Vikram Chandra, coincé avec son équipe sur son bateau, passe le temps en regardant les films. Voici ce que Vikram Chandra lui fait dire au sujet de Nayakan :
« Mukund, one of the boys, was Tamil, and he translated Nayakan for us, and it was true, the Tamil version with Kamalahasan was a lot better. It was strange to see Bombay in Tamil, through Tamil, but the film had dum. It was true, just like life. We watched Vardarajan's life in complete silence, from his beginnings in the slums and his rise up to power and fame. When his son was killed, when that choking cry came from Kamalahasan’s throat, we felt that pain, it was ours. »
("dum", दम : souffle, vie, énergie)

Il paraît que l'histoire est partiellement inspirée du Parrain de Coppola. Je ne sais pas dans quelle mesure, je ne l'ai pas vu. Ce que je sais, en revanche, c'est que Nayakan est un chef-d’œuvre, et que je suis entièrement d'accord avec le compte-rendu qu'en fait Ganesh Gaitonde.
Le personnage joué par Kamal, Velu, serait aussi inspirée par le gangster Varadarajan Muniswami Mudaliar. Nayakan raconte son ascension dans la pègre de Bombay : d'abord pauvre orphelin recueilli par une famille de contrebandiers, son intelligence et son charisme lui permettent d'étendre son pouvoir et de devenir le protecteur de quartiers entiers. Mais ces succès vont peu à peu détruire sa famille : ceux ses proches qui ne sont pas tués dans des affrontements entre gangs choisissent de s'éloigner de lui.


Je vais essayer de ne pas abuser des superlatifs, mais ça ne va pas être facile. Nayakan est un film très rigoureusement construit, qui possède un excellent scénario, digne d'une tragédie classique. Il est en outre plein de ces scènes qui vous laissent la gorge serrée dont Mani Ratnam a le secret, telle la première rencontre de Velu avec la (très) jeune prostituée qui deviendra sa femme. L'extrait donne également un aperçu de la musique composée par Ilayaraja. Enfin, tous les seconds rôles sont très bien joués, qu'il s'agisse de la famille de Velu, de l'acteur qui joue son ami, ou de Tinnu Anand (qui joue le fils handicapé mental d'une des victimes de Velu).

Un autre extrait : "Thenpandi Cheemaiyile", le morceau qui accompagne toutes les étapes de la vie de Velu.



La suite bientôt...

20.4.09

Hey Ram - 2000 (tamoul / hindi)

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Je n'avais acheté ce film, il y a quelques années, que parce que SRK figurait en bonne place sur la jaquette : il n'a en réalité qu'un petit rôle, mais je n'ai pas pour autant regretté mon achat : Hey Ram est un film sombre, violent - car la période dont il parle l'était - mais pas loin d'être génial.

Un vieil homme malade, Saket Ram (Kamal Hassan) se souvient d'évènements survenus lors de l'obtention de l'indépendance et de la partition de l'Inde. Il menait alors une vie heureuse avec sa femme Aparna (Rani Mukherjee) . Bien que hindou, il avait pour meilleur ami un musulman, Amjad (Shah Rukh Khan). Mais lors d'émeutes inter-communautaires, Aparna est violée et tuée. Ram, fou de douleur, se laisse convaincre par un activiste hindou que c'est le Mahatma Gandhi qui est responsable de ces violences, du fait de son attitude amicale envers les musulmans. Il s'engage aux côtés de ces extrémistes.



Un petit mot sur SRK et Rani pour commencer : il sont tous les deux excellents, bien qu'on ne les voie que peu de temps. Ils ne volent cependant pas la vedette à Kamal Hassan, à la fois scénariste, réalisateur, et acteur de ce film. Ce type, que je voyais jouer pour la première fois, a une présence absolument incroyable, il est remarquable dans un rôle pourtant difficile et subtil. Le film est centré sur l'évolution psychologique de Ram et sur ses rapports avec son entourage, et en particulier avec sa seconde épouse qui fait tout son possible pour comprendre son problème mais se heurte à chaque fois à un mur. Kamal Hassan est tour à tour jeune marié insouciant, homme blessé, militant muré dans son obsession, effrayant et en même temps pitoyable, et adopte à chaque fois les changements d'apparence qui s'imposent : c'est un véritable caméléon dans ce film. En outre, les acteurs interprètent tous des personnages originaires de la région dont ils viennent, et on passe sans cesse de l'urdu au tamoul ou au Bengali, ce qui ajoute au réalisme.

Le scénario est très riche, peut-être un peu trop dans sa volonté de ne pas simplifier outre mesure des enjeux historiques complexes, et de ne pas sombrer dans le manichéisme. La peinture des affrontements entre communautés est pertinente : on voit ainsi des voyous qui profitent d'une journée d'action pour commettre des exactions, des hommes devenus violents et presque fous sous le coup de la douleur, et d'autres qui exploitent cette douleur et lui donnent un contenu idéologique. Le film ne m'a paru assez équilibré dans sa représentation des communautés hindoue et musulmane. Le crime dont est victime le personnage de Rani Mukherji est monstrueux, et représenté comme tel dans une scène très dure, mais le fondamentalisme hindou n'est pas présenté sous un jour plus favorable : il est le fait d'illuminés, de manipulateurs, d'aristocrates ne supportant pas la fin de leurs privilèges, et d'individus vulnérables sous influence. L'absurdité de leurs théories éclate au grand jour lors de la confrontation entre Ram et Amjad, qui incarne bon sens et volonté de paix. Kamal Hassan filme sans complaisance aucune la volonté de vengeance de son personnage et ses terribles conséquences. spoiler
Ram est ainsi bien malgré lui responsable de la mort de son meilleur ami, tué alors qu'il tentait de lui faire recouvrer la raison.
Il fait de Hey Ram une condamnation efficace de la loi du talion, sujet qui lui tient visiblement à cœur puisque son second film en tant que réalisateur, Virumandi, pourra se lire comme un plaidoyer contre la peine de mort.

Mais l'audace du film est surtout visible sur le plan formel : filmé en noir et blanc, un vieillard qu'on dit fou gît sur un lit d'hôpital. Il se souvient de sa jeunesse ; la couleur apparaît. Ce choix esthétique visible d'entrée de jeu annonce la volonté de Kamal Hassan d'exprimer le plus exactement possible l'état d'esprit de Ram et son évolution (pour le vieil homme grabataire qu'il est devenu, le présent a moins de réalité que les souvenirs), quitte à s'éloigner des conventions et du réalisme. Il recourt par moments à des procédés presque surréalistes : hallucinations de Ram en plein délire, caméra subjective pour faire ressentir les effets de la drogue sur sa perception du monde.... Parfois (souvent) ça passe, parfois ça frise le ridicule (Ram sur le point de faire l'amour à sa femme se transforme en arme à feu ...). D'autres passages sont au contraire très réalistes : il s'agit par exemple des moments de tendresse partagés par Ram et sa première épouse, plus explicites que dans d'autres films mais absolument pas vulgaires, ou, surtout, des flambées de violence qui encadrent le film et donnent l'impression d'un calme précaire où une étincelle (la chute accidentelle d'un pistolet dans un camion) peut tout embraser.

Image

Quelques passages vont sans doute rester assez longtemps dans ma mémoire : l'immense tendresse des quelques scènes que Ram partage avec Aparna, les affrontements dans le labyrinthe des ruelles du quartier musulman de Delhi, et le discours bouleversant qu'Amjad y tient à son ami retrouvé ; la chanson au cours de laquelle Ram retourne dans son ancienne habitation et se remémore les moments passés avec sa femme.

En un mot, c'est un film presque toujours à la hauteur de ses ambitions, et que j'aurais sans doute mieux apprécié encore si mon DVD avait été de meilleure qualité. (Si quelqu'un a une bonne édition, je serais ravie d'en avoir les références).

la première chanson, en version hindi :



2.5.08

Guna (1992) - Tamoul

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Kamal Hassan est Guna, un jeune homme mentalement dérangé et obsédé par la déesse Abirami. Sa mère, tenancière d'une maison close, voudrait qu'il épouse Rosa, une des prostituées, mais Guna attend la venue de la déesse.Un jour il rencontre une jeune femme qu'il prend pour Abirami, et l'enlève.


. . J'ai été un peu déçue. Globalement j'ai vraiment aimé la première moitié mais la seconde m'a semblé cousue de fil blanc (le méchant tuteur d'Abirami, son syndrome de Stockholm qu'on essaie de nous faire prendre pour le grand amour...).
La réalisation est brillante, notamment au tout début du film et lors de la deuxième chanson où la caméra en un premier plan séquence quitte la fiancée délaissée de Guna occupée à lui chanter une berceuse pour parcourir la maison close où il habite et arrive enfin à un spectacle de danse sur lequel elle s'attarde, puis dans un mouvement parallèle elle suit la sortie des danseuses, enchaîne sur la mère de Guna qui prend la relève de la fiancée pour veiller sur son fils, puis s'arrête quelques instants sur le seuil de la chambre, à une distance respectueuse de sa souffrance. Les jeux de clair-obscur et les cadrages soulignent encore plus l'isolement de Guna et le contraste ente son sommeil et le fourmillement de la maison close, bercés par la même chanson. J'ai vraiment été bluffée. Il y a beaucoup d'images marquantes dans cette première partie : Guna qui prie la lune debout sur une jambe sur le toit, Guna fasciné par Abirami au milieu de la foule des pèlerins vêtus de orange...




Bon ensuite ça se gâte un peu, et les choix d'interprétation de Kamal Hassan n'arrangent pas les choses. Malgré des moments de génie où l'on retrouve le Kamal Hassan que j'aime, au jeu sensible et subtil, il a tendance a en faire trop (ah la mort du petit oiseau...). Ce qui est amusant, c'est que par moment, vers la fin, son interprétation annonce presque le personnage de Nandu dans Aaalavandhan. Sauf que dans Aaalavandhan un certain cabotinage et un jeu très "cartoon" étaient bienvenus, et en phase avec l'esprit général du film, et que ce n'est pas vraiment le cas ici. En tout cas ça m'a gênée. Et puis tant au niveau technique (l'accident de voiture n'est pas très crédible) qu'au niveau du scénario ça se gâte vraiment. Tout ce qui concerne le tuteur d'Abirami est prévisible à des kilomètres, l'histoire d'amour est difficile à prendre au sérieux (en tout cas je n'ai pas réussi, c'est ce qui m'a vraiment gâché cette partie du film), et la toute fin m'a paru un peu bâclée. Restent les paysages et la musique.



C'est quand même un film à voir, exceptionnel par certains aspects, un peu raté par d'autres, intéressant par les évolutions qu'il montre dans le jeu de Kamal Hassan (que je préfère décidément dans ses films les plus anciens)

6.4.08

Sadma (1983)

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de Balu Mahendra. Version Hindi de Moondram Pirai


Après un accident de voiture, une jeune femme (Sridevi) est victime d'amnésie et se retrouve avec le psychisme d'une enfant de six ans. Elle atterrit dans une maison close où on la rebaptise Reshmi. Elle y fait la connaissance de Somu (Kamal Hassan), un client qui s'aperçoit vite qu'elle n'est pas à sa place dans endroit. Le jeune homme, instituteur solitaire et mal dans sa peau, prend l'initiative de l'enlever et l'emmène dans son village, où il s'occupe d'elle comme si elle était sa fille.

Sadma est un film très simple, dont le scénario tient en quelques lignes. L'essentiel du film réside dans la description de la vie de Reshmi et de Somu, et dans l'analyse de leurs relations, forcément peu communes. Il n'est pas forcément facile de captiver le public pendant deux heures trente avec une histoire de ce genre, et pourtant je n'ai pas vu le temps filer. Les rapports entre les deux personnages sont décrits avec une justesse incroyable, des premiers temps, où Somu peine encore à réaliser que Reshmi raisonne comme une enfant (il faut voir le passage où il commence à répondre à ses questions horripilantes de petite fille, du genre "Pourquoi il fait froid ? -Parce qu'on est en montagne. - Et pourquoi il fait froid en montagne ? - Parce que on est en altitude ? -Et pourquoi on est en altitude ?" avant de s'arrêter et de sourire lorsqu'il comprend que les questions vont se succéder sans fin, comme toujours avec les gamins de cet âge), jusqu'à leur apprivoisement mutuel, et la naissance d'une profonde affection entre les deux.
Affection évidemment pas toujours dépourvue d'ambiguïté, malgré toute la bonne volonté et la gentillesse de Somu : ainsi, lorsqu'il lui achète un sari de mariée, on peut se demander si c'est juste dans une volonté paternelle de voir sa fille se marier et avoir une existence normale, ou si son désir est moins clair. Le film semble suggérer que la première option est celle qui guide ouvertement Somu, mais lorsqu'il s'endort, ses rêves laissent libre cours à ses désirs. Le retour à la réalité - la vision de Reshmi mal fagotée dans son sari mais ravie de pouvoir s'habiller "comme une grande" - est dans tous les cas poignante.

C'est d'ailleurs le film dans son ensemble qui est bouleversant. Quasiment exclusivement centré sur Reshmi et Somu, isolés dans un décors de montagne bucolique, il laisse aux acteurs tout loisir de réaliser d'excellente performance. Sridevi, que j'ai découverte il y a quelques mois dans 16 Vayathinile achève de me convaincre de son talent. Je ne s rien sur l'extraordinaire performance de Kamal, puisque de toutes façons, connaissant la vénération que je voue à cet acteur, personne ne croira que je suis objective. Ce type apporte à la plupart de ses rôles une profondeur et une émotion proprement incroyables. C'est quand il s'écarte de son sujet principal que Sadma est le plus faible, c'est à dire surtout dans l'intrigue secondaire impliquant la femme totalement nympho du patron de Somu, intéprétée par Silk Smitha, dont le jeu outré fait un peu tache au milieu de tant de délicatesse. Mais bon, elle permet quand même l'introduction d'une chanson d'anthologie. Les autres chansons sont là encore mémorables, surtout "Ae Zindagi Gale Laga Le" et "Surmayee Akhiyon Mein", centrées sur les sentiments de Somu.



"Ae Zindagi Gale Laga Le" - L'intro est splendide



"Surmayee Akhiyon Mein" - dadidadum - o dadidum - je vais pleurer :-(



Et le film résumé en 15 minute par Shemaroo. Pas de sous-titres hélas :


22.3.08

Holi Hai !

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Joyeux Holi à tous ! Voici mes deux clips préférés mettant en scène cette fête. Quels sont les vôtres ?




25.2.08

16 Vayathinile (1977) - Tamoul

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Parce qu'il n'y a pas que Mani Ratnam au sud de l'Inde, quelques mots sur l'intéressant 16 Vayathinile de Bharathi Rajaa, qui réunit Sridevi, Kamal Hassan (acteur que j'aime énormément) et Rajnikanth (que j'ai un peu plus de mal à apprécier).

Mayil (Sridevi), 16 ans, vient de finir ses études et revient dans son petit village. Elle y retrouve sa mère, ainsi que Chappani (Kamal Hassan), un simple d'esprit qui sert d'homme à tout faire à celle-ci. Chappani n'a d'yeux que pour la jeune fille qu'il vénère et s'imagine être sa future épouse. Mais Mayil, qui a atteint un niveau d'instruction sans équivalent chez les femmes de son village, rêve d'un beau mariage avec un citadin éduqué, espèce cruellement sous-représentée dans son village. Tandis que les villageois, et en particulier Parattayan (Rajnikanth), raillent sa prétention, Mayil attend le prince charmant, qui finit par surgir en la personne d'un vétérinaire anglophone, dont les costumes élégants et les lunettes d'intellectuel séduisent immédiatement notre villageoise. Mais les intentions du vétérinaires sont loin d'être pures...

Le film vaut surtout pour l'extraordinaire performance de Kamal Hassan, toujours crédible dans un rôle difficile. Il ne surjoue jamais, et on sent que ça performance et le résultat d'un vrai travail, visible dans la démarche de son personnage, son élocution, son expression. Il faut dire que le scénario lui offre un rôle très bien construit et réaliste, à la différence par exemple de celui de Vikram dans Pithamagan. Le personnage évolue au cours du film, mais de façon mesurée et progressive, sans miracle. Kamal n'en fait jamais un bouffon, mais un homme extrêmement émouvant. Cet acteur de génie rend touchant le moindre geste, le moindre regard de Chappani.


Rajnikanth, qui n'apparaît que peu de temps à l'écran, livre également une bonne performance, dans un de ces rôles de méchant qui ont jalonné le début de sa carrière. Il glace vraiment le sang dans la peau d'un homme lubrique et violent. Sridevi avait alors 14 ans et déjà plusieurs dizaines de films à son actif. Elle livre une bonne composition, malheureusement un peu éclipsée par celle de Kamal. Elle a néanmoins un peu tendance à surjouer (les battements de paupières...). Elle arrive cependant à marier à l'espièglerie d'une toute jeune fille la gravité que nécessite le scénario, faisant là encore évoluer son personnage en douceur.


Vous l'aurez compris, 16 Vayathinile bénéficie d'un bon scénario. Le film s'ouvre sur l'image de Mayil debout, les yeux baignés de larmes, au bord de la voie ferrée, puis débute un long flash-back qui ne s'achèvera qu'avec le générique de fin. En donnant quelques indices du dénouement sans le révéler entièrement le procédé renforce la noirceur de l'ensemble du film tout en préservant le suspens (je n'avais aucune idée de comment tout cela allait se finir jusqu'à la dernière minute). Cette fin, d'ailleurs, est peut-être un peu brusque, mais cette rapidité permet néanmoins d'éviter tout pathos superflu et s'accorde bien avec la dignité du personnage de Mayil telle qu'elle apparaît au début et à la fin du film.
Tout le film est marqué par un certain réalisme : l'atmosphère d'un petit village est bien rendue, avec ses querelles de voisinages, les hommes qui jouent aux cartes au pied de l'arbre et regardent passer les filles, ou encore à travers les menus travaux que pratique Chappani. Dans ce milieu rural le vétérinaire arrive comme un intrus, ce que souligne autant son langage que le contraste entre ses costumes et ceux des villageois. Il représente la ville, le lointain, et c'est ce qui séduit Mayil. Le réalisateur s'éloigne cependant par moments de ce réalisme pour oser quelques métaphores naïves (des oiseaux en liberté, une plante qui pousse ou qu'on écrase...) qui font un peu datées aujourd'hui.
Les chorégraphies sont fort simples et s'intègrent ainsi assez bien au récit. Je n'ai pas trouvé la musique d'Ilayaraja inoubliable, à l'exception d'une chanson qui scande le film et qui est pour le coup très belle :


28.7.07

Indian (1996, Tamoul)

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Etant d'une nature un peu frileuse, et commençant juste à découvrir le cinéma tamoul, j'ai jusqu'à présent choisi les films que j'achetais en me fondant sur la présence de Kamal Hassan, acteur que j'apprécie beaucoup. Je n'avais pas encore été déçue. C'est chose faite avec Indian.

Senapathy (Kamal Hassan), septuagénaire vétéran de la guerre d'indépendance, entreprend à la suite d'un drame personnel de régler le problème de la corruption des fonctionnaires d'une façon radicale. Le film présente en parallèle les assassinats de personnes corrompues qu'il commet et les efforts d'un jeune homme, Chandru (re-Kamal Hassan), bien décidé à abreuver de pots de vin la terre entière pour obtenir le poste convoité de "Break Inspector" (il m'a fallu un certain temps pour comprendre que cela signifiait en réalité Brake Inspector). Les deux histoires finiront par se rencontrer.

Les problèmes d'abord. Outre les sous-titres anglais un peu bizarres déjà mentionnés, (mon dvd est un Ayngaran original ), le principal défaut d'Indian est qu'on a beaucoup de mal à s'intéresser aux personnages. Senapathy est un meurtrier, Chandru est bien sympathique, mais son histoire ne commence à devenir intéressante que dans la dernière heure du film, et les personnages féminins sont presque tous très superficiels (dommage pour Manisha Koirala, dans le rôle d'Aishwarya, membre de la SPA qui vole au secours des animaux menacés). On se moque un peu du manège assez répétitif de celle-ci et de sa rivale (Urmila Matondkar) autour de Chandru. J'ai en outre eu un peu de mal avec l'humour du film, qui provient notamment des opérations de sauvetages menées par Aishwarya et qui m'a à peine fait sourire. Si la séquence d'ouverture, ou on entend les couloirs d'un bâtiment administratif résonner de conversations sur les pots de vin reçus et donnés est frappante, la peinture de la corruption devient cependant vite répétitive. Et une des chansons souffre de paroles pas très très poétiques. Voici ce que traduisent mes sous-titres :


En un mot, je me suis un peu ennuyée, et le message assez simpliste du film n'arrange rien.

Les bons points maintenant (il y en a quand même un certain nombre). Le flash-back sur la jeunesse de Senepathy, en forme d'hommage aux vieux films indiens, est splendide.

La poursuite dans l'aéroport est haletante. La musique de Rahman est magnifique. Et les chorégraphies sont toutes très impressionnantes, je me les repasse en boucle. L'énergie et l'insolence de Akadaannu Naanga, pendant laquelle le réalisateur c'est visiblement lâché au niveau des effets spéciaux (cliquez sur les photos pour les voir en grand),

la puissance de Kappaleri Poyachu(ma préférée, cela faisait longtemps que je n'avais pas été aussi émue par une chorégraphie), qui fête l'indépendance et réussit à associer à des mouvements de foule majestueux le duo émouvant d'un couple qui se retrouve après la guerre


, et la magie féérique de Maya Machindra (vidéo ) sont inoubliables.

Les costumiers se sont déchainés, il y a des centaines de figurants... Bref c'est du grand spectacle comme on aime en voir.


la version hindi de Maya Machindra, cliquer sur la vidéo pour accéder à youtube et la regarder en haute qualité)

19.7.07

Virumaandi (2004, Tamoul)

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Une jeune juriste, qui réalise un film contre la peine de mort, interviewe gardiens et condamnés dans une prison. Un homme condamné à la prison à vie pour complicité de meurtre, Kotharala Thevar, lui raconte les circonstances qui l'ont conduit en prison.
Dans un petit village miné par la guerre des clans, il a eu le malheur de s'allier avec un fermier ivrogne et violent, Virumaandi (Kamal Hassan), qui a fini par massacrer 24 personnes avant de violer et d'assassiner sa nièce Annalakshmi que Kotharala lui avait promise en mariage.
La juriste interviewe ensuite Virumaandi, qui attend son exécution dans la même prison et dont la version des faits est bien différente de celle de son complice présumé.


Sur les plans narratif et cinématographique ce genre de procédé est toujours intéressant, car il souligne le pouvoir de manipulation du cinéaste, capable de faire croire à des faits pendant une heure pour les démentir dans la suite du film. Une telle méthode conduit parfois le spectateur à renoncer à savoir ce qui s'est passé, quand le film ne tranche pas entre les versions proposées, ou quand il apparaît que chaque personnage a sa vérité, ni plus ni moins valable que celle des autres.
Attention plein de spoilers à venir :
Ce n'est pas le cas ici. La version de Kotharala est clairement dénoncée comme mensongère par Kamal Hassan, qui veut montrer comment un homme a pu être injustement condamné à mort. L'effet suscité chez le spectateur est donc moins le doute que la compassion pour Virumaandi, renforcé par le fait que nous avons, nous aussi, pendant une heure, cru à tort à sa culpabilité.
Ce procédé présente en outre le risque d'ennuyer le spectateur en lui racontant deux fois les mêmes événements, dont on connaît l'issue. Kamal Hassan évite ce piège, car le récit de Virummandi insiste beaucoup plus sur ses moments d'intimité avec Annalakshmi, dont Kotharala n'avait pas connaissance, et parce qu'il va plus loin que celui de Kotharala, qui s'achevait sur un acquittement et n'expliquait donc pas comment les personnages s'étaient retrouvés en prison. En outre, quand les deux personnages rapportent les même faits, ce qui était au premier plan dans la version de Kotharala ne sert que de décor dans le deuxième récit. Ainsi en est-il de la fête au cours de laquelle Viruumandi se fait agressé.


Kamal Hassan est un acteur qui sait tout faire, dont je commence juste à découvrir les films et qui m'impressionne de plus en plus. Interpréter tour à tour un Virumaandi violent et sans scrupules puis sensible et amoureux était un défi dont il se sort très bien, surtout dans la deuxième partie. Abhirami, qui joue Annalakshmi, est elle aussi excellente.





C'est le deuxième film réalisé par Kamal Hassan que je vois, après le génial Hey Ram, et ce qui frappe avant tout, dans les deux films, c'est l'extrême violence de certaines scènes, au point qu'on se demande parfois si elle est bien nécessaire. L'usage qu'en fait Kamal Hassan dans Virumaandi est cependant intéressant. Dans le récit de Kotharala Thevar, bien que l'histoire qu'il raconte soit horrible, la violence saute moins aux yeux. On voit nettement moins d'hémoglobine, les meurtres sont présentés comme de simples faits par un personnage qui semble assez distant de ce qu'il raconte. Et pour cause, puisque son récit, que Kamal Hassan choisit logiquement de filmer d'une façon moins réaliste, moins frappante que la suite du film, se révélera être un tissu de mensonges, une fiction, dépourvue de la charge de réalité que porte la version de Virumaandi. En revanche, dans le récit véridique de Virumaandi, qui a été très affecté par les évènements, tout comme dans la dernière partie du film, après les flashbacks, la violence est présente dans toute sa monstruosité, et rejoint le message de Kamal Hassan : un meurtre, dans la réalité, est toujours un acte violent et monstrueux, qu'il soit puni par la loi ou légal.