3.1.14

The Lunchbox (Ritesh Batra)


The Lunchbox, c'est l'histoire de la relation épistolaire qui naît entre un employé de bureau acariâtre et vieillissant nommé Fernandes et la jeune mère de famille dont il reçoit les plats tous les midis, à la suite d'une erreur dans le système pourtant très performant des livreurs de gamelles de Bombay.




Ce n'est pas vraiment une histoire d'amour, plus l'histoire de deux individus mal à l'aise dans la société indienne actuelle, et surtout très seuls, qui trouvent un réconfort dans ces lettres.

Plus que les lettres elles-mêmes, assez fades, ce sont les changements que ces échanges provoquent chez Fernandes qui font l’intérêt du film. Je ne surprendrai personne en révélant qu'il s'humanise de plus en plus, mais son évolution est jouée avec beaucoup de finesse par Irrfan Khan, et s'exprime avec humour dans ses rapports avec le jeune collègue particulièrement agaçant qu'il doit former à lui succéder (Nawazuddin Siddiqi, qui est actuellement dans tout ce qui se fait de bien à Bombay).

Le vrai tour de force du film, c'est de donner un intérêt cinématographique à un échange de lettres, en s'appuyant sur ce système de livraison de repas qui s'ancre dans la réalité physique de Bombay, et en mettant joliment en scène chaque arrivée (et ouverture) de la gamelle, attendue avec impatience. La répétition de ces scènes souvent silencieuses, leur évolution progressive, rappelle le cinéma d'Elia Suleiman.

Le film est un peu moins réussi quand il s'intéresse à Ila (Nimrat Kaur, la révélation du film), l'épouse délaissée et malheureuse. Elle partage ses états d'âme avec une voisine toujours invisible, et cet artifice paraît un peu facile, surtout que ces échanges n'ont rien de très mémorables.

Globalement, c'est un film charmant et réussi, mais on peine à comprendre pourquoi  une bonne partie de la presse française y voit le film du renouveau du cinéma indien. Il n'est pas du tout aussi révolutionnaire que, pour prendre un autre film sorti récemment sur nos écrans, Gangs of Wasseypur, certes agrémenté de chansons et d'un abord moins facile mais beaucoup plus intéressant et radical.

Ne boudons cependant pas notre plaisir : c'est un bon film, très touchant, drôle aussi par moment, qui nous plonge dans le quotidien des habitants de Bombay tout en restant dans sa forme très accessible à un public occidental. Ajoutons à cela la présence d'Irrfan Khan, l'un des visages indiens les plus connus en Occident, et l'on comprend son joli succès (195 894 entrées cumulées au bout de trois semaines d'exploitation, c'est très honnête*).




* source : JP's Box-Office, classement France de la semaine du 25 au 31 Décembre 2013

2 commentaires:

yves a dit…

Bonjour A2line,
Merci à toi qui m'a permis de voir ce petit film qui comme tu le dis constitue un bon moment de cinéma, mais effectivement n'est pas non plus le miracle que certains critiques voudraient qu'ils soient (j'ai lu dans Télérama une commentatrice disant qu'Hollywood allait devoir faire attention dorénavant! Comme si la distribution des films américains se souciait de ce genre de production...)
Mais toi, est-ce que as pu le voir avec sous-titres? Je n'ai pas trouvé de version avec. Il a fallu me débrouiller avec mon hindi, bien impuissant la plupart du temps.

A2line a dit…

Bonjour Yves,

je suis contente que tu l'aies vu !

J'ai la chance d'habiter à côté d'une ville truffée de cinéma d'art et essai, qui passent les films en VO sous-titrée :-)
Heureusement car mon hindi est plutôt rouillé.