15.1.11

Naseeruddin Shah : une retrospective (partie 1)

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Après quelques années de consommation effrénée de films hindi, j'avais l'impression d'être arrivée à saturation. En parcourant les blogs des uns et des autres en quête de renouveau, je me suis aperçu que j'ignorais tout de ce qui avais été pour beaucoup leur porte d'entrée dans le cinéma hindi : le cinéma d'auteur des années 1980. Des films relativement courts, en général sans chansons, abordant souvent de façon directe des problématiques sociales, et dominée par une poignée d'excellents acteurs : Om Puri, Shabana Azmi, Smita Patil, et Naseeruddin Shah.
Voir quelques-uns de ces films m'a rappelé combien j'adorais ce dernier : s'en est suivi un visionnage compulsif de tous les films que je pouvais trouver, d'auteur ou commerciaux, auxquels il a participé. Pour en savoir plus sur lui, vous pouvez consulter l'article en français que Wikipédia lui consacre.

Voici un aperçu de quelques-uns des films que j'ai pu voir, par ordre chronologique.

1975 : Nishaant ("la fin de la nuit"), Shyam Benegal

De gauche à droite et de haut en bas : Shyam Benegal, Girish Karnad (?), Mohan Agashe
Amrish Puri
Shabana Azmi, Naseeruddin Shah, Smita Patil


Le film : Beaucoup de spoilers, attention ! Amrish Puri et ses frères font régner la terreur dans un village. Le plus jeune, et le moins audacieux des quatre frères (Naseer), nous rejoue le Ramayana en enlevant la femme du nouvel instituteur (Girish Karnad). Ce dernier fait son possible pour la récupérer, mais personne ne lui vient en aide. Jusqu'à ce que tout le village se soulève enfin contre l'oppresseur, à l'instigation du prêtre et de l'instituteur.
La tension monte peu à peu jusqu'à cette révolution, présentée d'une façon très désenchantée, comme un déchaînement de violence, nécessaire peut-être, mais combien dévastateur. Pendant que les villageois partent poursuivre le dernier frère survivant, le prêtre horrifié ne parvient pas à quitter le cadavre d'un enfant, et l'instituteur appelle désespérément sa femme, partie avec son ravisseur. On ne saura jamais ce qui arrive à celle-ci, mais les images de la foule en colère laissent peu d'illusions.
L'ensemble des acteurs est exceptionnel, à commencer par Girish Karnad, au centre du film. Amrish Puri, qui jouait pourtant à l'époque des rôle plus variés qu'à la fin de sa carrière, a ici un de ses meilleurs rôles de méchants.

Le rôle de Naseer : Secondaire, mais capital pour l'histoire, et assez ambigu.

A voir ou pas ? A voir.

1977 : Godhuli - mon avis sur le site Fantastikindia

1980 : Sparsh, Sai Paranjpye



Le film : Anirudh est le directeur d'une école pour non-voyants. Il est aveugle, solitaire, et très susceptible. Kavita est une jeune veuve. Elle est musicienne, solitaire, et ne se remet pas de la mort de son époux. Je vous laisse compléter la suite de l'histoire...
L'ensemble, bien qu'assez convenu, est très touchant, jamais mélodramatique, et très bien joué par Naseer et Shabana. Om Puri fait aussi une apparition.

Le rôle de Naseer : Un de ses meilleurs ! Il faut dire que son personnage a une réelle profondeur : il n'est pas simplement défini par son handicap, loin de là, mais plutôt par son caractère assez difficile, et par son incapacité à accepter l'affection d'autrui, qu'il prend toujours pour de la pitié.

A voir ou pas ? A voir absolument !

1983 : Masoom (Innocent), Shekhar Kapur
Le film : DK et Indu (Naseer et Shabana) mènent une vie heureuse avec leur deux filles (dont l'aînée est jouée par Urmila Matondkar), jusqu'à ce que DK apprenne qu'il a un fils, conçu alors qu'il était déjà marié, et qu'il va devoir s'occuper de cet enfant dont la mère vient de mourir. Le petit Rahul (Jugal Hansraj) est l'enfant le plus adorable qui soit, mais Indu voit évidemment son arrivée d'un très mauvais œil.
Rahul, qui voudrait tant connaître son père, va-t-il découvrir qu'il s'agit de DK ? Indu va-t-elle accepter la présence de Rahul ? Va-t-elle se réconcilier avec DK ? L'ensemble est tellement bien fait et émouvant qu'on n'arrive même pas à reprocher au film sa morale très conventionnelle.
Il y a plusieurs chansons, toutes très belles.



J'adore le zoom arrière à partir de 3'36''




Deux vidéos pour un seul film. Et l'équilibre de l'article, alors ?


Le rôle de Naseer : Passionnant : DK est partagé entre d'un côté sa culpabilité et la crainte de voir sa famille s'effondrer, et de l'autre sa pitié (puis son amour) pour Rahul et sa joie d'avoir un fils, et Naseeruddin Shah rend tous ces sentiments à la perfection.

A voir ou pas ? A voir absolument !


"-Sur le dessin c'est moi, et puis mon Papa.
-Ah, ton Papa porte des lunettes ?
-Oui"





1983 : Katha (Conte), Sai Paranjpye


Le film : Rajaram P. Joshi est un jeune homme d'une gentillesse sans borne. Il vit à Bombay dans un chawl, est amoureux de sa voisine (Deepti Naval), et n'ose évidemment pas le lui dire. Au début du film il est tout fier de la belle pancarte qu'il a fait faire pour afficher son identité sur sa porte : mais son nom, qui ne rentrait pas en entier, a dû être abrégé. D'une manière générale, Rajaram a beaucoup de mal à s'affirmer. Arrive son ami d'enfance Bashudev (Farooq Shaikh), qui préfère qu'on l'appelle Bashu, menteur, tricheur, et séducteur invétéré. Rajaram, en admiration devant l'audace de Bashu, n'ose pas dénoncer ses méfaits.
Le générique annonce la couleur en présentant une version en dessin animé de la fable du lièvre et de la tortue : on est dans un conte, avec des personnages très caricaturaux, et une morale, que je ne suis pas sûre d'apprécier.
Il y a beaucoup de passages drôles (le rêve de Rajaram, harcelé par des collègues très entreprenantes, ou quand il s'imagine dans la peau de Bashu), et la description de la vie quotidienne dans le chawl est assez rare au cinéma pour être remarquée.

Le rôle de Naseer : Central, mais le personnage, bien que tout mignon, manque vraiment d'épaisseur.

A voir ou pas ? Pourquoi pas ?





La suite dans un prochain article ! Pour cette période j'ai laissé de côté, parmi les films que j'ai vus, Bhumika, parce que Naseeruddin Shah n'y a qu'un petit rôle, qui correspond à la seule partie du film que je n'aime pas ; et Aakrosh, dont je parlerai lorsque je l'aurai vu avec des sous-titres.

4.1.11

Adieu 2010

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Cela devient une habitude : en chaque début d'année, je réalise que je n'ai vu qu'un petit nombre de films de l'année précédente, en partie en raison du décalage entre la sortie en salle et la sortie du DVD, en partie parce que je regarde de plus en plus de film déjà anciens, aux dépens des films de l'année en cours.

Le bilan de 2010 sera donc vite fait : cinq films vus seulement !

Trois films hindi : Dabangg, Ishqiya, My name is khan, un film tamoul , Raavanan, et un film télugu, Leader.


Que peut-on dire, avec le recul, de ces quelques films ?

De Leader je garde le souvenir d'un film agréable à regarder, mené par Rana Daggubati, qui ne l'est pas moins. On y voit le fils d'un Chief Minister assassiné se lancer en politique, et oublier très vite ses beaux idéaux. Je me souviens aussi m'être dit que Rana aurait pu être plus expressif. Mais le film m'a tellement peu marquée que j'ai dû en relire le résumé sur Wikipédia pour pouvoir écrire ces quelques mots.




Raavanan restera la grosse déception de l'année, et m'amène à admettre finalement une conclusion que je m'étais longtemps refusée à accepter : les films de Mani Ratnam ne sont plus ce qu'ils étaient... De jolies images vides de sens, une narration artificiellement complexe qui empêche d'entrer dans l'histoire et n'apporte, là non plus, pas beaucoup de sens, et des personnages très creux, ce qui est un véritable gâchis vu le casting. J'en parlais un peu ici.

L'année a-t-elle était plus satisfaisante du côté de Mumbai ?

Avec My Name is Khan Karan Johar décidait de s'attaquer à un sujet à l'exact opposé de ses films précédents, l'histoire d'un musulman atteint du syndrome d'Asperger en lutte contre l'islamophobie qui a coûté la vie à son fils. Sauf que son style n'a pas changé du tout, et que le sujet aurait sans doute exigé quelques nuances (un mot absent de son vocabulaire), un scénario un tout petit peu plus crédible, et un minimum de documentation sur les Etats américains où l'action est censée se passer (disons que l'image du sud des Etats-Unis donnée par My Name is Khan est aussi réaliste que celle qu'Indiana Jones et le temple maudit donnait de l'Inde) Néanmoins la première partie est vraiment plaisante, Kajol est rayonnante, et Shahrukh se débrouille plutôt bien ! Et Karan n'a pas oublié comment nous faire pleurer à chaudes larmes, je pense en particulier à la scène où Rizvan se joint à la chorale interprétant We shall overcome en chantant la version hindi de cette chanson, Hum honge kamyab.

Le trailer de Dabangg promettait un masala bien sympathique comme on en voit plus au sud qu'au nord de l'Inde.



Voici ce que j'en disais ailleurs :

Chulbul Pandey, flic policier corrompu mais au grand coeur, s'oppose à son beau-père et à son demi-frère, ainsi qu'à un homme politique véreux dont il a contrecarré les plans.

Dabangg est un gros masala à l'ancienne (malgré sa durée assez courte, environ 2h), comme on n'en voit plus dans le cinéma hindi. Les personnages appartiennent à des milieux relativement modestes, peu occidentalisés. Le héros bénéficie d'une introduction dans les règles de l'art, lors d'une baston surréaliste puis dans une chanson à sa gloire ("il n'a peur de rien, il est capable de tout..." disent les paroles). Ce sont des aspects qui me plaisent bien. Quant à l'héroïne, elle n'a strictement rien à faire, si ce n'est se laisser séduire par le héros (c'est à dire regarder Salman passer à tabac quelques gangsters devant elle), et son histoire arrive à une conclusion avant même l'entracte. Pour toutes ces raisons, Dabangg évoque beaucoup plus le cinéma du Sud que le Bollywood d'aujourd'hui.

Le gros problème, c'est que contrairement aux masalas de Prabhas où de Surya, Dabangg n'a pas de héros charismatique. Salman, qui devrait porter le film sur ces épaules, n'a pas tout à fait la présence ni le charme nécessaires pour rendre sympathique un personnage corrompu et violent, qui a en plus droit aux dialogues les plus vulgaires du film (du genre : "si tu ne m'obéis pas je vais te percer de tellement de trous que tu ne sauras plus par lequel respirer et par lequel péter". Affligeant). Par ailleurs Miss Sinha va devoir apprendre à faire autre chose que baisser les yeux et prendre l'air triste si elle veut se faire un prénom. Le reste du casting est plus sympa, de Vinod Khanna qu'on est toujours content de retrouver, à Sonu Sood de plus en plus cantonné dans les rôles négatifs.
Le scénario est assez primaire et joue à fond la carte du talion et de la violence racoleuse, qui culmine lors du final, où l'on voit (spoiler : sélectionnez la zone ci-dessous)

Salman faire respirer au personnage de Sonu Sood des gaz d'échappement jusqu'à ce qu'il en meure, pour le punir d'avoir tué sa mère en l'étouffant. Ce meurtre est rappelé plusieurs fois dans des flashback franchement pesants.

Heureusement que les chorégraphies sont toutes très soignées et pour certaines franchement réussies, et nombreuses, et que la musique est agréable.


"Munni badnaam hui", l'item number de Malaika Arora, certainement le plus gros hit de 2010 :



Et enfin, Ishqiya. Il serait un peu ridicule, vu le peu d'étendue du corpus, de jouer au jeu des classements, mais je peux dire qu'Ishqiya a été de loin mon film préféré. Le film est loin d'être parfait pour autant : le scénario est un trop tarabiscoté, et son dénouement aurait pu être mieux amené. Mais on s'intéresse vraiment aux relations des trois personnages, c'est rythmé et souvent drôle, les trois acteurs sont épatants, et la musique est splendide.


"Dil to bachcha hai ji". Je suis complétement accro à cette chanson. Les paroles sont traduites (et explicitées) ici.


ibn-e-batuta : Sukhwinder !!






Et 2011 ?

Et bien j'attends surtout deux films : La production Disney Anaganaga Oka Dheeru, Avec Siddharth et Shruti Hassan. Siddharth + Fantasy = que du bonheur.



Et Saat Khoon Maaf ("sept meurtres pardonnés"), dans lequel Priyanka Chopra épouse, entre autres, John Abraham, Irfan Khan et Naseeruddin Shah. Le fils cadet de ce dernier fait d'ailleurs ses débuts dans ce film (vu le léger air de famille, c'est vraisemblablement le jeune homme qui se fait embrasser par Priyanka, et dont on voit le profil au premier plan à la fin)




traduction de ce que dit Priyanka (améliorations et remarques bienvenues en commentaires !) : "Toutes les épouses du monde se sont forcément demandé, à un moment ou un autre,comment elles pourraient se libérer pour toujours de leur mari."