23.9.12

Jour 30 - Mon film préféré

Le Monde d'Apu (Apur Sansar).
La Complainte du sentier nous avait dépeint la vie du petit Apu, fils d'un brahmane pauvre dans un petit village, guettant, avec sa sœur, le passage du train, fascinant symbole de la modernité qui arrivait tout juste dans la campagne bengalie.
L'Invaincu nous le montre jeune adolescent, surmontant la mort de son père. Écolier, puis étudiant brillant, il migre progressivement vers la grande ville.
On le retrouve ici jeune homme, arrêtant ses études faute d'argent, marié presque par accident, amoureux de sa femme, prêt à s'établir enfin comme père de famille, quand un nouveau deuil le frappe.
 Sharmila Tagore, la jeune mariée

Apu avait fait face, invaincu, à la mort de sa sœur, de son père, de sa mère. Toujours, la vie avait repris ses droits. Jamais Satyajit Ray n'avait semblé porter un regard pessimiste sur le monde. Mais lorsque la femme adorée d'Apu meurt en couche, notre héros vacille. Tout à sa douleur et à sa colère contre ce fils qui a causé la mort de son épouse, il fuit ses responsabilités de père de famille, ère dans la forêt tel Yvain dans sa folie. Ou, pour faire une comparaison plus locale, il refuse d'endosser la tâche de maître de maison, deuxième étape de la vie d'un hindou, pour adopter avant l'heure les habits du renonçant, vivant dans la forêt, coupé du monde. 
Mais ce fils qu'il ne veut pas voir grandit malgré tout, petit chenapan délaissé et incontrôlable, mais plein de vie. Sa rencontrer avec son père, revenu de son exil forestier va mener à l'une des plus belles fins qu'il m'ait été donné de voir.

Le Monde d'Apu est un film sur le passage à l'âge adulte, sur la fondation d'une famille. Mais c'est aussi un film sur le deuil. Il est parcouru par les forces opposées de la famille qui ancre Apu dans le monde et de la souffrance du deuil qui l'en coupe. On perd le compte du nombre d'êtres chers qu'Apu perd dans la trilogie. Pourtant, même dans ce volet, qui nous montre un héros particulièrement affecté par ces pertes, il n'y a aucun pathos. C'est le lyrisme qui domine, mais un lyrisme simple, sans affectation. Celui du bonheur simple de la vie en couple, dans le pauvre petit appartement de Calcutta transformé en cocon chaleureux. Celui qui naît de la campagne du Bengale, filmée de façon très sobre, en plans larges dans lesquels se détache la figure solitaire et sombre d'Apu. Celui de cette fin inoubliable, pleine de promesses.
Apu renonce à l'oeuvre de sa vie, le roman autobiographique qu'il rédigeait. 

4 commentaires:

yves a dit…

Merci A2line pour cette évocation très touchante d'un film qui est sur ma liste, après avoir vu comme toi les deux premiers de la série. C'est étrange, la ligne narrative ressemble par certains aspects à celle de Subarnarekha, par Ritwik Ghatak, l'autre "grand" réalisteur bengali: l'as-tu vu?

A2line a dit…

Merci pour ton commentaire Yves !
Je n'ai pas vu Subarnarekha, mais d'après le résumé proposé par Wikipédia, j'ai l'impression que l'intrigue d'Apur Sansar est beaucoup plus simple et présente moins de rebondissements.

Sindbad Nadir a dit…

ah bah oui, j'aurais dû faire une recherche plus attentive sur votre blog. Vous connaissez bien Satyagit Ray mais je vois que Charulata n'est pas mentionné,
Cordialement,
Nadir

A2line a dit…

J'aime beaucoup ce réalisateur, vraiment à part dans le cinéma indien. En effet, pas d'article sur Charulata pour l'instant, mais peut-être un jour !

Cordialement,
A2line