16.10.12

Des livres dans des films

J'ai découvert la semaine dernière une bibliothèque qui avait décidé de ne constituer sa collection de DVD que de films dans lesquels une bibliothèque était présente. Naturellement, mon premier réflexe a été de chercher s'il y avait des films indiens dans lesquels les bibliothèques, ou même plus généralement le livre, jouaient un rôle significatif.

Ma chasse n'a pas été très fructueuse. Le cinéma indien regorge de personnages de poètes, qui chantent leurs créations sous les fenêtres de leur belle où à leurs pairs dans des mehfil, mais de leurs livres, dans leur matérialité, il est fort peu question. La tradition d'oralité qui marque la littérature indienne leur laisse peu de place. Et, naturellement, les contraintes du cinéma indien conduisent à accorder plus d'importance au texte dit (ou chanté) qu'au texte écrit, imprimé.

Une exception cependant : Pyaasa (qui, petit rappel, viens de sortir en France, sous le titre L'Assoiffé). Notre héros, Vijay, est un Poète Maudit. Il chante bien évidemment son œuvre à de nombreuses reprises. Mais, et c'est là l'originalité, les exemplaires papier de ses poèmes jouent un rôle crucial. Son manuscrit déjà : donné à un éditeur, envoyé au pilon, il est récupérée par une prostituée et constitue son premier contact avec le poète dont elle va tomber amoureuse. Et c'est en trouvant un autre manuscrit, tombé de sa poche, qu'elle le reconnaît. Les déboires de Vijay avec différents éditeurs constituent également un élément important du film.

 
Vijay chez l'éditeur

Présentés comme incapables de reconnaître le génie, allergiques à la modernité et avides d'argent, ceux-ci n'ont vraiment pas le beau rôle dans Pyaasa. Mais le Poète pourrait-il être Maudit s'il trouvait des interlocuteurs compréhensifs ? Lorsque enfin les poèmes de Vijay connaissent le succès, et que les lecteurs se ruent chez des libraires en rupture de stock, apparaît le livre imprimé, présenté comme objet commercial. On négocie ferme, on se dispute les droits. Et l'on (c'est-à-dire, toujours, l'éditeur) soigne la communication autour de la personne de Vijay, pour entretenir le buzz. Ce qui déplaît fortement à notre héros, qui interrompt de façon mémorable une de ces opérations de promotions. Si vous n'avez pas vu ce film, la sortie du DVD Carlotta est l'occasion rêvée : c'est vraiment un incontournable du cinéma indien, et un film pour lequel j'ai personnellement beaucoup d'affection.


Pour trouver des bibliothèques cependant, il faut chercher ailleurs. Mais avant, un détour pour un type de livre particulier, le livre en braille. Deux films me viennent à l'esprit : Black, où l'on voit régulièrement Rani parcourir de la main des ouvrage ainsi écrits. C'est ici un des éléments de l'émancipation de cette jeune femme sourde, muette et aveugle. Et Sparsh (dont le titre signifie d'ailleurs "Le Toucher"), où un petit garçon aveugle est tout fier de pouvoir à son tour lire une histoire à son ami. Dans ce film, une jeune femme (Shabana Azmi) s'implique dans la vie d'un pensionnat pour enfants aveugles, moitié par charité, moitié par intérêt pour le directeur de cette institution. Elle commence par leur raconter des histoires (en chantant, naturellement), ce qu'elle fait très bien et que les enfants apprécie. Puis, sensibilisée aux difficultés que rencontrent les jeunes aveugles pour trouver de la lecture elle finit par leur offrir un lot de livres en braille (gagnant au passage le cœur du directeur). Ce passage de l'oral vers l'écrit s'inscrit vraiment dans la thématique du film, portée par le très indépendant directeur du pensionnat : l'importance de l'autonomie pour les personnes handicapée. Le livre permet cette autonomie, en affranchissant les enfants, dans leur désir d’histoires, de leur dépendance au conteur.

Cette surprenante présence du livre en braille, dans un cinéma où les livres sont si rares, s'explique peut-être en partie par la gestuelle spécifique de la lecture du braille, peut-être plus intéressante à montrer à l'écran. 

Et les bibliothèques dans tout ça ? Beaucoup de films se déroulent dans des universités. Les bibliothèques universitaires y font donc parfois une apparition. Je me souviens d'une séquence chantée, un duo que je n'arrive pas à identifier, qui nous montrait l'héroïne retirant un livre d'une étagère et voyant apparaître dans l'espace ainsi libéré le visage de son amoureux, qui justement venait de retirer un livre juste derrière, de l'autre côté de la même étagère.
Mais cette apparition reste assez anecdotique. La scène la plus marquante est sans doute la première visite à la bibliothèque de Lucky dans Main Hoon Na. Lucky, c'est le cancre de service, qui a redoublé trois fois, hyper cool, hyper populaire, mais qui met un point d'honneur à ne pas travailler. Mais le voilà obligé de réaliser un travail en physique pour venir en aide à son ami Ram. Et le voici pénétrant pour la première fois dans l'enceinte sacrée de la BU, Temple du Savoir, renversant le riz comme une jeune mariée entrant pour la première fois chez sa belle famille :


Je n'ai trouvé que deux films dans lesquels les bibliothèques jouent un rôle significatif, et voici le second : Lage Raho Munna bhai. Munna Bhai, sympathique voyou, s'est fait passé pour un universitaire spécialiste de Gandhi. Pour ne pas décevoir l'animatrice de radio qui le convie à animer une conférence, il doit se documenter sur le Père de la nation indienne. Munna hésite devant la porte de la bibliothèque Mahatma Gandhi. Quand il se décide à entrer, il trouve des locaux désert et un bibliothécaire très heureux d'avoir enfin un lecteur.


Il consulte tout les ouvrage qu'il peut (en musique), et bientôt, quelque chose d'inattendu se produit  : Gandhiji apparâit en personne sous les yeux ébahis de Munna. Quand on vous dit qu'il faut rendre le savoir vivant !
Mis a part cet élément qui va jouer un rôle central dans la suite du film, cette séquence joue encore sur le décalage entre un personnage peu habitué au travail intellectuel et le décor impressionnant de la bibliothèque.


Et c'est tout ce que j'ai trouvé ! Si d'autres films vous viennent à l'esprit, surtout n'hésitez pas à me dire lesquels en commentaire.

2 commentaires:

Sindbad Nadir a dit…

Bonjour,
Tout d'abord félicitations pour la qualité d'écriture de vos articles, particulièrement celui-ci dont le sujet est de surcroit passionnant.
Vous devez sans doute connaître mais je me permets d'attirer votre attention sur les films de Satyajit Ray particulièrement Charulata qui raconte à travers une idylle amoureuse l'éveil d'une femme à son talent d'écriture.
D'une manière générale, je vous recommande tous les films de ce grand réalisateur bengali, particulièrement Le salon de musique, Les joueurs d'échec, La trilogie d'Apu et celui indiqué ci-dessus.
Cordialement,
Nadir

A2line a dit…

Bonjour,

Merci pour votre message. Il est toujours agréable d'avoir des réactions aussi positives !
Vous avez raison de mentionner Charulata, et j'ai un temps pensé à l'inclure dans cet article, mais mes souvenirs étaient trop vagues pour que je puisse analyser le film. C'est pour cette raison que je ne l'ai finalement pas fait.


Concernant Satyajit Ray, c'est un réalisateur que j'aime beaucoup. Certains de ces films, comme le Monde d'Apu, les Joueurs d'Echecs ou l'Adversaire font partis de mes films préférés.

Cordialement,

A2line