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10.8.11

Quelques mots sur trois films récents : Buddha Hoga Tera Baap, Zindagi Na Milegi Dobara et I Am

2 commentaires
Buddha Hoga Tera Baap, de Puri Jagannath, avec Amitabh Bachchan, Hema Malini, Charmee, Sonu Sood.

Drôle de film qui pourrait servir de clip promotionnel à une nouvelle édition des classiques de Big B, tant l'histoire (un gangster revient à Mumbai pour intervenir dans la lutte opposant un policier à la mafia de la ville) n'est qu'un prétexte pour nous montrer un Amitabh Bachchan toujours jeune et pour multiplier les hommages souvent drôles à ses films les plus connus. Sachant cela, je dois être la seule personne au monde à avoir regardé Buddha Hoga Tera Baap pas tant pour Amitabh que pour Sonu Sood, à qui Puri Jagannath a donné un rôle qui lui va comme un gant, et que je rêvais de le voir jouer depuis des années. J'ai également bien aimé Charmee. En revanche le rôle de Raveena Tandon est complétement ridicule, et Hema Malini ne fait guère plus qu'une apparition. Un film dont je n'attendais pas grand chose et qui finalement se laisse très bien regarder (d'autant qu'il ne dure que deux heures) !


* * * * *

I Am, d'Onir, avec Rahul Bose, Juhi Chawla, Nandita Das, Purab Kohli, Manisha Koirala, Arjun Mathur, Sanjay Suri

Superbe distribution (dont trois des acteurs de My Brother Nikhil) pour ce film composé de quatre court-métrages abordant quatre sujets de société rarement (voire jamais) traités dans le cinéma indien, le tout en un peu plus d'une heure et demie seulement. Quand on voit que Manisha en est réduite à jouer la mère d'acteurs à peine plus jeunes qu'elle dans d'autres films, on apprécie vraiment qu'Onir ait donné les trois principaux rôles féminins à trois excellentes actrices de plus de quarante ans. Nandita Das joue Afia, l’héroïne du premier film, qui souhaite avoir recours à un don de sperme pour avoir un enfant seule. Megha (Juhi Chawla), une hindoue, retourne dans son Cachemire natal, qu'elle avait dû fuir, pour vendre la maison de ses parents, et y retrouve une amie musulmane. Abhimanyu (Sanjay Suri) est hanté par le souvenir de sévices sexuels subis pendant son enfance. Et enfin, Jai (Rahul Bose), un homosexuel, est racketté par le policier qui l'a surpris en compagnie d'un prostitué.


Onir (et les deux autres scénaristes) exploite bien le format des courts-métrages, et réussit à faire vivre et évoluer de façon convaincante ses personnages en seulement vingt minutes. Les quatre scénarios sont vraiment habiles et m'ont à chaque fois surprise. I Am évite aussi bien les lourdeurs didactiques que le pathos excessif qu'on aurait pu craindre sur ce genre de sujets graves. L’atmosphère est cependant très sombre, et je ne pense pas que je reverrais de sitôt I Am Abhimanyu, presque insoutenable bien que les abus dont Abhimanyu est victime ne soient qu'évoqués. Un dernier point : je ne comprends pas bien pourquoi Onir a choisi de consacrer un des courts-métrages au Cachemire. Bien qu'il soit réussi, I Am Megha semble presque hors-sujet au milieu des autres films.

* * * * *

Zindagi Na Milegi Dobara, de Zoya Akhtar, avec Farhan Akhtar, Abhay Deol, Katrina Kaif, Kalki Koechlin, Hrithik Roshan

Je ne le sentais pas du tout ce film : affiche épouvantablement peu inventive qui mise tout sur le physique des acteurs, bande annonce qui semblait sponsorisée par le ministère espagnol du tourisme, et Shankar Ehsaan Loy pas franchement inspirés.

J'aurais dû faire confiance à Zoya et à ses acteurs (surtout à Fahran ; il faut toujours faire confiance à Farhan). Je n'arrive plus à sortir de ce film. J'en écoute même la musique (qui, je maintiens, n'est pas très bonne) tous les jours pour m'en remémorer les meilleurs moments. Impossible de quitter Imran, Arjun et Kabir.


De quoi s'agit-il donc ? De trois amis qui partent en bachelor trip en Espagne à l'occasion du mariage de l'un d'entre eux, et ont convenu de participer tous les trois à trois sports extrêmes : Kabir, le futur marié, choisit la plongée, Arjun le trader stressé et obnubilé par son travail le saut en chute libre. Imran, le troisième larron, qui espère secrètement retrouver en Espagne son père biologique, choisit un sport plus original, que je vous laisse découvrir (si vous n'avez pas vu les promos). Une histoire, je vous l'accorde, pas franchement originale.

La grosse surprise, ce n'est pas que Hrithik s'améliore de film en film : tous ceux qui suivent un peu sa carrière s'en sont aperçu. Ce n'est pas non plus la confirmation que Farhan est aussi bon acteur qu'il est réalisateur (voir meilleur à mon avis). Ce n'est pas la solidité d'un scénario aussi bien construit que celui de Luck By Chance, ni le refus des happy ends clichés - cela semble devenir la marque de fabrique de Zoya, ni l'évolution passionnante de ces trois personnages bien plus intéressants que ce que la promotion du film laissait craindre. Non, ce qui m'a vraiment agréablement surprise, c'est que derrière le dépliant touristique, ses paysages de rêve, ses héros riches et beaux, à côté des passages comiques efficaces mais attendus, Zoya réussit un film véritablement émouvant. Que l'amitié de ses trois héros sonne incroyablement juste. Qu'elle se permet de belles scènes contemplatives, d'une grande sérénité, bercées par la poésie d'Imran (en fait de Javed Akhtar), et offre ainsi à son deuxième film les respirations qui manquaient au trop dense Luck By Chance. Et la musique, si peu convaincante au premier abord, se charge d'émotion dans le film. Bonne idée d'ailleurs d'avoir fait chanter les acteurs eux-mêmes pour Señorita :





L'évident talent de Zoya Akhtar rend d'autant plus regrettable, en revanche, qu'elle n'ait pas jugé nécessaire de développer un tant soit peu les personnages féminins. Natasha est une harpie, sans aucun trait qui la rende attachante. Laila n'est guère plus que le love interest d'Arjun. Ne parlons même pas de Nuria, l'amour d'une nuit d'Imran. Après Luck By Chance et les beaux personnages de Sona et de Neena, on pouvait s'attendre à mieux.

18.4.09

Luck By Chance et Billu (2009)

1 commentaires
Deux films qui sont sortis au début de 2009, et qui parlent, chacun à sa façon, de l'industrie cinématographique de Bombay.
Il y a beaucoup à dire sur le goût de Bollywood pour la mise en abyme , et je renvoie à ce sujet à l'article de Señorita sur Fantastikindia. L'intérêt du cinéma indien pour ses coulisses n'est pas récent, et concerne aussi bien le cinéma du Sud que celui du Nord, mais il est particulièrement vif dans le cinéma en hindi de ces dernières années où les films sur ce sujet ont été très nombreux, et peinent parfois à proposer un regard neuf. Qu'en est-il de ses deux derniers avatars ?


Pour l'originalité, pas sûr que Billu soit le mieux placé. C'est en effet le remake du film tamoul Kuselan, lui même remake du film malayalam Katha Parayumpol, relecture de l'histoire de Krishna et Sudama. Ce dernier était un ami d'enfance de Krishna. Devenu adulte, il vit dans la pauvreté mais refuse d'aller demander de l'aide à son ami maintenant roi, malgré l'insistance de sa femme. Dans le film Billu (Irfan Khan) est coiffeur dans un petit village et a du mal à payer les frais de scolarisation de ses enfants. La vie du village est soudain bouleversée par l'arrivée d'une équipe de tournage : or la star du film (Shahrukh Khan) n'est autre que l'ami d'enfance de notre coiffeur, qui devient du jour au lendemain un héros.

C'est donc un regard extérieur qui est porté sur le cinéma : celui de Billu dont la vie est si différente de celle montrée dans les films, et, pense-t-il, de celle de son ami Sahir ; celui des villageois, tous fans de la star et prêts à tout pour l'approcher. Le cinéma semble d'ailleurs se résumer à cette star, ce Sahir Khan dont la carrière semble être un décalque de celle de son interprète. Il est d'ailleurs intéressant de comparer deux chansons, l'une du film tamoul, l'autre de Billu. "Cinema Cinema" de Kuselan parcourt tout le cinéma tamoul , dans un hommage à l'ensemble des acteurs qui y apparaissent quelques secondes dans des images d'archive. Bien sûr la vrai vedette du clip c'est la Superstar, Rajnikanth, qui nous est montré dans des séquences de films fictifs mais évoquant ceux dans lesquels il a joué, mais ces apparitions permettent d'inscrire son personnage dans la lignée de toutes ces autres stars, de donner l'impression qu'au fond la popularité de son personnage vient surtout de la fascination qu'exerce le métier d'acteur, plus que de la personne elle-même. Au contraire dans "Ae Aa O" de Billu, ce sont des images de film de Shahrukh Khan qui défilent en grand nombre. Les quelques caméos du film, uniquement féminins, ne sont là que pour ajouter à l'aura de la star en l'entourant d'actrices glamour. Du cinéma hindi on ne verra que King Khan : une fois n'est pas coutume, Billu dépasse son homologue tamoul en matière de glorification de la star.

Certes les villageois prêts à tout pour lui parler sont ridicules (et censés être drôles, mais malheureusement presque tous les gags tombent à plat), mais le film ne démystifie pas vraiment l'image de la star, présenté sans surprise comme un homme sympathique, à qui la célébrité n'a pas fait oublier ses amis. La leçon du film, exprimée dans un discours final plus didactique qu'émouvant, c'est qu'au fond Sahir Khan est un homme comme un autre, bien différent de l'image que ses films donnent de lui. Tout ça pour ça.







Luck By Chance, premier film de la réalisatrice Zoya Akhtar, présente un point de vue radicalement différent. Nous suivons deux aspirants acteurs, Sona (Konkona Sen Sharma), qui ne parvient à obtenir que de tout petits rôles dans des grosses productions et attend obstinément le premier rôle qui doit la lancer, promis autrefois par un producteur pas bien pressé de tenir parole, et Vikram (Farhan Akhtar), fraîchement arrivé à Mumbai, qui dispose de deux gros atouts : il n'a pas beaucoup de scrupules, et énormément de chance.

L'objectif clairement affiché est de montrer les coulisses pas forcément reluisantes de l'usine à rêve, à travers deux angles d'attaque qui ont une certaine pertinence, mais ne sont pas particulièrement originaux : le népotisme qui réduit terriblement les chances de Sona et de Vikram (ils ne viennent pas de ce milieu), et la pratique du casting couch, acceptée par les deux personnages. L'ensemble (ou presque) des acteurs semble vain, hypocrite, opportuniste, sans grande fidélité en amitié. Bref, tout l'inverse de Billu.

Ce qui rend cette critique du népotisme assez savoureuse, c'est qu'elle est réalisée et jouée par des gens qui sont tous sauf des outsiders, et qui ont pu convaincre un très grand nombre de leurs connaissances d'apparaître en guest stars ou dans des seconds rôles (il y a même Aamir Khan, pourtant peu coutumier du fait). La première moitié du film est malheureusement considérablement ralentie par le nombre de ces apparitions et par l'importance accordée au personnage de Hrithik Roshan, qui n'apporte pas grand chose au film si ce n'est un item number assez impressionnant.

Même si la critique reste assez convenue, le film est sauvé par sa galerie de personnages tous bien interprétés et souvent touchants malgré leur médiocrité, à l'image de la jeune Niki, fille de star arrogante mais au fond bien innocente, ou de sa mère jouée par Dimple Kapadia, ancienne vedette plus complexe qu'il n'y paraît. La musique est également assez bonne, et j'ai bien aimé la fin.