15.9.15

Bahubali (2015 - telugu)

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 Et pour Baahubali : The Conclusion, c'est ici ! Et c'est encore plus épique.



Ceux qui fréquentaient ce blog au temps de sa très relative splendeur savent que son auteur nourrit une indéniable fascination pour un certain acteur télugu.
Peut-être savent-ils même que c'est en voyant cet acteur, sous une coiffure qui lui seyait pourtant autant qu'un toit-terrasse à un chalet savoyard, dans un film intitulé Munna, que ladite auteur s'est lancée dans un visionnage compulsif de films en télugu dont elle porte encore les marques. 
Ils ne seront donc pas étonnés de sa présence, dimanche, à la soirée de clôture de l'Etrange Festival, pour la première projection en France de Bahubali, dans une version spécialement remontée pour le marché international, mais apparemment assez proche de l'originale.

Mais qu'est-ce que Bahubali, à part un film avec Prabhas, et que faisait-il à l'Etrange Festival ? Bahubali, ou plus exactement Bahubali : The Beginning (car oui, il y aura une seconde partie, intitulée Bahubali : The Conclusion... et oui, il n'y a rien entre le commencement et la conclusion... les films indiens et le schéma narratif...) c'est un film de S. S. Rajamouli, tourné en télugu et en tamoul et doublé en hindi, et c'est un énorme succès en Inde.
L'Etrange Festival avait déjà programmé un autre film de Rajamouli, Eega, triangle amoureux impliquant une mouche. Il faut avouer que bien qu'incontestablement dépaysant, Bahubali est nettement moins étrange : une bonne vieille épopée en costumes, avec rivalité entre princes et batailles gigantesques. Pour vous donner une idée, un peu de Detective Lee, pas mal de Seigneur des Anneaux, le Mahabharata en arrière-plan, et beaucoup de Worms Armageddon



Mais bon, un film télugu à Paris, on ne va pas se plaindre.


Bahubali, c'est donc le héros éponyme, prince qui grandit dans l'ignorance de sa naissance royale mais n'en est pas moins irrémédiablement attiré vers les sommets. En l’occurrence, celui d'où coule une cascade (magnifique décor), qui, un jour, entraîne jusqu'à lui un masque féminin. Bahubali, qui ne pensait qu'à gravir la montagne, ne pense désormais plus qu'à trouver la Femme, Avanthika (Tamanna,  sublime, mi-guerrière mi-fée, ferait une Elfe parfaite), une combattante rebelle, et, l'ayant trouvée, ne pense désormais plus qu'à... bon. 
Je plaisante, but it escalated quickly. Really. Et cela aboutit à une scène très douteuse où notre héros montre qu'il est loin de maîtriser la notion de consentement (la scène a fait débat en Inde), et où le scénariste montre qu'une femme battante et indépendante n'existe que pour devenir, sous l'action du héros, une héroïne traditionnelle, séduisante et séduite, maquillée, bien habillée... et totalement éjectée de l'histoire.

Bahubali prend désormais fait et cause pour la rébellion contre le tyran Bhallaladeva (Rana), qui maintient prisonnière la princesse Devasena, dont on devine qu'elle doit avoir quelque lien de parenté avec notre héros. Quelques péripéties, un flashback et une bataille épique qui doit bien durer trente minutes plus tard, le film se termine sur un suspense insoutenable.


 Le méchant

Le film est un mélange de sublime, de grandiose et de grand n'importe quoi, à l'image de la première apparition de Tamanna : elle vole, entourée de papillons, et Prabhas rebondit sur les branches, dans un décor à couper le souffle. Mentionnons également des démonstrations de force toutes plus impressionnantes (et irréalistes) les unes que les autres (Bahubali veut dire "Aux bras forts"), une luge improvisée qui permet à nos héros d'échapper à une avalanche, et des séances de tatouages inattendues.
Les effets spéciaux sont inégaux, mais globalement les meilleurs que j'ai vus dans un film indien. La capitale du royaume est vraiment impressionnante. Les décors sont globalement magnifiques. D'ailleurs, esthétiquement le film est un vrai succès, et certains plans sont très beaux (le feu dans le palais...)

Le gentil

Autre point très positif : les femmes ne jouent pas les plantes vertes. L'héroïne se bat, la villageoise qui recueille le héros ne se laisse pas marcher sur les pieds, et la régente en impose : entendre une femme dire "Telle est ma parole, et ma parole est loi", ce n'est pas si fréquent.

 La rebelle

Globalement, on a ce que l'on attend de ce genre de film : un héros et son adversaire immenses, de beaux décors, une musique entrainante, une cause juste à défendre, et une grande bataille cinématographiquement superbe. Ce qu'il faut de tactique, ce qu'il faut de spectaculaire, ce qu'il faut de suspense. Mais des ennemis qui ont hélas tous la peau foncée et les cheveux crépus...

Il manque sans doute un peu de profondeur, des personnages un peu plus creusés, ce qui nous permettrait d'adhérer davantage aux quêtes du héros dont les motivations semblent bien légères. J'ai bon espoir que la seconde partie apporte cette dimension qui fait ici un peu défaut. Vivement 2016 !







3.1.14

The Lunchbox (Ritesh Batra)

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The Lunchbox, c'est l'histoire de la relation épistolaire qui naît entre un employé de bureau acariâtre et vieillissant nommé Fernandes et la jeune mère de famille dont il reçoit les plats tous les midis, à la suite d'une erreur dans le système pourtant très performant des livreurs de gamelles de Bombay.




Ce n'est pas vraiment une histoire d'amour, plus l'histoire de deux individus mal à l'aise dans la société indienne actuelle, et surtout très seuls, qui trouvent un réconfort dans ces lettres.

Plus que les lettres elles-mêmes, assez fades, ce sont les changements que ces échanges provoquent chez Fernandes qui font l’intérêt du film. Je ne surprendrai personne en révélant qu'il s'humanise de plus en plus, mais son évolution est jouée avec beaucoup de finesse par Irrfan Khan, et s'exprime avec humour dans ses rapports avec le jeune collègue particulièrement agaçant qu'il doit former à lui succéder (Nawazuddin Siddiqi, qui est actuellement dans tout ce qui se fait de bien à Bombay).

Le vrai tour de force du film, c'est de donner un intérêt cinématographique à un échange de lettres, en s'appuyant sur ce système de livraison de repas qui s'ancre dans la réalité physique de Bombay, et en mettant joliment en scène chaque arrivée (et ouverture) de la gamelle, attendue avec impatience. La répétition de ces scènes souvent silencieuses, leur évolution progressive, rappelle le cinéma d'Elia Suleiman.

Le film est un peu moins réussi quand il s'intéresse à Ila (Nimrat Kaur, la révélation du film), l'épouse délaissée et malheureuse. Elle partage ses états d'âme avec une voisine toujours invisible, et cet artifice paraît un peu facile, surtout que ces échanges n'ont rien de très mémorables.

Globalement, c'est un film charmant et réussi, mais on peine à comprendre pourquoi  une bonne partie de la presse française y voit le film du renouveau du cinéma indien. Il n'est pas du tout aussi révolutionnaire que, pour prendre un autre film sorti récemment sur nos écrans, Gangs of Wasseypur, certes agrémenté de chansons et d'un abord moins facile mais beaucoup plus intéressant et radical.

Ne boudons cependant pas notre plaisir : c'est un bon film, très touchant, drôle aussi par moment, qui nous plonge dans le quotidien des habitants de Bombay tout en restant dans sa forme très accessible à un public occidental. Ajoutons à cela la présence d'Irrfan Khan, l'un des visages indiens les plus connus en Occident, et l'on comprend son joli succès (195 894 entrées cumulées au bout de trois semaines d'exploitation, c'est très honnête*).




* source : JP's Box-Office, classement France de la semaine du 25 au 31 Décembre 2013