
Je n'avais acheté ce film, il y a quelques années, que parce que SRK figurait en bonne place sur la jaquette : il n'a en réalité qu'un petit rôle, mais je n'ai pas pour autant regretté mon achat : Hey Ram est un film sombre, violent - car la période dont il parle l'était - mais pas loin d'être génial.
Un vieil homme malade, Saket Ram (Kamal Hassan) se souvient d'évènements survenus lors de l'obtention de l'indépendance et de la partition de l'Inde. Il menait alors une vie heureuse avec sa femme Aparna (Rani Mukherjee) . Bien que hindou, il avait pour meilleur ami un musulman, Amjad (Shah Rukh Khan). Mais lors d'émeutes inter-communautaires, Aparna est violée et tuée. Ram, fou de douleur, se laisse convaincre par un activiste hindou que c'est le Mahatma Gandhi qui est responsable de ces violences, du fait de son attitude amicale envers les musulmans. Il s'engage aux côtés de ces extrémistes.
Un petit mot sur SRK et Rani pour commencer : il sont tous les deux excellents, bien qu'on ne les voie que peu de temps. Ils ne volent cependant pas la vedette à Kamal Hassan, à la fois scénariste, réalisateur, et acteur de ce film. Ce type, que je voyais jouer pour la première fois, a une présence absolument incroyable, il est remarquable dans un rôle pourtant difficile et subtil. Le film est centré sur l'évolution psychologique de Ram et sur ses rapports avec son entourage, et en particulier avec sa seconde épouse qui fait tout son possible pour comprendre son problème mais se heurte à chaque fois à un mur. Kamal Hassan est tour à tour jeune marié insouciant, homme blessé, militant muré dans son obsession, effrayant et en même temps pitoyable, et adopte à chaque fois les changements d'apparence qui s'imposent : c'est un véritable caméléon dans ce film. En outre, les acteurs interprètent tous des personnages originaires de la région dont ils viennent, et on passe sans cesse de l'urdu au tamoul ou au Bengali, ce qui ajoute au réalisme.
Le scénario est très riche, peut-être un peu trop dans sa volonté de ne pas simplifier outre mesure des enjeux historiques complexes, et de ne pas sombrer dans le manichéisme. La peinture des affrontements entre communautés est pertinente : on voit ainsi des voyous qui profitent d'une journée d'action pour commettre des exactions, des hommes devenus violents et presque fous sous le coup de la douleur, et d'autres qui exploitent cette douleur et lui donnent un contenu idéologique. Le film ne m'a paru assez équilibré dans sa représentation des communautés hindoue et musulmane. Le crime dont est victime le personnage de Rani Mukherji est monstrueux, et représenté comme tel dans une scène très dure, mais le fondamentalisme hindou n'est pas présenté sous un jour plus favorable : il est le fait d'illuminés, de manipulateurs, d'aristocrates ne supportant pas la fin de leurs privilèges, et d'individus vulnérables sous influence. L'absurdité de leurs théories éclate au grand jour lors de la confrontation entre Ram et Amjad, qui incarne bon sens et volonté de paix. Kamal Hassan filme sans complaisance aucune la volonté de vengeance de son personnage et ses terribles conséquences. spoiler
Ram est ainsi bien malgré lui responsable de la mort de son meilleur ami, tué alors qu'il tentait de lui faire recouvrer la raison.
Il fait de Hey Ram une condamnation efficace de la loi du talion, sujet qui lui tient visiblement à cœur puisque son second film en tant que réalisateur, Virumandi, pourra se lire comme un plaidoyer contre la peine de mort.
Ram est ainsi bien malgré lui responsable de la mort de son meilleur ami, tué alors qu'il tentait de lui faire recouvrer la raison.
Il fait de Hey Ram une condamnation efficace de la loi du talion, sujet qui lui tient visiblement à cœur puisque son second film en tant que réalisateur, Virumandi, pourra se lire comme un plaidoyer contre la peine de mort.
Mais l'audace du film est surtout visible sur le plan formel : filmé en noir et blanc, un vieillard qu'on dit fou gît sur un lit d'hôpital. Il se souvient de sa jeunesse ; la couleur apparaît. Ce choix esthétique visible d'entrée de jeu annonce la volonté de Kamal Hassan d'exprimer le plus exactement possible l'état d'esprit de Ram et son évolution (pour le vieil homme grabataire qu'il est devenu, le présent a moins de réalité que les souvenirs), quitte à s'éloigner des conventions et du réalisme. Il recourt par moments à des procédés presque surréalistes : hallucinations de Ram en plein délire, caméra subjective pour faire ressentir les effets de la drogue sur sa perception du monde.... Parfois (souvent) ça passe, parfois ça frise le ridicule (Ram sur le point de faire l'amour à sa femme se transforme en arme à feu ...). D'autres passages sont au contraire très réalistes : il s'agit par exemple des moments de tendresse partagés par Ram et sa première épouse, plus explicites que dans d'autres films mais absolument pas vulgaires, ou, surtout, des flambées de violence qui encadrent le film et donnent l'impression d'un calme précaire où une étincelle (la chute accidentelle d'un pistolet dans un camion) peut tout embraser.

Quelques passages vont sans doute rester assez longtemps dans ma mémoire : l'immense tendresse des quelques scènes que Ram partage avec Aparna, les affrontements dans le labyrinthe des ruelles du quartier musulman de Delhi, et le discours bouleversant qu'Amjad y tient à son ami retrouvé ; la chanson au cours de laquelle Ram retourne dans son ancienne habitation et se remémore les moments passés avec sa femme.
En un mot, c'est un film presque toujours à la hauteur de ses ambitions, et que j'aurais sans doute mieux apprécié encore si mon DVD avait été de meilleure qualité. (Si quelqu'un a une bonne édition, je serais ravie d'en avoir les références).
la première chanson, en version hindi :En un mot, c'est un film presque toujours à la hauteur de ses ambitions, et que j'aurais sans doute mieux apprécié encore si mon DVD avait été de meilleure qualité. (Si quelqu'un a une bonne édition, je serais ravie d'en avoir les références).